Il avait choisi de vivre avec moi, il avait voulu des enfants avec moi. Il a pleuré dans mes bras à chaque fois, ce grand costaud tout rond qui débordait d'amour et d'émotions.

Quand il a appris l'anomalie cérébrale, il a refusé de partir à l'hôpital sans moi. J'ai traversé Paris en pleurant et il m'a attendu parce qu'il voulait que je sois près de lui à tout prix.

Et puis on s'est serrés et on a attendu.

Il m'a dit qu'il voulait lui aussi être incinéré.

Il m'a dit des choses qu'on ne dit pas tous les jours, des choses que l'on dit le dernier jour de sa vie. Il m'a dit aussi qu'il m'aimait et qu'il m'avait toujours aimé.

Et puis sa vie a sombré et la mienne aussi.



Et maintenant il y a des gens qui s'imaginent pouvoir me parler en son nom et venir me menacer avec son esprit !

Me dire « qu'il aurait voulu + cela, qu'il « serait malheureuxÉ et que, méfions-nous ! Parce que « après tout, que savons nous de l'au delà ? Et s'il y avait quelque chose après ?É

Espèces de misérables limaces usant des plus viles bassesses, vous vous imaginez un instant pouvoir me faire peur ?

Vous pensez vraiment que moi, je vais avoir peur de mon mari, transformé en ectoplasme pour mieux servir vos propres desseins ?

Vous croyez vraiment que je vais passer le restant de ma vie (et en étant veuve à 36 ans, il me reste statistiquement une bonne louchée d'années) en tremblant de ce qu'il pourrait penser de moi ? Lui qui m'aimait tant ?

Mais qui êtes-vous pour me venir me juger en son nom ?

Vous espérez vraiment que je vais vous laissez jouer les censeurs de ma vie durant le restant de celle-ci ?

Voyons, voyons, puisque vous avez l'air d'en douter, je vais vous le clamer : mon mari est M.O.R.T et cela ne vous donne aucun droit sur moi.

Je ferais ce que je veux de ma vie, sans me demander un seul instant s'il en serait content ou non.

Je vivrais comme je l'entend sans me soucier un instant d'avoir l'aval de son autorité morale.

Je continuerai à être exactement ce que j'étais auparavant : volontaire, libre et entière. Et figurez-vous que j'en suis d'autant plus fière que c'était comme cela qu'il m'aimait !