Coeur figé en résine dans un cimetière

Il avait horreur des cimetières. Il n’allait d’ailleurs jamais sur la tombe de son frère. Simplement il m’accompagnait parfois sur la tombe de mon père, dans un cimetière de village, sur le chemin de la mare aux grenouilles.

Il avait su, juste avant de mourir, que ma mère s’en irait là aussi.

C’était la veille au soir, un mardi, où j’ai vu le chirurgien ; il n’y avait plus rien à faire, et ce d’autant plus qu’elle avait très dignement fait savoir qu’elle refusait toute forme d’acharnement. Elle voulait être opérée et ne plus jamais se réveiller, c’est tout.

Le lendemain, le mercredi, au matin, je me souviens qu’il était en retard pour son rendez-vous et qu’il est parti en vitesse sans emmener les enfants. Un coup de téléphone affolé alors que j’étais au Palais : un scanner a montré l’anomalie du système vasculaire cérébral.

Une journée, une journée ensemble, notre dernière journée. Cette journée là, il est encore trop tôt pour en parler.

Il devait être opéré dans les jours suivants. Mais dans la nuit, la nuit de mercredi à jeudi, j’ai appelé le SAMU et les pompiers. Je ne l’ai jamais revu conscient.

Il est mort juste avant « Maman ».

Parfois, j’ai encore l’impression d’être liquéfiée dans la douleur.