Tarquari


Il vivait dans la rue, maigre et poussiéreux alors il a pris ses quartiers dans une cage d'escalier. Les escaliers de Philomène. Il avait faim alors il restait là, sans bouger, en posant ses grands yeux verts éperdus sur ces bipèdes aux ventres pleins.

C'est ainsi que Tarquin et moi avions vu, devant la porte de ma zomozygote, un grand chat efflanqué immobile et désespéré, il voulait manger et aussi qu'on l'aime.

Et puis nous sommes partis, en dépit des stratagèmes de Philomène qui, avec sa vie de bâton de chaise, ne pouvait l'adopter elle-même et nous faisait effrontément l'article !

Dix jours plus tard, il était tard. Tarquin et moi étions couchés dans un minuscule appartement parisien qui m'avait donné refuge durant la plus grande partie de mes études tout juste achevées.

Soudain, j'ai dit : "J'ai envie d'un chat". Tarquin m'a dit : "moi aussi". Après un silence partagé, il m'a demandé "on y va ?". Je lui ai répondu : "Allez hop ! On fonce !"

On a allumé la lumière, on s'est habillé vitesse Grand V, on a délogé sa voiture de sa précieuse place de stationnement et on est parti en riant comme des gosses.

Il était minuit dans la cage d'escalier lorsque l'on a croisé un voisin fin saoul et complètement ému que ce chat trouve enfin une famille. Il en avait les larmes aux yeux. Il a sonné chez une autre voisine car "vous ne pouvez pas l'emmener sans qu'elle l'embrasse, vous savez".

A une heure du matin, nous sommes partis avec :

- un chat si sale que l'on ne savait pas même de quelle couleur il était.
- une caisse pour ses besoins.
- un paquet de litière
- 3 boîtes de Wiskas
- un panier de transport en osier.

La chat Tarquari venait d'entrer dans notre vie... Et nous étions comme des princes.