champs et bois près de la demeure
Dimanche matin. Dans le froid du petit matin je suis sortie dans le jardin de la demeure, peut-être à l'affût d'un merle ou d'un chat égaré. A moins que ce ne soient des ombres que je cherchais... Je ne sais.

C'est l'odeur la première qui m'est revenue. L'odeur du froid et du petit bois qui se consume. L'odeur de ces herbes folles qui deviennent flammèches éperdues et s'élèvent à jamais.

Et puis la cloche du village a sonné comme pour sonner le départ. Alors je me suis dit "c'est l'heure". J'ai retrouvé cette sensation de noeud au creux de mon ventre, ces foulées hésitantes avant que les muscles ne soient chauds, ces buées de plus en blanches qui se formaient sous mon souffle.

Oui, je m'en souviens très bien de nos cavalcades d'antan. Quand tous les dimanche matin avec papa nous allions sillonner la région en pointes et culottes courtes. Je connaissais tous les chemins vicinaux, les maisons cachés dans les bois. Qu'ils étaient magnifiques ces tennis du siècle dernier rendus à la gourmandise de la forêt. Je savais les grottes où allemands et résistants se sont croisés.

Je me souviens surtout de ces instants suspendus où c'était joli. Alors papa s'arrêtait, regardait et il disait avec plein d'humanité : "c'est bat, hein ?". La beauté, ce n'est pas de voir, non, c'est de partager.