Ce soir, à la question de savoir comment je voyais mon avenir, j'ai répondu le plus sincèrement du monde plombé.

La discussion courrait sur les relations amoureuses et la vie à deux, j'ai confirmé plombé.

Plombé parce que je n'ai pas rompu avec mon mari, pas plus qu'il n'a rompu avec moi.

Je l'ai quitté en l'aimant et alors qu'il m'aimait.

Plombé parce que je connais la saveur de ces relations là et que j'ai la furieuse impression que partager des sentiments étriqués ne sera jamais une consolation pour moi.

Oh, je ne me suis pas consumée sur le bûcher et je ne me sens aucune autre fidélité que celle de préserver mon passé. Je n'ai pas d'emblée calfeutré mes lendemains, ni ne m'astreins intentionnellement à la chasteté.

Mais mon avenir est plombé parce qu'au jeu de la séduction, je m'arrête tout à coup pleine de dégoût pour ces parades où l'un ne cherche dans le regard de l'autre que la preuve de sa propre valeur.

Je me connais trop bien pour savoir que je ne reste pas longtemps sans me frotter à la vie, refusant l'idolâtrie et le confort de mes souvenirs magnifiés.

+videmment que je vais me prêter à ces jeux-là mais je ne suis pas certaine que l'âcre goût de fer qui m'envahit parfois ne ressemble pas finalement à celui du plomb.

Et cela a finalement quelque chose de rassurant... C'est beaucoup plus facile, quand il n'y a pas d'enjeu !