Statue dans la Galerie de Harlay au Palais

Voici un extrait d'un ouvrage de Monsieur Raymond LINDON Le style et l'éloquence judiciaires publié aux éditions Albin Michel © 1968 :

Voici maintenant d’autres décisions célèbres, mais authentiques celles-ci. Elles firent, au début du siècle la célébrité d’un magistrat, Monsieur Magnaud, qui présidait le tribunal de Château-Thierry, et que la presse de l’époque surnomma « le bon juge ».

On y trouve beaucoup de générosité, une once de non conformisme et une pointe de naïveté, mais la forme est bien venue.

[…]

Une troisième décision fit aussi quelque bruit.

Il s'agissait d'un jeune homme de dix-sept ans, sans parents, sans métier, et qui n'avait pu trouver de place dans un de ces établissements publics ou de tels malheureux sont ordinairement accueillis. Il était prévenu de mendicité. Acquittement encore avec les deux attendus que voici:

"Attendu que, pour apprécier équitablement le délit de l'indigent, le juge doit, pour un instant, oublier le bien-être dont il jouit généralement, afin de s'identifier autant que possible avec la situation lamentable de l'être abandonné de tous...

Attendu que la société, dont le premier devoir est de venir en aide à ceux de ses membres réellement malheureux, est particulièrement mal venue à requérir contre l'un d'eux l'application d'une loi édictée par elle-même, et qui, si elle s'y fut conformée en ce qui la concerne, pouvait empêcher de se produire le fait qu'elle reproche aujourd'hui au prévenu... "

On notera que, lorsque le président Magnaud parle de la société, ses attendus évoquent un peu ceux de Courteline. C'est que, à la vérité, il est difficile de faire intervenir les notions de morale, de société, de solidarité humaine sans risquer le ridicule, pour peu qu'on soit en avance sur son temps, ou en retard sur lui. Et, sur ce chapitre, la sobriété ne saurait être trop recommandée.




Mon commentaire sera lapidaire : j'adore...