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Veuve Tarquine bouquine

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mardi 29 mai 2007

Pile, page et prose

J'en ai fait des piles à l'équilibre incertain.
Car je n'ai jamais cessé de les espérer, de les convoiter.
Malgré les remparts dont ils sont ceints désormais, ils ont continué à me faire rêver, à me faire soupirer.
J'escomptais qu'un jour ils viendraient de nouveau me ravir, me soustraire, me soulever ; qu'un jour je goûterai encore leurs transports.
Alors je n'ai jamais cessé d'en acheter...
J'en ai fait des piles à l'équilibre incertain.
Des piles dont j'ai entouré mon lit, comme pour en peupler mes rêves.
Des piles dont j'ai tapissé mes murs, comme s'ils pouvaient les faire tomber.
Des piles comme celles qui soutiennent les ponts. Des ponts qui vous font passer d'une rive à l'autre.
Je ne me suis jamais résolue à les laisser déserter ma vie, ils l'avait trop éblouie.
Peu m'importait que leurs pages soient désormais stériles, peu m'importait que dorénavant mes yeux soient vains à les percer.
Ils étaient là.
Tant pis s'il fallait me résoudre à ne conserver que le désir que j'avais d'eux.
C'était toujours mieux que de les entasser au rang des souvenirs.
Ulysse, Edmond Dantès, Pierre Bézoukhov, Scarlett O'Hara, vous n'avez jamais cessé d'exister.
Ulysse, Edmond Dantès, Pierre Bézoukhov, Scarlett O'Hara depuis les pages où l'on vous a couchés vous vous êtes faits gardiens, et puis rois, et bientôt conquérants.
Ma vue est plus fatiguée qu'il y a quelques années.
Mes yeux n'ont plus la même vélocité.
Les livres sont exigeants, ils n'aiment pas qu'on les abandonne trop longtemps alors ils se font plus austères, plus ombrageux aussi.
Mais pas très longtemps.

Mon infidélité n'a que trop duré, il est temps pour moi de les retrouver.

mercredi 10 janvier 2007

Poèmes à dévorer, à rire, à pleurer, à jouer et surtout à aimer !

Les choses qu'on ne dit pas

Se relèvent la nuit
Et parlent toute seules

Faible remuement
De remords
De colères
Et de vieilles casseroles

Dans le secret du temps
Toutes ces choses tues
Se relèvent
Et nous tuent




Ce poème de Lise Mathieu
est extrait de son ouvrage Le bonheur ne dort que d'un œil



J'ai une confidence à vous faire, en règle générale hormis celle de Monsieur Charles Baudelaire, je n'aime pas beaucoup la poésie.
J'apprécie les vieux vers que fredonnaient mes parents, quelques rares poèmes de Rimbaud et puis c'est à peu près tout.

Et puis ce soir, on m'a confié ce précieux ouvrage.
Je l'ai ouvert.
Et je ne l'ai plus quitté.

C'est la plus belle chose que je n'ai lu depuis des années.
Un écrin soyeux — Une encre tendre — Une plume acérée d'humanité.

Un recueil précieux de lumière
Celle qui éclaire au plus près et celle qui réchauffe au plus profond
Un joyau...

mercredi 19 avril 2006

Le quasi kouglof au chocolat (façon kloug)

le sucré salé avec Martine

Ma tarquinette, elle est comme son papa, elle adore cuisiner. Et la pauvrette avec sa mère elle bien handicapée pour ce faire. Heureusement les livres de cuisine pour enfants cela existe !
Lors de nos dernières emplettes, elle a donc déniché un ouvrage qui l'a transporté d'aise : le sucré salé avec Martine. (Tarquinette voue une passion aux Martine presque aussi grande que celle de Laurent !)
Bref elle est ravie et a priori moi aussi.

