Quand le style nuit au démenti
Comme tout blogueur qui se respecte j’avais eu vent
des démêlés de Guillermito avec Viguard.
Mais aujourd’hui, j’ai découvert (tard,
je le reconnais) le démenti de Tegam International.
J’avoue avoir été
littéralement ahurie par la teneur, la rédaction
et les moyens de ce démenti ! Peu importe le fond de
l’affaire, seule la forme m’a saisie.
Je ne sais pas qui a été capable de pondre une
prose pareille ! Je pense que son auteur était
payé à coup de lance-pierre et qu’avant
de partir, il s’est vengé. C’est la
seule explication satisfaisante que j’ai trouvé
à une telle publication : c’est qu’elle
soit torchonnée à dessein !
J’imagine bien que vous n’allez pas me croire sur
ma bonne mine (et vous auriez raison) En tout état de cause
la simple lecture de ce démenti se passe quasiment de
commentaires.
Cependant comme je suis une indécrottable bavarde, je
m’en vais vous faire part des réflexions que
m’inspire cet avis :

Déjà, le début est
quand-même un modèle du genre :
- « Contrairement aux données
diffusées largement sur Internet et dans les forums de
discussions »
D’abord, la règle
élémentaire n’est pas exactement de
mettre l’accent sur ce que l’on veut taire (en
l’occurrence les données et leur large diffusion)
mais plutôt sur ce que l’on souhaite mettre en
avant (du genre : nous sommes une formidable boîte
de security –en prenant l’accent). Vous
l’avez compris, l’introduction est
ratée.
- -« qui répètent
une seule source d’information de manière
unilatérale »
Peste ! pour un peu on s’en offusquerait !! Comment ?
Internet se permet de diffuser des informations les concernant sans
leur avoir demandé leur avis ! Mais c’est
très grave !
Regardez donc comme c’est pathétique une
entreprise qui découvre que l’on ne peut pas
bâillonner le monde entier, et qui se scandalise de ne pas
pouvoir tout maîtriser !
Quelle débauche de qualificatif ! «
unilatéral » ! rien que ça !!!
Messieurs de la communication de TEGAM International, je vous indique
quand-même qu’en publiant le dit démenti
vous présentez également «
une seule source d’information de manière
unilatérale ! » …
- « sans la moindre
pondération »
Oyez ! Oyez !, blogueuses, blogueurs, carnetistes, billetistes,
webmestres, forumeurs, forumeuses, vous êtes
intrinsèquement coupables de n’avoir pas
auto-modéré vos propos.
Vous devez nécessairement faire application DU
PRINCIPE DE PRECAUTION quand vous osez mentionner un fait qui
se rapporte à cette docte entreprise !
- « et sans avoir connaissance de la
réalité des faits en cause.+
Là, vous ne trouvez pas que ça devient
drôle ? Vous ne imaginez-pas un formidable censeur qui vous
menace d’un doigt accusateur dans le bureau du directeur ?
Vous savez du genre « Mon garçon,
voyons, vous avez perdu le sens commun ! Comment pouvez-vous imaginez,
un seul instant, SAVOIR, vous, l’être insignifiant
que vous êtes, ? Car évidemment ! vous ne savez
rien ! »
Pour raccourcir, je vous propose d’appliquer la
même théorie (SAVOIR ou bien se TAIRE !!!)
à tous les cafés du commerce, aux fanzines de
quartier, aux conversations avec votre coiffeuse ou votre masseur et
évidemment à tous les hommes, femmes,
bêtes à poils ou à plumes qui
travaillent dans le journalisme et dans la politique…
Vous mesurerez ainsi l’affolante stupidité
d’un pareil axiome.
- « la plainte contre X
déposée par TEGAM International n’a pas
pour but de porter atteinte à la liberté
d’expression ni aux travaux de recherche qui ont pour
véritable but de faire avancer la
sécurité informatique »
Là, j’avoue en lisant ces lignes, je me suis
quasiment roulée par terre de rire !
Vraiment, le rédacteur de ces mots mérite une
médaille ! Comment en une seule phrase faire comprendre
exactement le contraire de ce qui est écrit !
« Non, non je vous promets ! ce que vous lisez
c’est unilatéral, c’est sans
pondération, donc je porte plainte mais pas pour les faire
taire hein !!! NON !! c’est vrai ! mais puisque je vous le
dis ! »
Et mon œil ? Désolée mais moi je ne
vous crois pas un instant !
En plus de cette façon de procéder par voie
d’affirmation sans proposer un moindre semblant
d’argumentation, ils oublient quand même de nous
dire de quoi ils parlent !
