Cro-Magnon fait du camion
Ce matin, comme à l'accoutumée,
j'enfourche mon fidèle destrier gris pour rejoindre l'un des amours de ma vie.
Pour ce faire, et alors qu'au croisement je tourne à gauche,
je me place sur la file idoine, c'est à dire celle qui offre
à la vue une énorme flèche blanche
dont la pointe s'oriente précisément vers la
gauche.
Comme vous le voyez, rien de spécialement
trépidant dans la vie d'une cycliste urbaine...
Survient un camion qui me double (par la gauche) en roulant
à tombeaux ouverts, et dans un immonde concert de klaxon,
avant de se rabattre à droite en me faisant une violente
queue de poisson ; puis de piler devant le feu, rouge à cet
instant.
Des cons, j'en ai vus, mais d'aussi épais rarement !
M'arrêtant près de lui devant le même
feu de signalisation, je lui fais donc remarquer bruyamment qu'il fait
incontestablement partie de ceux qui roulent comme des abrutis.
C'était couru, l'homme (car l'animal en était un)
baisse son carreau, hurlant que la pauvre connasse
que je suis roule au milieu de la rue...
Quand je lui fais remarquer qu'il serait grand temps, vu son
âge, d'apprendre les plus élémentaires
règles du Code de la route et notamment les pictogrammes en
forme de flèche que l'on trouve au sol, pauvre
crétin néanderthalien, il
éructe de rage et se met à vociférer
la bave aux lèvres.
Le malheureux faisait partie de ceux qui s'imaginent faire taire les
gens en criant plus fort que leurs interlocuteurs...
Quand j'étais jeune, j'ai suivi quelques rares cours de
chant et fréquenté avec assiduité une
chorale. Si j'ai pris conscience très vite, d'avoir une voix
ne présentant aucun attrait musical, il se trouve que je
sais assez bien la "placer". Rajoutez à cela le fait que
prenne la parole en public dans des salles à l'acoustique
souvent déplorables, vous imaginez bien que je n'allais pas
me laisser impressionner par ce primitif individu auquel je
lançais quelques réflexions bien senties d'une
voix haute et claire déclenchant l'hilarité des
passants (en vélo, on attire toujours la sympathie !)
L'homme au camion dont la psychologie semblait très sommaire
suffoquait évidemment de fureur. Je m'avisais alors qu'il
changeait de couleur en cherchant ses mots, et le regard fier, me
lançait , définitif - certain de me clouer au
pilori de sa puissance - un beuglant : Tu t'es
vu BOUDIN !
.
Insulte suprême que l'on puisse faire à une femme,
il attendait gourmand et savourant sa victoire, que je me tusse,
assommée par la force de l'injure.
Comprenez bien qu'il n'est pas question pour moi de dévoiler
ici mon anatomie (Georges s'y emploie déjà),
dont on pourrait avec raison discuter l'équilibre des
différentes portions qui la compose. Cependant, outre le
fait que je puis affirmer sans prétention aucune que le
terme BOUDIN est quelque peu excessif, je ne comprenais
guère en quoi le fait d'être un boudin ou non
pouvait influencer de quelque manière que ce soit les
prescriptions impératives de la circulation
routière...
J'ai donc réagi à l'insulte par un
sincère éclat de rire suivi du conseil de se
munir non plus de lunettes mais d'une canne et d'un chien.
Sur ces entrefaites, le feu de signalisation a mis fin à nos
échanges courtois. L'homme de Cro-Magnon a alors
démarré en trombe sans oublier de donner un
violent coup de volant à gauche avant de m'éviter
de quelques centimètres.
Les dangers en vélo ne viennent pas toujours de la
circulation routière mais aussi de la régression
singulière qui s'opère sur certains...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 17/01/2005
Ma bicyclette
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Commentaires
Chère Tarquine, vous fîtes incontestablement bien de rabattre le caquet à cet olibrius mal luné. Mais je vous en conjure, ne vous mettez pas en surcroît de danger. Ce qui est animal, dans ce genre d'individu, a vite fait de lui faire oublier qu'il pourrait, à certains moments, être un humain.
Je ne suis plus, c'est un cro magnon ou un néanderthalien ?
Décidément, ils doivent être de sortie : j'ai eu droit vendredi à mon premier accident de vélo -sans gravité, rassurez vous- par une néaderthalienne modèle téléhone portable à la main, je franchis une ligne blanche pour doubler une voiture qui a marqué un incompréhensible arrêt pour laisser passer un vélo.
