Les tiroirs de mon bureau

J'aime assez conserver au fond des profonds tiroirs de mon bureau des vieilleries de prime jeunesse, celle où l'on découvre l'écriture et les accessoires qui l'accompagnent.

Entre les plumes Sergent Major de mes aïeules, les buvards publicitaires de "Tante Dédée" et un porte-mine rogné par trois générations de quenottes, il est un protège-cahier qui m'appartient en propre :

Protège-cahier en papier

En fonction de votre âge et du lieu de vos premiers apprentissages, ce portrait de Charlemagne vous rappellera peut-être des odeurs de colle blanche, de poussière de craie, voire même celle d'un(e) instituteur(rice)...

Outre la table de multiplication par 3, ce protège-cahier, et notamment sa face arrière évoque pour moi l'insondable mystère des tables de division :

  • 4 en 28 est 7 fois
  • 9 en 72 est 8 fois


Avec de telles circonvolutions lexicales, je ne m'étonne plus du fait que poser une division ait toujours été une réelle souffrance pour moi...

Au fond de mon tiroir aux oubliettes, enfoui exactement sous ce protège-cahier, je tombe alors sur un petit carnet dont j'avais fait, il y a peu l'acquisition.

Un petit carnet pour que Tarquin l'aimé ne loupe rien du quotidien de ses "lardons" durant le temps où il était en service de neuro-réanimation.

Abimée par l'extrême brièveté de ce séjour, j'avais enseveli cette petite tranche de vie au milieu d'autres objets de mémoire.

Un carnet pour mon aimé


La première journée contenue dans ces pages débutait ainsi :

Ce matin, réveil en fanfare à 6 heures 30 ! [Tarquinou] s'est résolument attribué le rôle du coq matinal (dont il emprunte parfois même le chant...)

Comme il faisait encore nuit, je me suis bêtement entêtée à essayer de le rendormir dans son lit avant de comprendre que l'affaire était vaine...

[Tarquinet] a alors déboulé dans le salon tout excité d'aller à la piscine avec sa classe. C'est bien la première fois qu'il se lève à cette heure là celui-là !

Il a passé son temps à me presser pour ne pas être en retard et à houspiller sa soeur pour qu'elle accélère le mouvement.

Dans l'affolement général de l'habillement collectif, [Tarquinou] a profité des 3 secondes où je l'ai lâché des yeux pour descendre les escaliers "à la verticale"...

Trois marches plus bas, je l'ai récupéré "à l'horizontal" avec plus de peur que de mal. (...)


Quelques soient la fatalité, l'infortune et la cruauté de la vie, les Tarquinets n'oublient pas ce que vivre veut dire, et c'est bien ainsi...