Non seulement on vous reproche de ne pas savoir de quoi vous parlez,
partant, vous devez les croire ! mais pas un seul instant on vous les
énonce ces faits !
C’est bien gentil de vous parler d’une plainte
contre X mais une plainte pour quoi ?.
Pour s’accorder avec leur discours larmoyant on pencherait
vers une incrimination proche du dénigrement, la concurrence
déloyale ou pourquoi pas la diffamation …
Mais pas du tout ! détrompez-vous, vous n’y
êtes pas du tout !
Si j’en crois le principal intéressé,
c’est une plainte en contrefaçon !
Si vous savez cela, vous comprenez vite que leur débauche de
« larmoiements » s’accorde assez
mal avec la définition de la contrefaçon
(articles L. 335-2 et L. 335-3 du Code de la
propriété intellectuelle)
Au regard de ces seules informations (Tegam International taisant les
faits qu’elle vous accuse de commenter) il semblerait donc
qu’il s’agit de « la violation de l'un
des droits de l'auteur d'un logiciel définis à l'article L. 122-6 du
même code.
Comme infraction, ça fait vraiment petit…
mesquin, je dirais même… très
franchement, c’est machiavélique : la
fin justifie les moyens, opportuniste, quoi.
En gros, vous poursuivez quelqu’un qui a osé
mettre le nez dans votre logiciel et surtout qui l’a
clamé… mais bon j’ai dit que je ne me
prononce pas sur le fond, j’arrête donc
là mes impressions.
En revanche, sur la forme, je vais directement sauter au
troisième paragraphe afin de vous démontrer que
ce n’est pas anodin que l’on vous taise la nature
des poursuites :
-« Utiliser une recherche de failles comme
prétexte pour dénigrer une
société et son personnel violemment pendant
plusieurs années, n'est pas acceptable. »
Mais, comment vous dites ? «
dé-ni-gre-ment » ?
J’y comprends rien, moi, dénigrement ou
contrefaçon ? Parce que dénigrer violemment
c’est pas pénalement
répréhensible ? alors pourquoi ne pas nous dire
quelles dispositions pénales vise cette satanée
plainte ?
Attendez, lisez un peu plus loin :
-Mais il lui arrive aussi de faire l’objet
de manœuvres hostiles visant à la
discréditer, lui ravir sa clientèle ou
même sa technologie.
Mais diantre ! c’est très grave ! Si ! si ! Nous
sommes très très loin de la simple
contrefaçon !
Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression que
Tegam en fait un peu trop là…
Il y a comme des lourdeurs de style qui me semblent
malhonnêtes. Des clameurs qui à force
d’être assénées finissent par
lasser et surtout mettre en doute –toujours stylistiquement-
le sens premier qui leur était
assigné…
Comme tout le démenti est à peu près
du même acabit , il faut dire qu’on sent bien la
lourde plume de son auteur tout le long de son poulet, je vais
abréger là mes explications
circonstanciées pour ne m’attacher plus
à décrypter quelques idées.
- La société TEGAM International est la
seule société française à
concevoir, développer, commercialiser et maintenir en France
un logiciel de sécurité antivirale depuis autant
d’années
Vous vous-imaginez ? Un français a osé
dénigrer une entreprise française.
Pas malawi ou kirghizstane, non, française !! (Avouez
que c’est quand même beaucoup plus grave, non ?).
Sans compter que cette entreprise française, elle embauche
peut-être votre père, votre fille, votre
écureuil ou votre poisson rouge ! Pensez à eux,
licenciés, malheureux, peut-être proches du
suicide !
J’en rajoute un peu mais c’est pour faire comme
eux… c’est «
stylistique » !
Et enfin, la conclusion ultime, le coup de pied de
l’âne, la phrase qui tue (et qui sont deux) :
- « A l’heure où la bataille
fait rage pour préserver et renforcer la Recherche en
France, TEGAM International défend sa différence
et le produit de sa Recherche.
Lorsqu’elle subit des attaques graves, il n’y a
rien d’anormal à ce qu’elle se
défende et fasse appel à la Justice pour faire
valoir ses droits. »
On en pleurerait presque …
Cependant, avant d’inonder votre clavier, remarquez quand
même que deux alibis distincts sont mentionnés
dans cette sortie.
D’abord la Recherche ! Arf ! Bel alibi que celui-ci !!
surtout quand on sait que la majorité des
français la porte dans leur cœur cette
recherche-là.
