Je ne sais pas si les parisiens l’ont remarqué mais depuis le mois de mai, le nombre de cyclistes dans Paris a bien triplé.

Moi, je suis ravie ! Moins il y a de voitures dans Paris, plus je pourrais pédaler le nez en l’air et observer les toits en zinc, les vieux conduits de cheminée désormais inutiles, les huisseries des beaux quartiers, les façades des musées…

Cependant, dans ces nouveaux arrivants, il y a deux catégories de cyclistes qui croissent de façon exponentielle et eux… ils m’exaspèrent !

Le premier groupe est constitué des vététistes véhéments qui malmènent leur monture.

Car en vélo, comme en toute matière, on se doit de respecter sa machine. On la flatte au besoin, mais même sans aller jusque là, on évite toujours de la meurtrir !

C’est ainsi qu’un changement de vitesse, cela se cisèle, cela se fignole, cela se compose :

L’indispensable préalable, c’est d’imprimer à son plateau une vive rotation à l’aide du pédalier.

Quand la vitesse suffisante est acquise, on allège le pied sur la pédale, on se fait le pied ailé et d’un doux mouvement de poignet on tourne d’un seul cran la molette de son dérailleur.

Immédiatement, vous sentirez sous votre semelle, l’élégante vibration de votre chaîne venant se marier aux crans de votre pignon.

Si besoin est, une fraction de seconde plus tard, vous pouvez continuer la valse du braquet.

Ainsi, d’une façon rapide, silencieuse, aérienne et distinguée vous garantirez la souplesse à vos cuisses tout en cajolant votre monture.

Et puis vous avez l’autre méthode, celle des vététistes véhéments (Je laisse de côté celle des néophytes à qui je ne peux en vouloir de n’avoir point encore trouvé le difficile équilibre du pédalier).

Je hais donc la méthode bestiale des jeunes frimeurs en VTT qui, le fessier en l’air, appuient comme des barbares sur leurs pédales au démarrage. La cuisse féroce et le pied plombé, ils changent de braquet avec des grands « Scroutch » faisant mordre leur plateau par une chaîne soumise à d’intenses tensions.

Certes, ils ne me font pas de mal ces cruels, mais je plains leurs pauvres cycles qu’ils ne méritent pas !

Et puis, il y a le second groupe… L’autre catégorie de cyclistes qui m’insupporte encore plus prodigieusement, ce sont les peureux insolents.

Les peureux insolents font partie de ces gens affublés d’un nombril géant : ils considèrent que les règles ne s’appliquent qu’à leur profit et ne se plient pas à celles qui servent les autres.

Avant toute chose, ils sont peureux et donc incapables de défendre leur rang : ils fuient lâchement devant les voitures, leur abandonnant la chaussée pour aller coloniser le refuge des piétons.

Et ces pleutres insolents, non contents d’occuper la place des plus petits que soi, éparpillent les piétons devant eux à grands coups de sonnettes et de « ding » qu’ils actionnent et déclenchent de façon continue.

Exit la grand mère suspendue à sa canne. Fi de la poussette où repose le bébé. Haro sur les enfants qui jouent à la marelle.

Et gorgés de leur importance, ils gonflent le thorax pour mieux se faire reluquer : Place ! Place ! « Considérez qu’il s’agit du carrosse du Roi ! »

Couards et bruyants parasites des trottoirs, je vous méprise moins pour la pollution sonore que vous dispensez qu’en raison de l’image des gens de roue que vous donnez !