Une rose mouilléeCombien de fois en mettant la clef dans la serrure ai-je songé que c’était la porte du bonheur qui s’ouvrait ?

Combien de fois m'étais-je dis que jamais je n’aurais pu imaginer vingt ans plus tôt ce qu’était ma vie aujourd’hui ? Et que si je l’avais su mes jeunes années auraient été plus apaisées !

Combien de fois ai-je pensé que la vie décidément m’avait tout donné et que bien rares étaient les motifs de me plaindre ?

Si souvent !

Y a-t’il donc un prix à payer pour tout le bonheur que l’on a consommé ?

Existe-t’il une formidable balance divine où le plateau de l’horreur doit venir équilibrer celui des joies et des douceurs ?

Devrais-je inférer de la conjonction de mes malheurs des inconduites aussi insoupçonnées qu’inexcusables ?

Pour l’heure la révolte gronde encore contre cet immonde châtiment.

Oui, mes larmes coulent encore et c’est une éternité qu’il me faudra pour en tarir la source.

Oui la rage tempête encore et il n’est pas né celui qui me fera accroire que la mort de mon aimé n’est pas l’exemple même de l’iniquité.

Mais il ne sera pas dit que je brûlerai avec lui. Oui j’ai le droit de rire. Oui j’ai envie d’offrir autre chose à mes enfants qu’un ramassis de souvenirs de plus en plus rabougri à force de ne plus être aérés.

Même si je sais que je m’écroulerai secouée de sanglots au détour d’une odeur ou d’une incisive futilité ; même si je serre encore les poings pour ne pas crier quand le manque me chavire, je sais bien tout au fond de moi que si j’ai résisté à cette lame de fond, c’est que je n’ai pas encore perdu le goût de cette putain de vie…