L'exact centre de mon univers
N'avez vous jamais eu l'impression de savoir intimement
où se situait votre centre du montre ?
Un endroit que vous aimez et qui vous aime.
Un lieu que l'on croise et recroise au fil de sa vie mais que jamais
l'on abandonne.
Un quelque part autour duquel sa vie s'enroule sans que l'on en ai
conscience ou si peu.
Le centre de mon monde est le Pont Neuf
à Paris.
Je n'en connais pas l'exacte raison. Pourquoi lui et non la gare de
Lyon ou la Place Saint Michel, je ne sais. Mais j'ai l'absolue
certitude que c'est lui !
Je me souviens encore de la première fois où je
l'ai vu. C'était un jour d'octobre je crois.
J'étais une petite banlieusarde qui venait tout juste
d'obtenir son baccalauréat et qui s'était
inscrite en Fac de Droit à Paris — pour
ne plus faire de physique ! J'étais avec une amie
dont ma soeur avait fait connaissance à l'épreuve
de musique.
Elle m'avait reconnue dans l'interminable file d'attente de notre
commune inscription. Durant tout l'après midi nous avions
papoté. Nous partagions la même banlieue, le
même décalage vestimentaire entourées
que nous étions de tailleurs Chanel
et de carrés Hermès et un indiscutable
goût pour la musique classique.
C'est grâce à celui-ci que la méprise
de notre simili rencontre pris fin. Car je n'osais lui avouer mais je
ne l'avais pas « remise ». Alors que nous
nous remémorions l'épreuve musicale, elle
m'indiqua que la reconnaissance instrumentale était vraiment
du gâteau : un violoncelle ! (elle s'en
félicitait car pianiste de formation, elle
fréquentait peu les instruments d'orchestre).
Je m'étonnais de sa réponse puisque quant
à moi j'avais entendu un alto ! Or il était
parfaitement impossible que l'une ou l'autre se soit
trompée. On ne loupe pas un violoncelle, même
quand on est pianiste ! Et moi, eu égard à ma
note (un miraculeux 18 qui me permit de ne pas passer les
épreuves de rattrapage alors qu'il me manquait 5 points, en
ayant 8 en poupe, mes notes furent relevées
d'emblée), je savais que mon alto était juste
(les deux points que j'avais perdus portaient sur la reconnaissance des
accords, mineurs, majeur, tout ça quoi... Il n'y avait que
les pianistes qui obtenaient ces deux points là !).
J'ai donc compris que la confusion n'était pas dans les
instruments mais dans ceux qui les tenaient ! Une seule question
dissipa quiproquo : elle avait passé l'épreuve un
mercredi et moi un mardi ! Donc c'était bien avec Zomozygote
qu'elle avait conversé et non avec moi !
Qu'à cela ne tienne, notre amitié
était scellée !
C'est donc en sa compagnie que je le vis la première fois.
Il était tard, nous avions passé
l'après midi à acheter chez l'un
et l'autre
des Gibert nos premiers bouquins de droit. J'en avais
profité pour acheter un petit plan de Paris car je devinais
déjà qu'elle me ferait courir cette ville
là.
A l'époque on ne parlait que de lui. Alors nous avons
marché vers la Seine et parvenues sur le Pont Saint-Michel,
j'ai ouvert mon petit plan de Paris pour le trouver. J'ai
fidèlement repéré sur la carte
l'endroit où nous nous trouvions et en levant les yeux pour
chercher ma direction j'ai tourné le regard à
gauche. Il était là qui m'attendait alors que
j'étais bêtement perdue dans mon plan à
le chercher !
Il avait mis ses plus beaux atours. Il était blanc, il
était brillant, il était majestueux et
enjoué. Il éblouissait dans la lumière
du soir. Il la captait, il la retenait et il s'en drapait. Le Pont Neuf
emballé
par Christo avait emballé mon
coeur à tout jamais.
Si la première rencontre scella notre union, la
deuxième la confirma, c'était quelques jours plus
tard, Papa s'emballa aussi par le battage autour de lui et un soir,
sans raison, si ce n'est l'envie de faire partie aussi de cette
merveilleuse aventure, il nous embarqua, Zomozygote et moi, dans sa
voiture. La nuit, il était plus beau encore je crois, et son
souvenir plus précieux encore...
Depuis, il n'a pas quitté ma vie. Quand,
étudiante, je travaillais dans le Grand
Magasin qui le surplombe, je descendais, le midi,
près de l'eau pour voir ses dessous en croquant mon sandwich.
Et maintenant ses pavés font frétiller ma
bicyclette à chaque fois que je vais au Palais... c'est
à dire souvent !
S'il est loin maintenant le temps où je regardais mon plan
quand il était sous mes yeux, l'ivresse de notre
première rencontre ne s'est pas dissipée. C'est
toujours avec émotion que je le rejoins.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 30/01/2005
De bric en vrac
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Commentaires
Pour moi, c'est le hideux Sutro Tower en San Francisco. Mais, Pont Neuf, c'est un bon endoit quand meme!
Pour moi, c'est une des places de ma belle ville et surtout, les remparts de la vieille-ville et les maisons au-dessus qui la surplombent - un endroit qu'il suffit de regarder, de revoir, d'aller voir, pour se sentir chez soi.
Quel joli texte autour d'un si joli lieu...
Mon centre du monde est plus loin que cela, quelque part dans un tout petit morceau de paradis méditerranéen...
Mais je dois dire que le votre est l'un des endroits de Paris que je préfère !
