pour s'aimer il faut, et il suffit, que l'on soit deux

A l'heure où l'on fête le bicentenaire du Code civil, il est un article -d'origine- qui nous promet bien des débats.

Chapitre I : Des qualités et conditions requises pour pouvoir contracter mariage

Article 144 du Code civil :
L'homme avant dix-huit ans révolus, la femme avant quinze ans révolus, ne peuvent contracter mariage.

Ledit article ne dispose en aucune manière que le mariage doit nécessairement être contracté entre personne de sexe différent.

C'est ainsi qu'un certain nombre de maires de France s'interrogent sur la validité d'un mariage homosexuel ou en tout cas aux moyens d'obtenir un avis éclairé sur la question (aucune décision du Conseil d'Etat ou de la Cour de Cassation ne semble avoir été rendue sur ce point précis).

Dans le pur enseignement de nos pairs, il convient donc de se référer aux travaux parlementaires pour interpréter ce texte.

Les débats de l'époque -loi du 16 ventôse an XI-, sont assez clairs je dois dire...

C'est le citoyen Portalis qui a présenté le projet et le sexe respectif des futurs époux ne fait évidemment aucun doute :"Le désir général qui porte un sexe vers l'autre et qui suffit pour opérer leur rapprochement, appartient à l'ordre physique de la nature" . (N'hésitez pas à lire le texte in extenso, c'est un pur régal !)

Cependant, tous les juristes vous diront que ce n'est pas ce genre de détail qui embarrasserait la jurisprudence et qu'il suffit de voir ce qu'est devenu l'article 1384 al. 1 au cours des siècles pour s'apercevoir que le génie de l'interprétation relève plus de la philosophie et de la sociologie que de l'exégèse.

Je vois déjà Christine Boutin jouer les passonarias à la Chambres des Députés... Jospin ne sera plus là pour lui offrir des fleurs.

Personnellement, je me demande bien pourquoi ce débat provoque de telles passions.

A l'aube du 19ème siècle, le mariage -hétérosexuel par définition- était effectivement une institution "pilier" de la société.

Il s'agissait d'ailleurs moins de sentiments et d'élans amoureux que d'économie et de filiation. Le mariage avait alors une fonction "patrimoniale". Il permettait de faire des alliances et des transmissions ... N'oublions pas qu'alors la France était principalement agricole et ce que cela peut signifier pour des propriétaires terriens.

Les romantiques, l'industrialisation, mai 68 (...) se sont ensuite succédés et le mariage a perdu sa robe pécuniaire pour endosser celle de l'union strictement amoureuse.

Et franchement selon quel concept l'amour homosexuel aurait moins de valeur que l'amour hétérosexuel ?

Et que l'on arrête de prendre la natalité ou la sécurité des enfants en otage !

L'adoption n'est pas -en droit- réservée aux hétéros et à l'heure de l'apogée des familles recomposées, le couple hétéro ne constitue plus l'exclusif terreau sur lequel vont croître nos chères petites têtes blondes.

Il y a une émission à ce sujet demain sur France Culture, il me sera malheureusement impossible de l'écouter.