Sauf que le sucré salé avec Martine, si vous avez un cadeau à faire, je vous le déconseille fortement ! Ce n'est pas le tout de faire un bouquin joli, il faudrait qu'il soit pensé... Or renvoyer des enfants à suivre la recette de la page 29 en respectant les ingrédients de la page 22 (qui sont sensiblement différents de ladite page 29 tant dans leur énoncé que dans leur quantité) c'est pour le moins inconséquent...
Mais il y a pire... Les recettes sont fausses !
On vous indique par exemple que pour la pâte à gâteau il faut prévoir de la crème fraîche.
Mais pas du tout, en réalité, c'est à la garniture qu'il faut intimement mélanger (j'adore cette expression culinaire sorti d'un vieil ouvrage épuisé) la crème fraîche...
Je vous la fait courte : Après avoir confondu les ingrédients (et les quantités) de la page 29 avec ceux de la page 22 et suivi fidèlement la recette fausse de la page 22, vous pouvez prendre tout votre appareil (j'aime aussi cette expression-ci !) et le mettre directement à la poubelle : il est matériellement impossible de faire une pâte levée (soit un fond de tarte) avec cet infâme brouet !
Sauf que les Tarquinette ont la sale manie de protester vigoureusement — voire de bramer — à l'heure de faire passer de vie à trépas les préparations culinaires qu'elles ont triturées de leurs blanches mains !
Et une Tarquinette qui braille, c'est très encombrant dans une cuisine !
Follement inspirée par Marlier (et surtout exténuée par les beuglements de ma cocotte) j'ai donc cherché l'inspiration dans les vieux placards de la demeure.
Une tablette de chocolat (du délicieux et basique Lindt au lait), quelques 50 grammes de pignons de pin et 40 minutes de cuisson plus tard, on s'est léché les babines comme jamais : c'est le meilleur gâteau (y compris mon sempiternel brownie) que je n'ai jamais sorti d'un four, certes roboratif mais excellent !
Comme ce n'est pas tous les jours qu'on invente une recette, je m'empresse de la partager (et de la conserver pour les générations futures !)

Dans une terrine de pâté en porcelaine blanche dans laquelle mon papa faisait tous les ans son pâté de lapin (que ma sœur aîné ne mangeait pas parce « vous avez déjà vu les yeux d'un lapin ? »)
verser le grossier mélange suivant :

  • 250 grammes de farine
  • un tiers de sachet de levure chimique
  • beaucoup de sel
  • du sucre glace en quantité : il faut que vous — ou votre Tarquinette — goûtiez la pâte et quand elle est assez sucré pour elle, il suffit d'arrêter !
  • 80 grammes de beurre (à peu près, j'ai mis au pif entre les deux traits de l'emballage du beurre qui délimite les portions de 50 grammes)
  • 10 centilitres de lait (si vous avez un vieux biberon dans un coin, c'est plus pratique qu'un verre mesureur — ce qui nous fait alors 100 ml.
  • 2 oeufs (il est impératif de laisser les Tarquinette les casser toute seule, même si vous devez ensuite aller à la pêche aux coquilles)
  • 1 tablette de chocolat au lait Lindt que vous cassez en petits morceaux
  • 50 grammes de pignons de pins.


Il paraît qu'il faut faire une fontaine avec la farine et rajouter en son centre le reste des ingrédients mais en réalité, c'est plus drôle de tout mettre en vrac, d'y mettre les mains et les avant-bras et de touiller à pleine mains puis de serrer les poings en faisant passer la pâte entre ses doigts. S'il reste des grumeaux, vous trouverez bien un fouet ou un batteur dans un placard de votre cuisine !

Vous enfournez cela 40 /50 minutes à 200 d° (enfin je crois, j'ai mis fort puis j'ai baissé vite fait parce que le dessus cramait) : pour plus de sûreté enfoncez lui un couteau dans le ventre : s'il ne ressort pas sanguinolent c'est qu'il est à point !

Le plus drôle c'est que vraiment un régal !

lundi 24 octobre 2005

Impérieuse envie

« Les Occidentaux n’ont pas besoin de payer une police pour forcer les femmes à obéir, il leur suffit de faire circuler les images pour que les femmes s’esquintent à leur ressembler. »

Fatema Mernissi — Sortir du «harem de la taille 38»

Soudainement, j'ai une envie urgente de lire "Le harem et l’Occident"...

mardi 15 mars 2005

Des livres, des rires, des larmes, des vies et des morts.

