Déjà, le début est quand-même un modèle du genre :

- « Contrairement aux données diffusées largement sur Internet et dans les forums de discussions »

D’abord, la règle élémentaire n’est pas exactement de mettre l’accent sur ce que l’on veut taire (en l’occurrence les données et leur large diffusion) mais plutôt sur ce que l’on souhaite mettre en avant (du genre : nous sommes une formidable boîte de security –en prenant l’accent). Vous l’avez compris, l’introduction est ratée.

- -« qui répètent une seule source d’information de manière unilatérale »

Peste ! pour un peu on s’en offusquerait !! Comment ? Internet se permet de diffuser des informations les concernant sans leur avoir demandé leur avis ! Mais c’est très grave !

Regardez donc comme c’est pathétique une entreprise qui découvre que l’on ne peut pas bâillonner le monde entier, et qui se scandalise de ne pas pouvoir tout maîtriser !

Quelle débauche de qualificatif ! « unilatéral » ! rien que ça !!!

Messieurs de la communication de TEGAM International, je vous indique quand-même qu’en publiant le dit démenti vous présentez également « une seule source d’information de manière unilatérale ! »

- « sans la moindre pondération »

Oyez ! Oyez !, blogueuses, blogueurs, carnetistes, billetistes, webmestres, forumeurs, forumeuses, vous êtes intrinsèquement coupables de n’avoir pas auto-modéré vos propos.

Vous devez nécessairement faire application DU PRINCIPE DE PRECAUTION quand vous osez mentionner un fait qui se rapporte à cette docte entreprise !

- « et sans avoir connaissance de la réalité des faits en cause.+

Là, vous ne trouvez pas que ça devient drôle ? Vous ne imaginez-pas un formidable censeur qui vous menace d’un doigt accusateur dans le bureau du directeur ?

Vous savez du genre « Mon garçon, voyons, vous avez perdu le sens commun ! Comment pouvez-vous imaginez, un seul instant, SAVOIR, vous, l’être insignifiant que vous êtes, ? Car évidemment ! vous ne savez rien ! »

Pour raccourcir, je vous propose d’appliquer la même théorie (SAVOIR ou bien se TAIRE !!!) à tous les cafés du commerce, aux fanzines de quartier, aux conversations avec votre coiffeuse ou votre masseur et évidemment à tous les hommes, femmes, bêtes à poils ou à plumes qui travaillent dans le journalisme et dans la politique…

Vous mesurerez ainsi l’affolante stupidité d’un pareil axiome.

- « la plainte contre X déposée par TEGAM International n’a pas pour but de porter atteinte à la liberté d’expression ni aux travaux de recherche qui ont pour véritable but de faire avancer la sécurité informatique »

Là, j’avoue en lisant ces lignes, je me suis quasiment roulée par terre de rire !

Vraiment, le rédacteur de ces mots mérite une médaille ! Comment en une seule phrase faire comprendre exactement le contraire de ce qui est écrit !

« Non, non je vous promets ! ce que vous lisez c’est unilatéral, c’est sans pondération, donc je porte plainte mais pas pour les faire taire hein !!! NON !! c’est vrai ! mais puisque je vous le dis ! »

Et mon œil ? Désolée mais moi je ne vous crois pas un instant !

En plus de cette façon de procéder par voie d’affirmation sans proposer un moindre semblant d’argumentation, ils oublient quand même de nous dire de quoi ils parlent !

Non seulement on vous reproche de ne pas savoir de quoi vous parlez, partant, vous devez les croire ! mais pas un seul instant on vous les énonce ces faits !

C’est bien gentil de vous parler d’une plainte contre X mais une plainte pour quoi ?.

Pour s’accorder avec leur discours larmoyant on pencherait vers une incrimination proche du dénigrement, la concurrence déloyale ou pourquoi pas la diffamation …

Mais pas du tout ! détrompez-vous, vous n’y êtes pas du tout !

Si j’en crois le principal intéressé, c’est une plainte en contrefaçon !

Si vous savez cela, vous comprenez vite que leur débauche de « larmoiements » s’accorde assez mal avec la définition de la contrefaçon (articles L. 335-2 et L. 335-3 du Code de la propriété intellectuelle)

Au regard de ces seules informations (Tegam International taisant les faits qu’elle vous accuse de commenter) il semblerait donc qu’il s’agit de « la violation de l'un des droits de l'auteur d'un logiciel définis à l'article L. 122-6 du même code.

Comme infraction, ça fait vraiment petit… mesquin, je dirais même… très franchement, c’est machiavélique : la fin justifie les moyens, opportuniste, quoi.

En gros, vous poursuivez quelqu’un qui a osé mettre le nez dans votre logiciel et surtout qui l’a clamé… mais bon j’ai dit que je ne me prononce pas sur le fond, j’arrête donc là mes impressions.

