Courir vers son passé

Dimanche matin. Dans le froid du petit matin je suis sortie dans le jardin de la demeure, peut-être à l'affût d'un merle ou d'un chat égaré. A moins que ce ne soient des ombres que je cherchais... Je ne sais.
C'est l'odeur la première qui m'est revenue. L'odeur du froid et du petit bois qui se consume. L'odeur de ces herbes folles qui deviennent flammèches éperdues et s'élèvent à jamais.
Et puis la cloche du village a sonné comme pour sonner le départ. Alors je me suis dit "c'est l'heure". J'ai retrouvé cette sensation de noeud au creux de mon ventre, ces foulées hésitantes avant que les muscles ne soient chauds, ces buées de plus en blanches qui se formaient sous mon souffle.
Oui, je m'en souviens très bien de nos cavalcades d'antan. Quand tous les dimanche matin avec papa nous allions sillonner la région en pointes et culottes courtes. Je connaissais tous les chemins vicinaux, les maisons cachés dans les bois. Qu'ils étaient magnifiques ces tennis du siècle dernier rendus à la gourmandise de la forêt. Je savais les grottes où allemands et résistants se sont croisés.
Je me souviens surtout de ces instants suspendus où c'était joli. Alors papa s'arrêtait, regardait et il disait avec plein d'humanité : "c'est bat, hein ?". La beauté, ce n'est pas de voir, non, c'est de partager.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 05/12/2004
Cavalcades
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Commentaires
Cette période de l'année est souvent un moment nostalgique qui nous ramène à notre enfance. J'ai moi aussi écrit sur ce thème aujour'hui en me souvenant de quelque chose qui ressemble à ce que tu écris. Tout cela est émouvant. Je sens à te lire comme un écho d'antan.
"La beauté, ce n'est pas de voir, non, c'est de partager."
J'adore ça Tarquine. Et c'est tellement vrai en plus !
C'est bath :-) C'est une expression qu'utilisait mon grand-père. Et curieusement Garance, plus petite. Elle montrait un dessin à ma grand-mère (elle n'a jamais connu mon grand-père) et lui disait de sa voix un peu trainante : c'est bath, hein... Garance, elle est comme cela. elle utilise des mots que nous avons oublié depuis longtemps.