La mort, je vous la sers à l'apéro ou en plat de résistance ?
C'est elle qui m'y a fait penser, dans un bien joli billet dont la lecture a
réveillé des souvenirs que je ne parviens pas
à enfouir...
Il faut dire que j'ai une certaine habitude de ces choses là.
De cette expérience, j'en ai tiré un certain
nombre de constatations parfois évidentes mais aussi
surprenantes.
Celle qui me dégoûte le plus mais que j'ai
malheureusement rencontrée à chaque
décès c'est le messager qui se glorifie de
l'importance de sa nouvelle.
La première fois que je l'ai côtoyé
c'était dans un avion. C'était le 11 septembre
2001 à 13 heures et quelques minutes. Je venais de plaider
devant la Cour d'appel de Toulouse et je n'avais eu le temps que de
sauter dans un taxi pour attraper l'avion qui s'envolait vers Paris.
Dans l'habitacle confortable nous écoutions France Info. C'est ainsi que juste
avant de parvenir à l'aéroport le chauffeur et
moi-même avions entendu l'horrible nouvelle, celle des
avions, du World Trade Center. Attérée, je payais
la note, et courrais vers l'enregistrement juste à temps
pour pouvoir embarquer.
Dans la zone d'embarquement, je voyais les hôtesses qui
changeaient de couleur, l'une d'elle à qui je m'adressais
pour je ne sais quel renseignement lisait avec consternation son
écran. Comme je l'avisais que j'avais appris
également la nouvelle, elle m'informa que les
dépêches se succédaient actuellement
sur leurs écrans et qu'ils étaient
effondrés (ce que je ne pouvais que constater). Elle me
demanda alors et avec raison de ne pas divulguer l'information, ce
n'était pas la peine d'affoler les autres passagers qui,
présents dans la zone d'embarquement depuis un bon moment
n'avaient pas encore été avertis de ce que le
monde avait changé désormais...
J'acquiesce bien évidemment et réalise que je
n'avais même pas fait le rapprochement avec le fait que
j'allais prendre place dans un avion !
Or, il se trouvait qu'un autre individu avait lui aussi appris la
nouvelle, son téléphone avait sonné
pour le lui annoncer juste avant que nous n'embarquions. hein
? C'est pas possible ? Quoi ? Mais c'est dingue !!!!
Le personnage, insignifiant au demeurant, était dans la file
devant moi. Je le vis qui s'adressa immédiatement
à son voisin de gauche : Vous ne savez pas ? Des
avions pleins de passagers ont été
projetés sur des tours aux +tats Unis, il y a plein de
morts...
Immédiatement repéré par
l'hôtesse, celle-ci fonce sur lui, l'interrompt à
peine sa phrase achevée et lui demande vraisemblablement la
même chose qu'à moi, à savoir de faire
montre de discrétion le temps du vol.
L'homme obséquieux opine du chef, laisse la jeune femme
s'éloigner et parvient à se taire pendant 2
minutes. Au bout de ce temps se voyait sur sa face le désir
évident de faire l'important et d'annoncer à tous
ses voisins la TERRIBLE nouvelle.
Ils nous a gonflé durant tout le voyage, cherchant
à exploiter jusqu'à la dernière miette
son petit pouvoir.. celui de savoir que des milliers de gens
étaient morts.
Et bien des gens comme ça, figurez-vous que cela court les
rues... Personnellement à chaque décès
que j'ai annoncé j'ai toujours rencontré
quelqu'un pour me dire, laisse, je vais prévenir
et qui, malheureux ou non, gonfle le jabot savourant à
l'avance l'importance de sa nouvelle...
C'est curieux quand il faut l'annoncer aux enfants, le seul conseil que
l'on vous donne c'est de leur mentir ! Comme si moi j'allais mentir
à mes gosses !
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 19/01/2005
De bric en vrac
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Commentaires
C'est terriblement bien vu.
Il n'y a pas de bonne façon d'annoncer la mort, mais il y en a de mauvaises, ça, oui.
Et il n'y a jamais d'urgence, on peut laisser ceux que l'on aime finir leur nuit ou leur journée de classe.
Je ne comprends pas comment on peut "aimer" ça... s'en glorifier ou en retirer quelconque puissance... Je ne comprends pas cette forme de jouissance.
Je refuse de la comprendre d'ailleurs. Plus long plus tard par mail, si j'y parviens...
En annonçant de bonnes nouvelles, on se rend aimable. En en annonçant de mauvaises, on se rend important : choisissez. (HENRY DE MONTHERLANT)
Le pouvoir de celui qui sait... De tout temps, celui qui sait peut manœuvrer et diriger, c'est le sorcier ou le chef. D'où parfois cette volonté de se réserver le savoir de la part de certaines élites, de ne pas le partager... Un sentiment vieux comme l'humanité et que l'on retrouve dans les rodomontades de ce petit monsieur. C'est humain, bêtement humain. Mais nous sommes tous, à des degrés divers, bêtement humain... Si nous n'avons pas ce travers là, nous en avons bien d'autre... Par contre, oui, ne jamais mentir à ses enfants, même si la vérité est dure. Mais il faut les y habituer, la vie, en général, n'est pas tendre...