ma belle bicyclette

Pédaler dans Paris, c'est un imaginaire de parisienne bien mise, la jambe longue, le bibi vissé sur la tête et l'oeil goguenard.

Une parisienne et sa bicyclette ont vraissemblablement sauvé Paris du chaos.

Von Choltitz aurait pris sa décision de désobéir à sa hirarchie (Hitler lui demandant alors "Paris brûle t'il ?" ) en regardant depuis une fenêtre de l'Hôtel Crillon le sillage d'une parisienne sur la Place vide de la Concorde dont la robe fleurie flottait autour de son vélo.

En quelque sorte, Paris, par sa belle cycliste, accéda au statut de ville éternelle.

Mais la belle cycliste pédalait en août, l'histoire ne dit pas ce qu'il serait advenu si l'ordre de détruire Paris était venu en avril...

En ce qui me concerne, je crains que si Von Choltitz m'avait avisé -moi et mon équipement, Paris ressemblerait désormais à Coventry.

La cape de pluie passée sur trois épaisseurs (en avril, ne te découvre pas d'un fil), la chaussure dégorgeant de l'eau des flaques qui jalonnent la chaussée, le casque enfoncé jusqu'à la lisière des lunettes, dégouttant de pluie et recouvert pour partie d'une capuche protectrice.

Aucun doute ! Je suis bien loin du look de la cycliste salvatrice !!

Cependant, en dépit de la pluie et des coups d'oeil presque dédaigneux des habitants de ce 16ème arrondissement que je traverse, il est une vraie satisfaction !

Celle de croiser le regard de ces automobilistes engoncés dans des boulevards extérieurs saturés jusqu'à la moelle, de voir leur oeil envieux me suivre lorsque je dépasse leur engin d'un souple coup de pédale sur une voie de bus tout à moi offerte... et plus encore quand je les devine trépigner dans leur habitacle arrêté, puis s'exciter sur leur avertisseur sonore...

L'afflux automobile me prémunit du ridicule !