Voici donc la suite de "VIGUARD c'est de la daube !" - 1ère partie
et "VIGUARD c'est de la daube !" - 2ème partie

J'indique à ce point de mon compte-rendu (qui n'engage que moi, je le rappelle) qu'à ce moment de l'audience, soit le début des réquisitions du procureur, mon confrère Eolas nous a rejoint. Je subodore qu'il procédera donc à la rédaction d'un billet dont il a le secret. Dans la mesure où, je le rappelle, le droit pénal est sa matière de prédilection, je n'aborde pas l'étude à proprement parler des textes pénaux qui reçoivent application en l'espèce.

Cela étant précisé, je vais vous conter ici les tonitruantes réquisitions du Ministère public, j'ai nommé : Monsieur le Procureur.

Conséquemment, après l'habile plaidoirie du Conseil de la partie civile, TEGAM, viennent les réquisitions du Procureur, personnage corpulent et tonnant, assez conforme à l'idée que l'on peut avoir d'un représentant du Parquet.

Visiblement sa méthode à lui c'est d'envahir l'espace, il faut dire que physiquement, sa présence est presque écrasante et que son organe vocal possède un volume de même acabit qui sert parfaitement l'objet de sa mission ! Requérir ! Quand je vous dis qu'on le dirait issu d'un dessin de Daumier !

Cependant, quand il commence son intervention par une analogie entre Guillermito et, excusez du peu, Robin des Bois et Arsène Lupin, je conclus, in petto, qu'il a parfaitement saisi l'économie de ce dossier...

Dans la même veine, il recommande au Tribunal de ne s'attacher qu'au droit "quelque qu'elle que soit la personnalité du prévenu", preuve qu'il reconnaît à celle-ci un certain cachet...

Le gros de sa plaidoirie [le ministère public en ses réquisitions] (dont on pouvait percevoir le sens dans les questions qu'il a posé dès le début de l'audience au prévenu) consiste à affirmer que seule la la loi du marché -oh sacro-sainte concurrence !- n'a droit de cité en matière commerciale et qu'à défaut de saisir les autorités de plaintes aussi diverses que variées (défaut de qualité des produits, publicité mensongère...) les consommateurs n'ont pas voix au chapitre...

Une ou deux allusions aux failles de sécurité des produits Microsoft viennent arrondir les angles de ces affirmations tranchées sans parvenir à me faire oublier que si l'on devait appliquer à la lettre ces prescriptions, les consommateurs que nous sommes seraient autant de gros légumes mous dont le seul droit serait de consommer à tout va sans manifester le moindre mouvement d'humeur si ce n'est de s'en remettre à une autorité supérieure omnisciente et omnipotente...

Seule concession faite par le Procureur à la seule sanction de la loi du marché : la presse. Guillermito, n'en étant pas, qu'il se taise donc... Je caricature un peu (il faut dire que l'homme et les propos s'y prêtent) mais ne crois pas dénaturer pas le sens de ces exceptions péniblement accordées à la Police de la concurrence...

En revanche, lui se garde bien faire passer Guillermito pour un vague pirate boutonneux (sachant sans doute l'entreprise vaine) mais préfère rester sur sa lancée de la loi du marché et sous-entendre une éventuelle connivence, génératrice de bénéfices, avec d'éventuels concurrents -non cités. Rien ne semble accréditer une telle thèse dans le dossier mais à chacun sa méthode pour casser l'image du docteur d'Harvard...

Sur la partie spécifiquement juridique de son réquisitoire, il s'est quasiment contenté de faire siens les développements du conseil de TEGAM, point de grandes démonstrations sur les faits constitutifs de la contrefaçon.

Son réquisitoire s'est terminé comme il a commencé : quoique vous pensiez de TEGAM, je sollicite du tribunal que soit prononcée une peine de 4 mois d'emprisonnement avec sursis et 6.000 € d'amende.

Le quoique vous pensiez de TEGAM a résonné lourdement dans la salle de la 10ème Chambre...

Je cesse là mon compte rendu qui fait dorénavant double emploi avec celui de mon confrère EOLAS, et je vous invite à lire son billet : Affaire Guillermito : compte rendu d'audience

Je m'engage, par ailleurs, à terminer au plus vite ma transcription du tarquinien cunéïforme en français contemporain afin que le pénaliste dans l'âme qu'est mon coreligionnaire blogueur, vous dresse, le plus rapidement possible, l'analyse précise du droit positif.


Je vais juste dire deux mots de conclusion sur cette audience dont je disais dans mon premier billet qu'elle n'aurait jamais dû avoir lieu.

Ce qui est le plus perceptible dans cette affaire c'est que TEGAM, société qui n'exploite un seul produit, VIGUARD, a perdu tout sens de la mesure...

Le fait de déposer cette plainte (à l'origine pour des faits de diffamation et de dénigrement) était une incontestable erreur si l'on considère exclusivement le but recherché : protéger VIGUARD.

Faire une publication pleine page, en affirmant que Guillermito est un dangereux terroriste recherché par la DST et connu du FBI était hallucinante de stupidité.

Dans la même veine, le démenti, rédigé -avec les pieds- afin de contrer ce qu'ils avaient eux-même déclenchés, était une nouvelle absurdité.

Ils ont instrumentalisé la justice pour faire taire toute critique à l'encontre de leur seul logiciel.

Après une instruction pénale et une audience correctionnelle, ce que l'on retient c'est que :

  • Un expert informatique a confirmé publiquement que les conclusions auxquelles est parvenu Guillermito, sont pertinentes, à savoir que VIGUARD n'est pas exactement un anti-virus très performant...

  • Cette information - pour le moins ennuyeuse - conjuguée à la procédure pénale et à la débauche de moyens employés pour atteindre Guillermito les a complètement décrédibilisés. Avoir clamé qu'un éminent Docteur d'Harvard est un terroriste connu de la FBI et de la DST au seul motif que ses conclusions sur la fiabilité du logiciel VIGUARD étaient effectivement exactes est une casserole particulièrement bruyante...

  • Car en réalité, tout est là pour avoir voulu faire taire la critique, avoir eu l'orgueil de penser qu'il était possible de contrôler le web, et de prendre un char d'assaut pour écraser un minable internaute, ils ont perdu la bataille du web...

    Ils sont directement à l'origine de ce formidable vent de sympathie pour l'apprenti-octet que l'on a voulu bâillonner parce qu'il avait raison

    Au lieu de composer avec le web, ils ont fait contre le web. En pensant contrôler le web, ils ont ruiné leur image sur le web.

Je n'ai aucune idée de savoir si les magistrats de la 31ème Chambre correctionnelle vont entrer en voie de condamnation à l'encontre de Guillermito ou non. En revanche, j'ai absolue certitude que TEGAM a perdu les derniers lambeaux de sa réputation... et à la dure loi du marché encensée par le représentant du parquet, cette réputation là, elle est sans prix...


A vous les studios, fin de la retransmission.