Bref, c’est facile, gratuit , c’est de la
récupération de conjoncture pitoyable…
Oui, oui, pitoyable. Pitoyable parce que le rapport
entre Tegam et le financement de la recherche publique
en France est inexistant… si ce n’est de vous
rallier à leur cause en utilisant un combat qui
n’est pas le leur. Non on ne me convaincra pas du contraire,
ce genre d’opportunisme (strictement commercial, ne
l’oublions pas) est à mon sens inacceptable.
Et enfin, là J’adooore, on fait appel à
la Justice.
Notez bien la capitale à la première lettre du
mot (présente déjà dans
la Recherche), il ne s’agit pas de la justice,
le bête substantif féminin de
la langue française désignant soit le principe
moral, soit notre bonne vieille institution judiciaire.
Celle-là même que vous allez saisir quand votre
voisin empiète votre champs ou quand votre
épicier vous a carotté d’un denier.
Pas du tout, non cette Justice-là on l’imagine
presque divine, omnisciente, universelle.
Et bien, figurez-vous que le fait de lui planter une majuscule sur la
tête la fait pencher de votre côté ! Si
si ! Stylistiquement parlant c’est toujours ainsi ! Plus la
majuscule est grosse et plus vous avez raison !
Evidemment, on ne vous parle pas de la réalité de
la bête justice du bête justiciable comme vous et
moi, non celui-là il sait qu’il ne suffit pas de
porter plainte et d’enrubanner les mots pour qu’un
bête juge vous donne raison.
Pour conclure- car il est bien temps, n’est-ce pas ?- je
dirais que, stylistiquement, Tegam international, a fait un magnifique
plaidoyer de coupable !
Comme ces déclarations gluantes que l’on entend
parfois à la barre des prétoires, ces discours
où les mots dégoulinent trop grassement,
où les phrases poisseuses et sirupeuses tombent à
terre dans un grand « splotch » en
emportant avec elle tout le crédit que l’on
pouvait accorder à celui qui les dit…
Stylistiquement parlant, toujours.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 05/06/2004
De bric en vrac
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Commentaires
Excellente ton post.
Imaginons un instant Mercedès qui aurait porté plainte et qui aurait pondu un tel démenti quand les failles de sécurités ont été mises à jour sur la Classe A juste avant son lancement. Car d'après ce que j'ai compris, Guillermito a mis à jour des failles dans le produit de Tegam, un logiciel de sécurité qui plus est.
Je l'aime bien l'argument de " la seule entreprise française qui ..." Donc, puisque on est dans contexte concurrentiel mondial féroce et que les américains ont le quasi-monopole sur la sécurité informatique, il faut laisser passer les failles dans les produits que fabriquent la seule société française pour ne pas la pénaliser.
Faisons encore le parallèle avec l'industrie automobile : un constructeur français qui avancerait un tel argument pour ne pas corriger des défauts dans le système de frainage de ses voitures. J'imagine les réactions. Ou pire encore, un parallèle avec l'industrie agro-alimentaire.
Excellent votre post Madame Veuve Tarquine .....
Si seulement la justice et ce juge pouvait vous suivre ....
F.
Excellente analyse stylistique de ce texte, qui m'avait produit le même sentiment.
Malheureusement, ce type de discours larmoyant et accusateur porte ses fruits de nos jours, surtout dans le domaine informatique. Si quelqu'un affirme qu'un outil de protection n'est pas totalement efficace, soit il a essayé de le contourner, et c'est un méchant pirate, soit il n'a pas essayé, et il n'a donc pas de preuve.
J'ai découvert cette affaire et lu ces textes début avril, et le discours de Viguard ne m'a pas semblé très sérieux. Quelques jours plus tard, je découvrais l'analyse d'une mesure passée inaperçue dans la LCEN, et modifiant l'article 323-3 du code pénal, pour punir des mêmes peines le "piratage" et la possession d'outils le permettant (et donc la vérification du niveau d'efficacité de la protection). Mesure maintenue dans la version définitive de la loi. La notion de "motif légitime" ouvre une porte, mais rien ne garantit qu'un amateur passionné en bénéficie.
On retrouve le même principe dans la future loi sur le droit d'auteur. Y a-t-il d'autres domaines que l'informatique où l'on considère que posséder les moyens de l'infraction et la commettre méritent la même sanction ? Où le législateur, et l'opinion publique, sont incapables de penser à des utilisations ou motivations saines, et voient la délinquance partout ?
PS : Merci pour votre blog. J'adore votre design.
Tant mieux comme cela ils nous prouvent eux mêmes, si bien, leur...stupidité. Effectivement, le rédacteur devait vouloir se venger...
Cher Confrère,
Je crains fort que vous prêtant à ce (salutaire) exercice de style, vous vous mîtes vous même en danger d'etre poursuivie pour contrefaçon par ladite société.