Pierre Carion dont je ne sais plus si j'aime tant son blog pour son formidable talent ou si je le déteste encore plus parce qu'il affiche sans aucun complexe le compte à rebours de sa fin, m'a tendu le témoin d'un questionnaire sur les livres.

Je ne suis pas très fana des questionnaires mais sur les bouquins je réponds !

J'ai une véritable adoration pour les livres et une relation un peu spéciale avec eux : je lis un livre comme on mange un gâteau. Je n'ai jamais perçu la lecture autrement que comme un vecteur de plaisir. Si j'aime je dévore, si j'aime pas, je laisse.

Je ne lis pas un bouquin qui m'ennuie. Je patiente un peu parce que l'expérience m'a montré qu'il faut laisser le temps à l'auteur de rentrer lui aussi dans son bouquin (souvenez-vous des 80 premières pages de la Chartreuse de Parme... c'est à mourir d'ennui, et pourtant la suite est fabuleuse !).

Bref, sauf antipathie soudaine et insurmontable je donne donc à l'auteur 80 pages pour m'engouer (ce chiffre de 80 étant un véritable hommage à Fabrice Del Dongo).

Et moi ce que j'aime ce sont les histoires ! Les vrais, les passionnantes, qui vous nouent les tripes, vous font rire ou pleurer, vous mettent en colère ou vous transportent de joie. Peu me chaut de me cultiver, de lire des trucs sérieux ou le dernier livre à la mode que tout le monde se doit d'avoir lu. Moi ce que je veux c'est aimer... rien d'autre !

En réalité, je n'ai jamais été autre chose qu'une petite fille qui lit Kazan, Bari, chien loup ou Ces dames aux chapeaux verts Mes premiers livres sont mes plus beaux souvenirs et je suis toujours en quête de ce sentiment si précieux où l'on ne fait plus qu'un avec son bouquin, où l'on s'y oublie totalement, où on est dans le livre, où l'on est le livre.

C'est ainsi que j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps dans le métro (dans un temps où je n'étais ni veuve, ni orpheline), j'ai tellement hurlé de rire dans un wagon de train que ma voisine a voulu connaître le titre de mon bouquin (Monsieur Malaussène de Daniel Pennac), et j'ai bien dû m'évader 24 fois du Château d'If... Oui car une autre de mes particularité est de relire les livres que j'aime... de les relire et les re-relire. Et cette épreuve là est difficile à passer ! Parce que certains livres que l'on a adoré supportent très mal d'être scruté une seconde fois. J'ai connu ainsi de graves désillusions, un véritable désenchantement...

Pour dire la vérité, tout cela c'était avant... parce que depuis la mort de Tarquin, je n'arrive plus à lire. A chaque fois c'est pareil, à chaque deuil, je n'arrive plus à me plonger dans un livre... Mais là je sens bien que c'est en train de revenir, le plaisir de lire, l'envie de m'oublier dans les livres est revenue et je sais que je vais bientôt me replonger dans le papier !

Comme je considère que l'état de deuil n'est pas un état normal ni constant (enfin, je le souhaite) je réponds donc à ce questionnaire sans tenir compte de ces contingences factuelles, affectives et émotives et sans même m'interroger quant à savoir si je triche...

  • Combien lisez-vous de livres par an?

Ouf... très compliqué à déterminer... si je suis en métro deux à trois livres par semaine, comme je suis presque tout le temps en vélo, je lis moins qu'avant, sauf si j'ai des déplacements professionnels (vive le train !). Parfois je me noies dans les quotidiens, parfois je dévore des bouquins à tour de bras... Seule constante, je dépense plus d'argent dans les livres que dans les vêtements (et je n'achète quasiment que des poches mais il est vrai que je n'aime pas non plus « m'habiller »). Pour faire une réponse digne de ce nom, je dirais environ 50 livres par an.

Je rajoute de suite que très souvent je ne me souviens pas des titres des bouquins que j'ai lus et que la quatrième de couverture ne suffit pas non plus à m'éclairer, de sorte que je les achète parfois en plusieurs exemplaires...

