Un vélo qui fuit

Je fanfaronnais ces jours-ci ! Je me sentais des ailes. Une colère enfin clamée, d’émouvantes retrouvailles avec la capitale et des tarquinets vibrants de rires et de câlins !

On peut dire que j’ai été roidement cueillie. Une phrase a suffit, une phrase relative à des bêtes dispositions fiscales… Je n’ai pourtant peur ni des mots ni de parler. « Tarquin est mort en septembre ».

Je me suis soudainement emparé de mon casque à vélo. J’ai crié un « Au revoir » précipité en filant vers la porte d’entrée. J’ai dévalé les escaliers en hoquetant. Les clefs de mes antivols étaient brouillées par les larmes. Le casque de travers, le nez dégoûlinant, j’ai fui à perdre haleine.

Fuir les larmes en espérant que le vent les sèche, fuir l’envie de se recroqueviller, de se mettre en boule, là, sur le sol, pour crier tout son soûl en ignorant le monde alentour.

Fuir les regards apitoyés de ceux qui savent ma peine sans pouvoir la soulager.

Fuir cette putain de déveine qui m’a enlevé mon mari et mes parents et qui me fait douter de tout (verrais-je mes enfants grandir ? vais-je mourir demain ? mes enfants vivront-ils encore après demain ? lequel mourra le premier ? …)

J’ai foncé dans Paris, j’ai pédalé vers mes marmots et ensemble, on a fait la nique à la vie.

On a joué aux chatouilles. Tarquinou a adoré !