Tarquin et moi

Tarquin et moi nous nous aimions, il parait que cela se voyait comme le nez au milieu du visage.
Parfois je ne sais même plus si le nez se porte vraiment au milieu du visage mais je sais que je l'aimais , oui !
Moi je me souviens du regard qu'il m'a lancé la première fois que l'on s'est rencontré. Et je me souviens qu'il me faisait rire, rire à en pleurer, rire à en oublier le reste du monde.
Je me souviens que j'ai su très vite que ce serait lui l'homme de ma vie, en dépit de tout ce qui nous séparait.
Tarquin, il se foutait bien du nombre d'années d'études qui nous séparaient. Il se foutait bien que je sois avocat, il m'aimait pour moi, pas pour mon CV !
Et moi, je me foutais bien qu'il pesait plus de deux fois mon poids, et puis je le trouvais beau comme ça, je l'aimais pour lui, pas pour ses kilos !
Tarquin il savait dire "je t'aime" avec une rare sincérité. Il le disait parce que c'était vrai et qu'il n'avait pas l'impression de se mettre en danger en me le disant.
Tarquin, il savait dégoupiller en une phrase les grenades que son explosive épouse recélait parfois.
Il se moquait de moi avec brio, avec une dérision et un humour de situation dignes des plus fins stratèges.
Tarquin je l'aimais plus que tout, je l'aimais en vrai, je l'aimais comme il était.
On n'aime pas les gens pour ceci ou pour cela. On aime les gens pour ce qu'ils sont, comme ils sont et puis c'est tout. On aime avec ses tripes, moi mon Tarquin je l'avais dans peau.
Voilà c'est tout. point final. Ça s'arrête comme ça. Pouf. on arrête tout et il n'y a même rien a recoller. Non paf, voilà, voilà, au revoir madame, il n'existe plus, vous pouvez reprendre vos sentiments surnuméraires. C'est presque encombrant. Fin de l'histoire. Rideau. Plus de coeur, plus de moteur. Plus rien. Non ça sert plus à rien d'aimer comme ça, c'est du gâchis, il n'est plus là, il est mort, presque du jour au lendemain. Une très jeune conne m'a dit un jour "c'est la vie". Je regrette de ne pas lui en avoir retourné une... La vie, tu parles... L'enfer oui !
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 15/11/2004
Tarquin et Tarquine
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Commentaires
C'est très troublant de vous lire, de plus en plus en fait.
C'est très troublant, une fois de plus.
C'est pas la vie, c'est pas l'enfer.
C'est dégueulasse et beau à la fois.
Celui là fait pleurer demain peut être rire.
Mon plus sincère dévouement.
Ben non, ça ne fini pas comme ça. L'histoire a fait des petits et il y a les Tarquinioles, preuve éclatante, de votre amour.
Mais bon, la vie est une sacré salope quand même.
Le Nôm aussi se fout de mes diplomes et de mon métier. Il y a des hommes comme ça que le paraître n'impressionne pas et qui savent voir au fond des gens.
Un petit mot prononcé il y a peu qui j'espère vous donnera un sourire d'attendrissement, je suis sûre que vous le comprendez en tout cas : aimer l'autre pour ce qu'il est, ne pas essayer de le changer ou de le modeler à son image.
Une des plus belles et des plus émouvantes déclarations d'amour que j'ai jamais lue ou entendue.
Et je confirme, oui la vie est trop souvent une salope. Donner tout pour en reprendre ensuite la moitié, c'est dégeulasse.
Vos mots m'ont touchée, ils sont magnifiques. Cette vie qui nous déchire le coeur en nous reprenant des êtres chers, comment l'accepter, comment ne pas se révolter. Comment faire sans eux et continuer, car il faut continuer pour les autres, pour nous-mêmes, continuer à donner de l'amour, à partager, sans oublier. Amitiés.
« (...)
J’ai connu des étés fleurissants comme neige ; tempêtes de senteurs et de pétales au vent…
Sais-tu que la vie coule en fleuve charriant dans sa limpidité des pourritures ombreuses… Que possédons-nous donc qui ne soit mélangé ?
