Et pourquoi je suis là ?
Pourquoi c'est moi qui reste ?
J'aurais voulu que se soit l'inverse.
J'aurais voulu partir. J'aurais voulu mourir et que ce soit lui qui reste là, auprès de ses enfants qu'il aimait tant.
Lui il avait de la famille, plein de famille et ils s'aimaient.
Moi j'étais déjà quasi-seule au monde, plus aucun parent - à quelques semaines près- une famille déjà fantômatique et franchement, hormis lui, les petits et une ou deux personnes il n'y aurait pas eu grand monde que ma disparition aurait blessée profondément.
J'aurais voulu mourir à sa place.
Tous ceux qui m'aimaient sont morts.
Papa, Maman, Nounet, tous morts et enterrés.
Et moi je reste là... toute seule, plus seule que jamais. Et plus solitaire que jamais, surtout.
Tous ceux qui m'aimaient sont morts.
Pour cacher ma peur de l'avenir, ma peur de ne pas y parvenir seule, ma peur de sombrer, je fais toute seule.
Inutile de me proposer de l'aide pour porter la poussette, je la déclinerai (peut-être pas même poliment...).
Je sais bien que c'est stupide mais je m'obstine...
J'ai trop peur de ne pas réussir à le faire seule.
De devoir appeler à l'aide, d'avoir besoin de quelqu'un.
Tous ceux qui m'aimaient sont morts.
Et maintenant il faut continuer sans eux.
Sans compter qu'aimée comme je l'ai été, je suis sans illusion.
Je connais la saveur de ce sentiment là.
Je sais ce que cela signifie d'aimer et de l'être en retour, sans faux semblant, sans peur et sans remord.
Pour soi, pour l'autre et pour rien d'autre.
Tous ceux qui m'aimaient sont morts et moi je reste là.
J'aurais voulu mourir.