Cette affaire me ramène immanquablement à la signification du terme : « mort cérébrale » .

Tous les médias l'ont dit : Marie Trintignan était en état de mort cérébrale. Ils n'ont rien dit d'autre.

Ils n'ont pas raconté ce que cela signifie pour ses proches. Je ne suis pas certaine qu'ils savent vraiment ce que cela signifie...

Et puis, par respect et par pudeur pour ses proches, le sauraient-ils qu'il leur faudrait se taire...

Car comment décrire l'indescriptible ?

Ce coup de fil où l'on vous apprend que l'encéphalogramme de l'être aimé est plat, que cela signifie qu'il est décédé.

Qu'ils vous attendent, que l'on peut prendre tout notre temps, "non il n'y a pas d'urgence, venez quand vous pouvez".

La stupéfaction et puis les pleurs, le refus violent, la douleur insoutenable, le monde qui s'écroûle, l'horreur absolue...

Hébétés, on se rend près du corps médical, près du corps de celui que l'on aime tant.

Les médecins vous expliquent comme ils peuvent, et de la façon la plus technique possible ce que cela signifie. On sent bien qu'ils craignent de se faire happer par le désespoir de ceux-là.

Ils sont parfaitement conscients que leur explications ne peuvent satisfaire personne et surtout pas eux... On devine qu'ils ont fait le choix de sauver des vies, pas d'annoncer le pire et qu'ils font de leur mieux.

Et puis on vous accompagne près de l'être qui est tout pour vous, près de votre soleil qui rayonne une ultime fois.

Un léger bip, auquel on ne prêterait aucune importance si ce n'était ce jour là, me fait comprendre que l'on met fin à l'injection de noradrénaline.

Son coeur va s'arrêter... Le mien aussi.

Les rideaux sont baissés, la porte est fermée, seule avec lui.

Je repousse les appareils qui l'entourent et je pose ma tête sur son épaule, je le caresse, je le renifle, je me presse contre ce corps que j'aime tant. Je m'enivre une dernière fois de sa présence...

Ce grand corps solide et rond, doux et odorant et dont les membres bougent encore comme pour crier "je te sens".

Je pose ma tête sur sa poitrine je n'entends déjà plus son coeur.

Je lui parle, je chuchote des mots d'amour, des serments mais surtout des remerciements, des remerciements pour l'immense bonheur qu'il m'a donné sans compter.

Je suis partie. Sa pression artérielle était à "2", je ne parvenais plus à entendre battre son coeur, il sentait bon, sa peau était douce et je lui avais dit tout ce que je devais lui dire.

En franchissant cette porte, je savais qu'il m'aimait plus que tout ; et qu'il m'avait donné la force surhumaine dont j'avais besoin pour aller auprès de ses enfants et leur dire ces mots qui résonnent encore dans ma tête: « papa est mort ».