Les diamants sont enfouis dans la tourbe profonde… Notre bonheur nous dit : «Méfie-toi de demain… Car être sur un sommet, c’est être au cœur du vide, et de là tout chemin ramène vers la plaine…+
Le grillon de nos cœurs gratte son humble chant… Il attend le matin, vibrant et solitaire, porteur d’une allégresse discrète et printanière…
+ quoi nous sert le monde, si ce n’est à aimer… ? Pourquoi rester enclos dans le champ du possible ? Le possible est le masque des passés révolus… Il creuse bien profond l’ornière de l’avenir, où la peur de souffrir va déverser nos vies…
Qui donc lèvera l’ancre sans boussole ni mât ? Et le rêve est le piège où se prend notre élan… Nous mimons le bonheur pour ne point y succomber. Et pour qui reste au port sans risquer l’aventure, bercé par les récits d’étranges voyageurs… Et le cœur enflammé de visions lointaines… Il n’est pas de danger de sombrer dans la vague… Nous léchons nos douleurs comme on gratte un furoncle, pour ne plus ressentir la caresse du vent en attente qui nous parle d’ailleurs, d’autres vies en attente…
Nous caressons sans fin l’alliance défunte qui sans fin nous rappelle un amour échoué sur les brisants glacés… Mais il reste trois doigts pour une nouvelle alliance, et quatre à l’autre main… Et pourquoi n’en pas mettre deux au même doigt ? Tout amour est unique et nul n’en chasse un autre ! Toute rencontre aussi peut ouvrir un bonheur unique dans sa forme et dans sa profondeur si le Désir y met sa magie souveraine.
Car, mon frère, le Désir, c’est l’accueil et la béance offerte à la radicale différence, à l’insondable distance qu’aucun pont ni chemin ne pourra abolir.
«En notre tabernacle, le Dieu seul nous attend qui nous faits des vivant à la face du monde…+
Au cœur de notre cœur, il n’est d’autre Présence… Nul ne peut y pénétrer, même le bien aimé… C’est seuls que nous naissons, c’est seuls que nous mourrons…
Seuls aussi nous pouvons décider de briser le bois de solitude où nous sommes cloués… Car ce qui nous fait Homme, c’est de parler à l’Autre… Ce solitaire nu qui nous fait des signaux de son île déserte où il guette l’aurore.
Il faut sur cette terre des cœurs qui se décident à franchir les angoisses de leur univers clos, à inventer les mots qui mettent en danger le cocon nauséeux de nos sécurités. Pour éviter de vivre, tout est bon à nos peurs. Nous n’imaginons pas être aimés pour nous-mêmes, et ne risquons nos vies que selon notre image qui nous dit notre prix au grand marché des hommes… Nous sommes à nous-mêmes comme marchands d'esclaves estimant la valeur de nos dons consommables par les autres humains prêts à les acheter ... Nous nous traitons nous-mêmes comme une marchandise ; ne voulant pas risquer l'inconnu qui nous hante et qui, s'il le voulait, pourrait bien nous aimer ...
Enfin nous accueillir comme le Dieu lui-même ; qui gît au fond de nous, attendant la rencontre du Dieu caché au coeur d'un Autre qui viendrait .... Et qu'on accueillerait pour en être accueilli.
Dans un insondable respect
Respect de la différence
Accueil de l'identité
Fête de la rencontre
Béance de l'existence
A jamais inachevée
Pleinement acceptée
Dans sa précarité.
(...) +
--
Ma soeur.
Votre commentaire, Mipop, est parfaitement déplacé. Ce n'est d'ailleurs pas tant un commentaire qu'un message publicitaire. Si votre compassion était tant soit peu sincère, vous auriez parcouru ce carnet et ainsi lu ici et là que Veuve Tarquine n'attend aucun réconfort d'un dieu auquel elle ne croit pas. Il n'est pas question ici de savoir si elle a raison ou tort mais c'est son carnet, sa douleur et nul n'a le droit de lui dire comment elle doit souffrir et au nom de qui.
Je vomis le procédé qui vise à s'engouffrer dans la douleur des autres pour vendre sa soupe.
"Enfin nous accueillir comme le Dieu lui-même ; qui gît au fond de nous, attendant la rencontre du Dieu caché au coeur d'un Autre qui viendrait .... Et qu'on accueillerait pour en être accueilli."
A titre strictement personnel et sans faire aucun prosélytisme, dieu -si tant est qu'il existe- je l'emmerde et je lui crache à la gueule.
Et je n'entends bien n'accueillir personne en mon sein que je n'ai strictement choisi... donc dieu il dégage vite fait de ma vie, de toute façon je n'apprécie que les personnes en qui je peux avoir confiance et de ce côté là dieu est quand même le plus grand sauteur que je connaisse...
Par ailleurs, si en dépit de mes convictions profondes cet ectoplasme existait réellement, il n'est bon qu'à répandre le malheur et la haine et je n'entend pas le fréquenter autrement qu'en lui signifiant mon plus profond dédain.