Tarquinette revêtue d'un costume d'avocat
Rue des Trois Fontanots à Nanterre. Court trajet entre la gare du RER et le Palais de Justice. La rue des Trois Fontanots à l'heure du déjeuner est un spectacle des plus déprimants. D'abord elle est sombre et moche cette artère mais de surcroît, à l'heure où les estomacs jettent les cadres hors de leur tanière, elle se peuple d'une nuée de "costard-cravate" aux nuances plus qu'étroites : de l'anthracite au gris plomb, en passant par toutes les teintes de la grisaille.

Cravate et chemise peinent à mettre un brin de fantaisie dans cette mer de pingouins chaussés de souliers cirés. Ils sont tous formatés au même gabarit, ils se conforment scrupuleusement au même code vestimentaire. Ils arborent tous le même uniforme de tristesse et bannissent scrupuleusement toute forme d'originalité.

Est-il donc indispensable de porter les insignes de la monotonie pour faire carrière dans les sièges sociaux de la rue des Trois Fontanots ?

Mouais... vous croyez que je ne vous entends pas ricaner ? Oui les avocats portent une robe identique à celle de tous les autres avocats de France et de Navarre.

Oui, c'est une robe noire avec pour seule lumière un rabat blanc et un bout d'hermine au bout de l'épitoge (sauf une bonne moitié du Barreau de Paris dont je suis mais c'est une trop longue histoire pour être contée ce soir)

Il se trouve pourtant que le port de mon costume à moi, outre que ce sont des dispositions légales qui le prévoient, ne procède pas du même esprit.

Oui, je participe à l'appareil de justice et ma robe est le signe de ma fonction.

Oui quand je l'enfile, je sais que je suis en représentation. Oui elle est identique à celle de mon jeune confrère qui vient de prêter serment et à ma consoeur qui à l'âge d'être ma grand-mère.

Oui, elle me donne cette liberté de parole et de ton qui caractérise ma profession.

Oui elle masque aussi l'énorme tâche de café qui orne dorénavant mon pantalon (quelle idée de boire un café en marchant dans la rue surpeuplée dite des Trois Fontanots !)

Oui, elle me permet de me rendre en vélo aux audiences, dans le plus pur style décontracté (essayez donc de grimper l'avenue Marceau en pantalon "trompette" ou en tailleur Chanel...)

Oui, elle me permet de m'habiller comme je veux, - de toute façon, peu importe ma tenue, on ne la verra pas le moment venu- et je peux vous assurer que le port de cette robe là me délivre des lourdes obligations vestimentaires qui pèsent sur les cadres de la rue des Trois Fontanots.

Elle me permet aussi de faire la part des choses. Je plaide avec la robe mais quand je l'ôte, c'est la fin de la représentation.

Pas besoin d'être sur son 31 pour bêcher un dossier ! A métier complet, habit de Cour et de jardin...