Vous aviez donc cru que j’étais comme vous, de la race des couards ? De ceux qui attendent que mon mari soit mort pour venir vomir chez moi votre haine et votre jalousie puis de ramper peu après : « Promets-nous que cela restera entre nous, la douleur vous a fait dire n’importe quoi ».

Bien sûr que non, la douleur vous a libéré, ! Vous attendiez ce moment depuis si longtemps ! Depuis 12 ans, mon mari vigilant et amoureux me protégeait, car vous saviez qu’en dépit de l’immense amour qu’il vous portait, jamais il ne vous aurait pardonné vos immondes paroles.

Depuis tout ce temps que je vous entends dire du mal de tout le monde, que je vois le vide se faire autour de vous et de votre aigreur blessante, de votre rancœur malveillante… Deux jours après sa mort, vous vous êtes lâchés. Depuis tout ce temps que vous rongiez votre frein, il a fallu taper fort : « famille de cons, famille issue de cons », gueulant comme des porcs dans un appartement qui n’avait connu que des vagissements de nouveaux-nés et des rires à gorges déployées.

« Famille issue de cons »… des mots pour faire mal s’il en est… Mon père mort, ma mère vivant ses derniers jours, et moi issue de ces deux cons là… Cela aurait pu prêter à sourire… Le crétin néandertalien et la blatte visqueuse qui viennent crachouiller leurs miasmes envieux contre un décédé au renom passé (mais la jalousie n’a pas besoin de faits pour prospérer) et une femme qui ne leur avait jamais fait aucun mal, pour l’heure parfaitement inoffensive puisque au fond de son lit d’agonie.

Mais vous m’avez blessée. Vous m’avez fait mal comme personne ne m’a jamais mal. Vous avez planté votre aiguillon de haine dans un corps déchiré de douleur : mon mari mort, ma mère méconnaissable et digne attendant la sienne.

J’ai pensé à mourir ce soir là. Je regardais le sol trois étages plus bas. Il me fallait enjamber le vélo de mon époux et affronter l’image de mon père. J’étais prête à franchir le premier obstacle mais le second m’a arrêtée.

Voyez-vous ce sont les cons qui m’ont mis au monde qui m’ont protégée contre vous ce soir-là. Ils m’ont donné non seulement l’absolue certitude de leur incommensurable amour mais ils m’ont muni d’armes d’une efficacité redoutable contre les cloportes sans génie que vous êtes. La colère !

« Comment oses-tu ? » c’est la seule chose que vous avez réussi à balbutier quand ma colère vous a balayés. Il est là mon précieux héritage ! Ce que ces cons m’ont transmis : je ne respecte aucune autorité en tant que telle… Et présentement je ne vous reconnais aucune qualité, certainement pas l’intelligence dont vous êtes parfaitement dépourvus, pas plus que l’imagination, incapables de reproduire d’autres schémas mentaux que ceux dans lesquels vous végétez, et votre douleur que vous brandissez comme un bouclier n’est pas pour moi un prétexte de respect.

J’ose… vous m’avez blessée de la plus cruelle, de la plus lâche des manières lorsque j’étais à terre. Je me suis promis que jamais, plus jamais vous ne m’atteindrez. Et j’ose vous le faire savoir… Car je me fous que l’on m’aime ou non ! J’ai déjà eu tout l’amour du monde.

Moi je préfère que l’on me déteste pour de bonnes raisons que l’on m’aime de mauvaise façon !

Alors dorénavant vous aurez donc matière à médire, à maudire et à vomir. J’assumerai sans ciller, sans regret, les conséquences de ma colère. Car les cons dont je suis issue m’ont encore appris une chose que vous ignorez : le respect de soi-même… Je ne vais pas me mettre à ramper pour vous prier « que cela reste entre nous »… Plus jamais vous ne m’atteindrez car je vous méprise et ce n’est pas vous qui pouvez impunément venir me cracher d’arrêter une larme qui ne vous regarde pas à l’anniversaire de mon fils. Pauvres abrutis !