PS : Quel est ce dénigrement des pianistes ???
Cher Confrère,
Vous n'êtes pas la seule à frétiller sur une bicyclette en vous rendant au palais. J'éprouve moi même une tendresse particulière pour ce pont, comme un charme qui imprègne ses pierres (même si elles ne sont plus d'origine pour la plupart). Et je crois savoir pourquoi.
Ce pont a été commencé par Henri III, dernier des Valois, et achevé par son successeur, Henri IV.
Henri IV, qui aimait beaucoup Paris (mais peu les parisiens) a voulu faire de ce pont un symbole de son règne, qui se voulait pacificateur et réunissant les deux Frances meurtries, la catholique et la huguenote. Il fit donc construire à côté une jolie place triangulaire aux bâtiments en brique comme l'était la mode à l'époque (l'Hotel de Harlay, que nous connaissons bien, en est un exemple), et percer une rue dans le prolongement de ce pont, qui ne menait nulle part, pour rejoindre le carrefour de Bucci.
Or ces travaux touchaient à leur fin quand enfin un fils lui naquît : Louis, futur treizième du nom.
Fou de joie d'être père d'un garçon tant attendu, il baptisa place et rue en honneur du nouveau né, Dauphin de France. C'est la place Dauphine et la rue Dauphine.
Las, le père mourut brutalement alors que son fils avait sept ans. Méprisé par sa mère, Louis grandira protégé par le souvenir de cet amour paternel qui l'endurcira et le fera prendre le pouvoir par un quasi coup d'Etat à 14 ans.
Enfin rétabli sur le trône, il fit rendre hommage à son père en construisant, à la réunion des deux parties du pont, une statue équestre de son père : la statue d'Henri IV, que l'on peut voir encore aujourd'hui au même endroit (même s'il s'agit là encore d'une reproduction, l'original ayant été fondu par les révolutionnaires).
Chaque fois que je passe par ce pont, et que je tourne Quai des Orfèvres, je jette un coup d'oeil à gauche, place Dauphine, et j'entends le béarnais avec son accent chantant dire "je t'aime" à son fils. Et je regarde la statue du coin de l'oeil, et j'entends la voix zézéyante de Louis XIII lui répondre "moi aussi, papa".
C'est vrai, c'est joliment dit... J'aime l'intéressant lapsus du début: "centre du montre". Le centre serait-il géographique ET spatio-temporel?
Oh ! J'ai du relire trois fois le dernier commentraire pour m'apercevoir du lapsus. Et encore, c'est parceque ça parlait de temps que j'ai pensé à chercher montre.
J'aim bien cet endroit, mais je crois que je préfère le voir (du pont des arts par exemple) que marcher dessus.
moi j'avoue que j'ai un gros faible pour la place de la Bastille. Mais toute façon, Paris c'est magique:-)
je suis emballée par cette note du plus loin que je me souviene mon premier souvenir de paris reste le pont neuf. il y a bien des lieux magique mais pour moi ce pont reste le centre du monde.
J'abonde dans votre sens Eolas. La Place Dauphine a quelque chose d'un sanctuaire. D'un havre de quiétude dans la suractivité avoisinante.
Et si par malheur, on avait le bonheur de se laisser perdre sur la pointe de l'+le de la Cité, dans le Square du Vert Galant, au moment précis où la rougeur du soleil couchant barrée par le Pont des Arts vient tutoyer l'horizon, croyez-moi si vous le voulez : l'enchantement est total !
Sans conteste, Paris est une ville merveilleuse !
J'ai aussi un pont comme centre mais peu centré.
Et aussi la rue Dante et la rue du Fouarre (parce que tous les étudiants d'Europe y tenaient encore au XIIe). Oh, et le Jardin des Plantes à cause des wallabies.
Diable qu'elle envoûte cette ville là !
Eolas, je regarderai maintenant d'un autre oeil la Place Dauphine. Et pas seulement noyée dans la nostalgie d'avoir à la quitter quand nous irons désormais au "Tribunal...". Non, Je tendrais l'oreille, je vais moi aussi essayer de saisir ce cri d'un enfant à son père.
Phersu, vous avez définitivement éveillé ma curiosité avec votre commentaire puis votre billet. Je m'en vais aller chasser la Tour Clovis et la coupole du Panthéon sur le quai Henry IV. Décidément, ce roi là, tout béarnais qu'il était, a marqué Paris de sa grandeur...
Mon centre à moi (et c'est beaucoup moins galmour je préviens) c'est ma voiture. Non pas que je fasse partie de ces zigotos qui modifient leur voiture à grand coup de carte bleue (c'est une 306 break), mais j'y passe 2 heures par jour (dans les trajets pour aller au travail.
Je l'aime bien parce que je peux y mettre toute ma famille dedans, qu'il y a la radio, un chauffage et qu'elle nous emmene partout sans broncher.
Vous pensez peut-être que je suis matérialiste mais j'ai une vrai affection pour les objets qui m'aident dans la vie.
<logique> Sans vouloir vous contredire le centre géométrique des terres émergées du globe terrestre se trouve du coté de Nantes. </logique>
<egocentrique> Personnellement je dirait que le centre du monde est le lieu ou je me trouve quelqu'il soit. </egrocentrique>
Moi aussi j'aime bien le pont neuf surtout quand on y dessine les rives enivrantes de cette cette ville par un temps glacial. mais pour le centre du montre n'est ce pas paris dans son integralité qui l'est.
quand on est pianiste on ne loupe pas un violoncelle, on l'aime ! :)