C'est à désespérer : vous me vîtes en mes habits de nuit. Avouez que pour ne pas me voir, il faut y mettre de la mauvaise volonté ! (bilan : une roue arrière voilée à changer, 41€).
J'aurais voulu assister à la scène, même si la narration que vous en faites me fait déjà franchement rigoler.
Quand je me serai enfin décidé à ouvrir mon blog, il faudra que je raconte la circulation à Hanoi. Ca ne manque pas de piquant et c'est plutôt mortel.
Moi, ça ne me fait pas marrer du tout. C'est un connard de la même espèce, qui s'imagine tout seul sur la route, qui a flingué mon pote en scooter. Il y avait un nom d'entreprise sur le camion. Pourquoi ne pas avoir appelé chez elle à la suite de cette algarade ?
Charmant monsieur ! Quel con si je puis me permettre....
Tarquine, chère Tarquine, je m'insurge !!!
D'après les connaissances que nous en avons à ce jour, il semble que Cro-Magnon et son cousin Néandertal n'aient de primitifs que le sens premier.
En revanche leur sens de la vie en communauté intelligemment pensée pourrait être largement supérieure à la notre (pour preuve, l'objet de votre note).
Je propose donc un nouveau type d'insultes pour ces vauriens de la route : les sapiens sapiens sapiens (puisque plus ça va, moins ça va !)
Dans mon pays d'accueil, les camions ont souvent une etiquette collee a l'arriere "How am I driving, call 1-800-....."
Ca incite un pu a la delation, mais pas a la "road rage".
Il faudrait que PasFolle nous fasse un billet la dessus.
J'adore vos aventures à vélo. Vous les racontez toujours (comme le reste) avec beaucoup de drôlerie, mais les aventures cyclistes sont parmi mes préférées. Mais, effectivement ne vous mettez pas en danger, ces individus ont souvent des gestes qui dépassent l'entendement.
La série "Tarquine en vélo à Paris" me fait toujours beaucoup beaucoup rire.
Je ne doute pas que vos expériences ne soient pas particulièrement drôle. Surtout face à des cro magnons éructant et bavant de rage, face à des camions roulant à tombeaux ouverts dans les voies réservées aux deux roues.
Mais vous le racontez avec tellement d'humour et votre prose est particulièrement bien choisie que je ne peux m'empêcher de rire.
Ceci dit, vu les conditions de circulation, je souhaiterais que vous soyez prudente aussi pour ces cro magnons éructant et bavant de rage.
Les camions vous faisant des queues de poisson me font froid dans le dos.
"Quiconque prend la route (derrière un volant, un guidon ou autre) perd 20 à 30 points de QI".
Imaginez le drame, sachant connaissant le capital essez pauvre de nombre d'usagers de la route.
Faisez gaffe, quand même, y'en a des largement assez con pour mettre fin aux échanges courtois à coup de démonte-pneu et autre clef de 32...
Cro-Magnon, gros camion... Une possible contrepéterie ?! :)
Et pour compléter Anne (pardon pour la multiplication de mes commentaires) il me revient cette citation de je-ne-sais-plus-qui : L'Homme moderne est le chaînon manquant entre les grands singes et l'Homme.
Le rer me saoule à un point.. mais en ce moment je prend ma voiture et c'est une autre sorte de ras le bol qui m'envahit! Et en plus un ras le bol qui peut me couter la vie à tout moment.. c'est chouette Paris!
C'est un fait reconnu que le véhicule entraine une régression sociale et une poussée hormonale chez l'homme. L'homme dans son véhicule ne voit pas d'autres hommes mais des obstacles à son cheminement.
Cro-magnon ? Non, je pencherais plus pour un Cro-nanbourg ou un gros Cro-nard. Faudrait étudier de plus près.
Je prends des notes avant de prendre la route... Ça me sera toujours bénéfique, ainsi qu'aux autres. Je n'aimerais pas qu'il pue le sapien...
Une preuve de plus que Michel Audiard avait raison:
Conduire dans Paris, c'est une question de vocabulaire.
L'homme en voiture (ou la femme, ne soyons pas sectaire, mais force est de constater que c'est souvent des hommes quand même...) regresse souvent du stade d'homo-sapiens au stade d'homo automobilus. C'est la preuve flagrante que l'évolution n'est pas linéaire, mais cyclique...
pour avoir pratiqué le vélo autrefois, force est de constater que cela a été une des meilleures occasions de ressentir ce que peut éprouver une proie face à un prédateur qui fond sur elle. Et qu'il soit cro-magnesque, neanderthalien, sapiens ou sapiens ou autre chose, l'homme reste quand quand même le plus grand des prédateurs... cela dit, il faut bien manger ;)