C'est Anne qui m'a glissé un discret crochet entre les doigts quand je n'avais tenu jusqu'alors que d’encombrantes aiguilles. Et si je reste fidèle aux secondes, je dois avouer que la liberté que confère le premier m'a convaincu de ne jamais sortir sans lui. Quand on est affublé de la sale manie de ne regarder l'avenir qu'en le tapissant de projets, imaginez ce que représente ce petit crochet glissé dans la poche de l'esseulée que je suis ! Combien de bérets pour masquer la grisaille de vie, combien d’aumônière pour y cacher ma peine à ne pas voir plus loin que le bout de mon nez...


C'est à Colette que je dois de l'avoir enrubanné de perles pour mieux me bercer de sa versicolore ritournelle. A peine le livre en main, j'ai tiré de mes héritages trop tôt dévolus, les fins crochets de ma mémé et quelques fils de couleur.
J'ai découvert avec ravissement qu'ils ne demandaient qu'à revoir le jour et que dans leur joie, ils se sont fait graciles et cordiaux ! D'un geste dont je n'imaginais pas qu'il puisse être si facile, j'ai habillé de reflets d'or un sombre marcel de réforme, déguisé de vermillon un pâle tricot de peau et bordé de perles irisé une étoffe par trop terne.

C'est ainsi qu'à défaut de savoir relever les ruines où le shadok que je suis, persiste à vasouiller, force m'est d'admettre que je suis parvenue à les habiller de bien jolie manière. Mais ceci fera l'objet d'un second billet avec preuves à l'appui !