Car que fîtes vous sous nos yeux ébahis ?
Ce qui fit Guillermito lui même : vous avez démantelé leur code pour en démontrer les failles.
A bientôt donc dans les couloirs du 5 rue des Italiens ?
Arf... prêter le flanc à leur acrimonieuses poursuites, voilà un aspect que je n'avais pas envisagé.
Je fonderai derechef un comité de "défense" des "communiqués bien rédigés" !
C'est vrai, enfin! Imaginez le sort de ces pauvres avis placardés si ridicules, si grotesques, à la vue et à la liesse du lecteur cruel...
Soyons attentifs au sort des démentis, des avis des proclamations et des comunications !
Si! Si! et votez pour moi aussi, pendant qu'on y est !
Il y a ici : www.kitetoa.com/Pages/Tex... un excellent article sur un autre aspect du sujet : son compte rendu par les journalistes... c'est vraiment édifiant !
Ce lien a été trouvé grâce à au portail rezo.net/
Pour votre information : la suite de mon droit de réponse à cette page calomnieuse a été censuré.
Mr Aichelbaum : Dans mon entreprise, j'ai refusé d'acheter votre anti-virus, non pas a cause de ce qu'a dit guillermito, mais plutôt à cause de votre réaction extremiste.
Quelqu'un dit du mal de vous, vous lui mettez la main sur la bouche pour le faire taire plutôt que de répondre, et ça me parraît louche.
Votre réaction laisse penser que Guillermito a raison.
Je ne connais pas TEGAM, mais je n'ai absolument pas envie d'avoir à faire à leur logiciel. Des fois qu'une faille non trouvé en interne ni par des informaticiens honnètes me permette d'en apprendre plus long sur leur code, je n'aurait pas les moyens de suivre un procés qui semble perdu d'avance (à partir du moment où un juge décide qu'une plainte aussi débile est acceptable, "Sky's the limit" comme on dit en bon français du Québec).
Je ne suis pas de Tegam et ne vends pas d'antivirus, vous ne faites que propager des propos diffamatoires :-(
ben alors pourquoi:
"pour votre information ...."
a moins que ca ne fasse aps réference au sujet premier, ce qui aurais pu etre précisé dans votre premier message, non?
Je répondais au message (concernant un lien) posté juste au-dessus de ma réponse.
Au secours ! Franchement c'est n'importe quoi !
Tegam a rien compris : si personnes ne diffusent les failles de sécurité ? Qui le fera : des experts de Tegam feront les analyses : et bien entendu ces analyses seront probablement positive face à la concurrence !
Faut arrêter : ca montre bien qu'un produit de m***** s'harmonie parfaitement avec une société de m***** !
J'espere que la justice ne vas pas refaire la même erreur que dans l'affaire de Serge Humpich ??? pfffffffff on change les protagonistes : on changes un peu l'histoire et on remet le couvert !
N'importe quoi.... Les innocents sont tous coupable : bravo la justice !
Verdict le 5 octobre
"Cependant comme je suis une indécrottable bavarde..."
Continuez, on adore ca les bavards et les bavardes... mais qui s'auto-modèrent. lol
G adoré cette critique du début à la fin.
Y en a marre de ces requins. De plus, les requins sont de bien beau poissons pour qu'on donne ce nom à des gens comme ca.
Je découvre l'affaire, mais cependant je connait le logiciel;
Il est vrai que "VIGUARD" se démarque assez du concept d'analyse des concurrents tels Norton, AVG, NOD32 ou autres.
De toute manière ce logiciel n'est en aucun cas à utiliser seul, mais avec un anti-virus classique (basé sur les signatures).
De toute évidence, Tegam fait une erreur en adoptant ce type de défense car dès l'instant où cette affaire sera portée à la connaissance du grand publique, les retombées seront contre-productives.
L'avenir me donnera raison j'espère, car la cause du petit consommateur est bien mal défendu de nos jours.
A bon entendeur !!!! A+
Tegam prétend sur son site que sa plainte n'a pas pour but d'empêcher les chercheurs de trouver des failles et aider à les colmater. On verra au procès s'ils disent vrai ou pas...
<a href="www.acbm.com/olivier-aich...
je suis totalement d'accord et j'applaudis votre propos des deux mains ! la seule chose, contre lui, c'est d'avoir indiqué qu'il avait fait ses recherches à partir d'un logiciel obtenu de manière "pirate", à priori... là, effectivement, à partir du moment où il le dit, l'entreprise peut porter plainte, mais pas pour les raisons qu'ils ont clamé...