Le style et l'éloquence judiciaires

Voici un extrait d'un ouvrage de Monsieur Raymond LINDON Le
style et l'éloquence judiciaires publié
aux éditions Albin Michel © 1968 :
Voici maintenant d’autres décisions
célèbres, mais authentiques celles-ci. Elles
firent, au début du siècle la
célébrité d’un magistrat,
Monsieur Magnaud, qui présidait le tribunal de
Château-Thierry, et que la presse de
l’époque surnomma « le bon
juge ».
On y trouve beaucoup de générosité,
une once de non conformisme et une pointe de
naïveté, mais la forme est bien venue.
[…]
Une troisième décision fit aussi quelque bruit.
Il s'agissait d'un jeune homme de dix-sept ans, sans parents, sans
métier, et qui n'avait pu trouver de place dans un de ces
établissements publics ou de tels malheureux sont
ordinairement accueillis. Il était prévenu de
mendicité. Acquittement encore avec les deux attendus que
voici:
"Attendu que, pour apprécier équitablement le
délit de l'indigent, le juge doit, pour un instant, oublier
le bien-être dont il jouit
généralement, afin de s'identifier autant que
possible avec la situation lamentable de l'être
abandonné de tous...
Attendu que la société, dont le premier devoir
est de venir en aide à ceux de ses membres
réellement malheureux, est particulièrement mal
venue à requérir contre l'un d'eux l'application
d'une loi édictée par elle-même, et
qui, si elle s'y fut conformée en ce qui la concerne,
pouvait empêcher de se produire le fait qu'elle reproche
aujourd'hui au prévenu... "
On notera que, lorsque le président Magnaud parle de la
société, ses attendus évoquent un peu
ceux de Courteline. C'est que, à la
vérité, il est difficile de faire intervenir les
notions de morale, de société, de
solidarité humaine sans risquer le ridicule, pour peu qu'on
soit en avance sur son temps, ou en retard sur lui. Et, sur ce
chapitre, la sobriété ne saurait être
trop recommandée.

Mon commentaire sera lapidaire : j'adore...

C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 01/07/2004
Veuve Tarquine bouquine
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Commentaires
hé .. tu devrais nous poster un extrait en mp3 de l'une de tes plaidoiries ;-)
C'est parfaitement interdit! :) Tout enregistrement sonore, vidéo ou photographique est proscrit durant les audiences.
De surcroît, ce n'est pas parce que j'apprécie ce style empoulé, que je plaide ainsi :)
Il y a une semaine, je plaidais devant un président réputé sévère mais qui m'a vu débuter et exercer au fil des ans (dans différentes chambres mais toujours la même spécialité).
Comme une consoeur me faisait remarquer qu'il n'était pas très fantaisiste, je lui ai assuré du contraire et j'ai entrepris de lui démontrer.
J'ai commencé ma plaidoirie par "il était une fois" et j'ai présenté les faits puis la discussion comme un véritable conte pour enfants.
Visiblement cela l'a diverti ... et ma consoeur a changé d'avis sur la sévérité du magistrat ...
Bien évidemment, ce que j'ai pu faire dans ce prétoire, je n'aurais jamais pu le faire ailleurs. On n'avons pas - heureusement - qu'une seule façon de plaider.
Les réputés sévères, généralement aiment qu'on les surprennent mais par du talent. :-)
Au fait, j'irai voir le film de Depardon, j'aurais ainsi une meilleur connaissance des tribunaux, enfin une partie.
Ce Bon juge est également connu pour avoir fait application de l'état de nécéssité et relaxé une voleuse de pain.
Le célèbre jugement (Tribunal de Château Thierry, vendredi 4 mars 1898) est encore cité dans le Code pénal (éd. Dalloz, 2005, sous l'article 122-7, p. 129, note nÝ 1).
Ce jugement est reproduit dans l'ouvrage "archives des juges et avocats", édition de LODI, 2002 (p. 13).
Extrait :
" Attendu que si certains états pathologiques, notemment l'état de grossesse, ont souvent permis de relaxer comme irresponsable les auteurs de vols accomplis sans nécéssité, cette irresponsabilité doit, à plus forte raison, être admise en faveur de ceux qui n'iont agit que sous l'irrésistible impultion de la faim ;
Qu'il y a lieu en conséquence, de renvoyer la prévenue des fins de poursuites, sans dépens, en application de l'article 64 du Code pénal".
C'est chouette de voir un magistrat effrayer les bons bourgeois de la belle époque !