En revanche, sur la forme, je vais directement sauter au troisième paragraphe afin de vous démontrer que ce n’est pas anodin que l’on vous taise la nature des poursuites :

-« Utiliser une recherche de failles comme prétexte pour dénigrer une société et son personnel violemment pendant plusieurs années, n'est pas acceptable. »

Mais, comment vous dites ? « dé-ni-gre-ment » ? J’y comprends rien, moi, dénigrement ou contrefaçon ? Parce que dénigrer violemment c’est pas pénalement répréhensible ? alors pourquoi ne pas nous dire quelles dispositions pénales vise cette satanée plainte ?

Attendez, lisez un peu plus loin :

-Mais il lui arrive aussi de faire l’objet de manœuvres hostiles visant à la discréditer, lui ravir sa clientèle ou même sa technologie.

Mais diantre ! c’est très grave ! Si ! si ! Nous sommes très très loin de la simple contrefaçon !

Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression que Tegam en fait un peu trop là…

Il y a comme des lourdeurs de style qui me semblent malhonnêtes. Des clameurs qui à force d’être assénées finissent par lasser et surtout mettre en doute –toujours stylistiquement- le sens premier qui leur était assigné…

Comme tout le démenti est à peu près du même acabit , il faut dire qu’on sent bien la lourde plume de son auteur tout le long de son poulet, je vais abréger là mes explications circonstanciées pour ne m’attacher plus à décrypter quelques idées.

- La société TEGAM International est la seule société française à concevoir, développer, commercialiser et maintenir en France un logiciel de sécurité antivirale depuis autant d’années

Vous vous-imaginez ? Un français a osé dénigrer une entreprise française. Pas malawi ou kirghizstane, non, française !! (Avouez que c’est quand même beaucoup plus grave, non ?). Sans compter que cette entreprise française, elle embauche peut-être votre père, votre fille, votre écureuil ou votre poisson rouge ! Pensez à eux, licenciés, malheureux, peut-être proches du suicide !

J’en rajoute un peu mais c’est pour faire comme eux… c’est « stylistique » !

Et enfin, la conclusion ultime, le coup de pied de l’âne, la phrase qui tue (et qui sont deux) :

- « A l’heure où la bataille fait rage pour préserver et renforcer la Recherche en France, TEGAM International défend sa différence et le produit de sa Recherche.

Lorsqu’elle subit des attaques graves, il n’y a rien d’anormal à ce qu’elle se défende et fasse appel à la Justice pour faire valoir ses droits. »


On en pleurerait presque …

Cependant, avant d’inonder votre clavier, remarquez quand même que deux alibis distincts sont mentionnés dans cette sortie.

D’abord la Recherche ! Arf ! Bel alibi que celui-ci !! surtout quand on sait que la majorité des français la porte dans leur cœur cette recherche-là.

Bref, c’est facile, gratuit , c’est de la récupération de conjoncture pitoyable…

Oui, oui, pitoyable. Pitoyable parce que le rapport entre Tegam et le financement de la recherche publique en France est inexistant… si ce n’est de vous rallier à leur cause en utilisant un combat qui n’est pas le leur. Non on ne me convaincra pas du contraire, ce genre d’opportunisme (strictement commercial, ne l’oublions pas) est à mon sens inacceptable.

Et enfin, là J’adooore, on fait appel à la Justice.

Notez bien la capitale à la première lettre du mot (présente déjà dans la Recherche), il ne s’agit pas de la justice, le bête substantif féminin de la langue française désignant soit le principe moral, soit notre bonne vieille institution judiciaire. Celle-là même que vous allez saisir quand votre voisin empiète votre champs ou quand votre épicier vous a carotté d’un denier.

Pas du tout, non cette Justice-là on l’imagine presque divine, omnisciente, universelle.

Et bien, figurez-vous que le fait de lui planter une majuscule sur la tête la fait pencher de votre côté ! Si si ! Stylistiquement parlant c’est toujours ainsi ! Plus la majuscule est grosse et plus vous avez raison !

Evidemment, on ne vous parle pas de la réalité de la bête justice du bête justiciable comme vous et moi, non celui-là il sait qu’il ne suffit pas de porter plainte et d’enrubanner les mots pour qu’un bête juge vous donne raison.

Pour conclure- car il est bien temps, n’est-ce pas ?- je dirais que, stylistiquement, Tegam international, a fait un magnifique plaidoyer de coupable !

Comme ces déclarations gluantes que l’on entend parfois à la barre des prétoires, ces discours où les mots dégoulinent trop grassement, où les phrases poisseuses et sirupeuses tombent à terre dans un grand « splotch » en emportant avec elle tout le crédit que l’on pouvait accorder à celui qui les dit…

Stylistiquement parlant, toujours.