Tout s'est écroulé alors pour ne pas sombrer, j'ai commencé par arrêter de fumer. Je me disais que l'obsédante envie d'une clope serait un dérivatif à mes tourments.

Moi qui ne conduisais qu'avec une extrême parcimonie, je me suis mise, pour la première fois, au volant de notre Espace rallongée. Une fois les portières bien rayées, elle passe désormais partout... Simplement je n'ai jamais remis à zéro le compteur journalier. Peut-être pour conserver sa dernière empreinte digitale, celle qui s'est imprimée au départ de notre ultime départ en vacances.

J'ai refusé la béquille des somnifères pour supporter ce grand lit qui ne grince plus sous ses 130 kilos. Alors parfois, quand cette immensité m'impressionne, je prends mon VAIO pour le mettre à sa place et je m'endors devant un DVD mais jamais devant une histoire d'amour. Les histoires d'amour me font pleurer.

Comme je suis dorénavant seule pour regarder mes enfants grandir, je les mitraille encore davantage avec mon appareil photo, comme s'il fallait que je leur en laisse une trace. Mais cela ne remplacera jamais le regard d'un père...

Et puis cahin-caha, on refait notre quotidien, on rebatit nos habitudes, on pleure plus souvent mais on rit presque autant. On ne sait pas encore si on s'en sortira mais on est encore là et c'est déjà beaucoup.

Et cependant quand on a refait son train-train, quand les souvenirs seront dorénavant sans lui, quand la mort semble avoir cessé de rôder autour de nous, ce qui est criant d'évidence, ce qui me prend à la gorge, c'est sa putain d'absence, définitive et incontournable, c'est combien il me manque, c'est à quel point il est acéré, l'aiguillon du deuil et combien la douleur me rend farouche...

Je sais bien que c'est quand le plus dur semble passé que l'on sombre.