Triste anniversaire
Le samedi 31 juillet 1993, une voiture a percuté de
plein fouet celle de mes parents qui avaient quitté leur demeure
pour un mariage.
Il était, à la montre de mon père,
exactement 9 heures 27.
Cette matinée, cette journée est
restée longtemps la pire de mon existence. Je me souviens de
cet appel d’un gendarme qui m’a dit que ma
mère était grièvement
blessée et transportée à
l’Hôpital, quant à mon père,
il était « au
funérarium ». « Au
funérarium… ». Il
n’a pas prononcé une seule fois les mots
« mort » ou «
décédé », [DCD pour
les habitués des P.V…]
Monsieur le gardien de la paix complètement
imbibé d’alcool (1,74 g par litre de sang, joli
non ?) au sortir d’une nuit de garde (Oui, oui, vous lisez
bien, il a ingurgité tout cela dans un commissariat
parisien)…
Monsieur le minable, qui vous êtes
présenté devant vos premiers juges
accompagné de votre comité de soutien
policé, qu’espériez-vous donc ?
Impressionner les magistrats ?
Vous avez raté votre effet, la sanction,
confirmée en appel a été à
la mesure de votre abjection, prison ferme, rayé des cadres.
Monsieur l’ex-flic, à mes yeux
méprisable à jamais, si jamais un jour vous
tombez sur ces lignes, sachez que le pire n’a pas
été de présenter sur sa tombe, et
trois fois en larme, chacun de mes rejetons, à mon papa
à moi.
Non, le pire, le plus odieux, ce qui me hante encore 11 ans
après, quasiment heure pour heure, c’est
d’avoir répondu à ma mère.
Ma mère allongée dans une salle du service des
urgences, encore presque lucide en dépit de la
gravité de ses blessures et des drogues qui lui avaient
été dispensées.
Ma mère qui du fond de sa conscience, refusait
obstinément de sombrer sans savoir ce qu’il
était advenu à son mari. Je me souviens des
infirmières désemparées qui ne
comprenait pas comment elle pouvait même encore parler, je me
souviens de leur trouble en me disant qu’elles
n’avaient rien osé lui dire.
Je me souviens de ses mots à elle, car
j’étais arrivée la première
: « Et ton père ? ». Et moi de
répondre sans faire comme ce gendarme, j’ai dit
« mort », j’ai dit «
décédé » parce que
ce ne sont pas des mots dont on doit avoir peur.
Il résonne encore son indicible cri de douleur. Je venais
d’annoncer à ma mère qu’elle
était veuve.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 31/07/2004
Chagrine Tarquine
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Commentaires
Et pour chacun de nos parents morts, j'adresse un pleur, une pensée, enfin quelque chose, pour que ce ne soit pas rien. Et j'écris ces mots pour que de ce quelque chose au moins une part survive. Peut-être la rage.
(désolé pour cette pollution de blog)
Je viens ici pour la premiere fois pour te remercier de ton petit passage chez moi... et je suis toute triste de ce qui est arrivé a ta famille, et tres impressionnée par ton joli blog. Je reviendrai, et en attendant, je te fais de grosses bises de courage pour ce moment vraiment difficile.
msc, pour quelle obscure raison polluriez-vous ces billets ?
La rage, oui vous avez raison, elle existe encore cette rage là, la rage et toutes les bribes de mon passé qui les font revivre en moi quand j'ai besoin d'eux et ce n'est pas rien ce lien, car ils ont continué à me protéger quand ma vie s'est écroulée, quand j'ai su que le pire n'était pas derrière moi...
Miss Lulu, merci de votre visite d'amitié et de votre aimable pensée.
madame Tarquine, toutes les fois que je viens sur votre blog, j#ai le coeur qui saigne... Je n'ose imaginer l'état du votre. Bon courage. Même si c'est peu, même si c'est loin, c'est de tout mon petit coeur tout serré d'avoir lu vos mots.
aujourd'hui 1er Aout je tiens à rendre hommage à tous les
orphelins, j'embrasse Roman,Paul,Jules,Léon et tous les autres
Merci :) Qui sait... peut-être un jour, je parviendrai à vous faire rire... (j'adorerai !)
