Cette matinée, cette journée est restée longtemps la pire de mon existence. Je me souviens de cet appel d’un gendarme qui m’a dit que ma mère était grièvement blessée et transportée à l’Hôpital, quant à mon père, il était « au funérarium ». « Au funérarium… ». Il n’a pas prononcé une seule fois les mots « mort » ou « décédé », [DCD pour les habitués des P.V…]

Monsieur le gardien de la paix complètement imbibé d’alcool (1,74 g par litre de sang, joli non ?) au sortir d’une nuit de garde (Oui, oui, vous lisez bien, il a ingurgité tout cela dans un commissariat parisien)…

Monsieur le minable, qui vous êtes présenté devant vos premiers juges accompagné de votre comité de soutien policé, qu’espériez-vous donc ? Impressionner les magistrats ?

Vous avez raté votre effet, la sanction, confirmée en appel a été à la mesure de votre abjection, prison ferme, rayé des cadres.

Monsieur l’ex-flic, à mes yeux méprisable à jamais, si jamais un jour vous tombez sur ces lignes, sachez que le pire n’a pas été de présenter sur sa tombe, et trois fois en larme, chacun de mes rejetons, à mon papa à moi.

Non, le pire, le plus odieux, ce qui me hante encore 11 ans après, quasiment heure pour heure, c’est d’avoir répondu à ma mère. Ma mère allongée dans une salle du service des urgences, encore presque lucide en dépit de la gravité de ses blessures et des drogues qui lui avaient été dispensées.

Ma mère qui du fond de sa conscience, refusait obstinément de sombrer sans savoir ce qu’il était advenu à son mari. Je me souviens des infirmières désemparées qui ne comprenait pas comment elle pouvait même encore parler, je me souviens de leur trouble en me disant qu’elles n’avaient rien osé lui dire.

Je me souviens de ses mots à elle, car j’étais arrivée la première : « Et ton père ? ». Et moi de répondre sans faire comme ce gendarme, j’ai dit « mort », j’ai dit « décédé » parce que ce ne sont pas des mots dont on doit avoir peur.

Il résonne encore son indicible cri de douleur. Je venais d’annoncer à ma mère qu’elle était veuve.