Mais il faut la magie d'un Desproges pour réussir à faire rire -et se rire- de la mort...
Hé bien j'avais un peu l'impression de gâter la beauté de votre sincérité. Alors je me disais qu'il aurait mieux valu que je ne réponde rien mais, dans le même temps, comme cette note faisait terriblement écho, je n'ai pas pu m'en empêcher.
J'espère pour vous que le pire maintenant est derrière, que les morts ne viendront plus que dans l'ordre commun des choses.
Ces jours-là ne sont plus jamais comme les autres, une marque sur le calendrier dont l'intensité augmente au fur et à mesure que la date approche.
Je vous embrasse.
J'ai choisi un jour d'aller écouter Léo Férré plutot que Desproges,
avec lui je me suis dit que j'avais le temps,il est mort peu de temps après.Le tribunal des flagrants délires reste pour moi un
grand moment de radio.J'ai la nostalgie de cette époque.
Moi aussi , j'y ai songe toute la journee malgre les milliers de kilometres et le decalage horaire. J'ai bien pense a toi aussi, sans pouvoir de le dire faute de connection et de telephone, c'etait un jour maudit.. ce n'etais malheureusement pas le dernier....
bisous lointains mais oh combien sinceres....
Bisous ma Zomozygote ! Moi aussi, j'ai pensé à toi ! Et si tu peux me lire des tes lointaines contrées, j'espère que tu as aussi attrapé les tombereaux de bisous que je t'envoie à toi, à tes crapouillauds et à ton "bonhomme" !
Je viens de lire ce billet et je suis bouleversé. Je ne sais pas comment vous dire, comment parler de ces choses là, je ne voulais tout simplement pas passer sans vous le dire. Vous avez toute mon amitié.
Bien triste anniversaire
amitie pour ce triste anniversaire
Il y a trois ans, un imbécile de 83 ans a voulu doubler une file de voitures sur une départementale du Morbihan. Se croyant invulnérable dans sa grosse auto. Il a doublé une, deux, trois voitures, puis a entrepris de doubler le semi-remorque alors que le virage se profilait déjà. Il s'est rabattu au dernier moment, évitant de justesse la voitire arrivant en face. Le conducteur de celle-ci a perdu le contrôle de son véhicule, rebondi sur le rail extérieur, puis sa voiture folle a traversé la route. Il a percuté de face et de plein fouet mon père et ma belle-mère, dont la Volvo a littéralement explosé. Au premier jour, coma pour les deux. Défilé de famille sur musique de pronostic vital défavorable. Ma mère biologique était décédée six ans avant, emportée par un cancer en quatre mois à peine. Nouvelle attente en réa. Corps démolis, horribles. 94 fractures rien que pour mon père. Un miracle s'est accompli. Après deux mois de coma pour chaque, réveil, convalescence longue, immense travail de reconstruction physique mais aussi psychologique après deux traumatismes crânien. Aujourd'hui plein de séquelles qu'ils ne veulent plus évoquer, mais pour nous tous cette colère. Cette rage qui reste. La semaine dernière un collègue qui bosse avec moi sur des chantiers de bâtiment s'est saôulé à mort un vendredi. Alors que madame l'attendait à la maison, enceinte d'un quatrième, incapable de se lever à deux semaines du terme. Ce crétin est rentré tellement saoul qu'il ne se souvient même pas du retour. Lundi dernier, il me l'a raconté sur le ton du potache qui recherche son public dans la bonne vieille complicité masculine. Je lui ai collé une tarte. Pardon pour la familiarité, mais c'est parti tout seul. Ma douleur, sans doute, ma colère. Je lui ai dit que si je le voyais monter dans sa voiture dans un état semblable dans la ville où nous habitons désormais tous les deux, je lui enverrais les flics aussi sec. Je préfère perdre un copain sans cervelle que de contribuer par voie de silence à une mort de plus. Marre de me taire. Le récit de la mort de vos parents m'a profondément touché, je ne souhaitais pas vous envahir avec ma peine car je mesure la chance d'avoir pu sauver un peu de notre famille, mais je voulais vous témoigner de ma plus profonde et sincère sympathie.