  • Quel est le dernier livre que vous ayez acheté?

« La photographie » chez Larousse. Donc pour moi pas un vrai livre au sens où je l'entends. Sauf puisque l'on parle de Larousse, j'ai oublié de vous dire que j'adore les dico aussi... Les livres de mots... un vrai régal, on ouvre une page au hasard et on ne sait jamais par où on va parvenir à en sortir...

Mais avec ce bouquin de photo (moi je me perds un peu dans les focales fixes, pas fixes...alors je vais potasser un peu tout ça...) j'ai aussi acheté « le sang du renard » de Minette Walters. Parce que j'adore les polars, et j'adore Minette Walters !

  • Quel est le dernier livre que vous ayez lu?

Techniquement(je reprends les termes exacts de la réponse de Pierre Carion !) c'est donc « la photographie » chez Larousse. Sauf que je ne me souviens plus très bien de toutes les contingences des focales fixes et qu'il va donc falloir que je m'y replonge dare dare... Je passe aussi sur le bouquin de jardinage que je me suis acheté pour tenter de faire quelque chose de l'immense jardin de la demeure, alors que je n'ai jamais rien fait poussé de ma vie...

En réalité, si j'écarte aussi les dico et les bouquins de droit, le dernier livre que j'ai lu c'est « L'appât invisible » de Carol O'Connel et j'ai adoré ! (voui, c'est encore un polar !)

  • Listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés.

Cinq ? Seulement cinq ? c'est un peu court, jeune homme...

Le premier est facile : c'est celui que j'emporterai sur une île déserte :

« La guerre et la paix » de Léon Tolstoï. Avec une pensée émue pour mon papa qui me l'avait offert en Pléïade. A l'époque j'étais déjà tombée sous la plume de Monsieur Léon Nikolaïévitch Tolstoï notamment avec Anna Karénine — Anna Karénine... je vous en citerais un passage un jour, un extrait de pure génie ! — et avec ses nouvelles, divines, humaines, merveilleuses et réalistes. Lisez ou relisez « Maître et Serviteur », c'est l'essence même du génie russe !

Bref, j'adorais Tolstoï de tout coeur mais un bouquin sur les guerres napoléoniennes, ça me gonflait déjà ! Très moyennement emballée par ce cadeau je me suis dit qu'il ne passerait pas le test des 80 pages... Que nenni ! Je suis tombée dedans au bout de 10 pages, je ne parvenais plus à le quitter, je dormais avec, je respirais avec, je mangeais avec, je pleurais avec, je mourrais avec, je vivais avec.

Dans la multitude de livres que j'adore, que j'encense, et qui me transporte celui-là est unique, peut-être parce qu'il s'agit aussi des guerres napoléoniennes justement, parce que je les ai même aimées ces guerres là, que j'ai frémi quand les armées françaises sont arrivées au bord de la Bérézina, que j'ai compris pourquoi les russes aimaient le vieux général Koutousof, et que ailleurs à Moscou, Pétersbourg ou Tilsit, des gens vivent, s'aiment et meurent, avec tourments ou résignation. Cette oeuvre là est la quintessence du roman !

L'Odyssée d'Homère. Je l'ai lu en classe de cinquième et je me souviens que ma prof de français n'avais pas voulu croire que je l'avais vraiment lu... Il faut croire qu'elle, elle n'avait pas vu derrière ces mots antiques la magie d'Athéna qui sans relâche et sans jamais se décourager va protéger Ulysse contre vents et marée, dans le plus long, le plus beau et le plus merveilleux de tous les périples. J'ai honni Poséïdon, j'ai remercié Leucothée, j'ai respecté Alcinoos, j'ai frémi avec Circé... Et cela continue encore !

Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos Tout est génial dans ce livre ! un roman épistolaire ! la forme la plus aboutie et la plus personnelle que l'on puisse rêver pour des personnages de roman ! Et cette langue... cette façon de vous faire accroître le pire sans que la moindre licence ne puisse s'y trouver. Des mots ciselés, des trésors de non-dit parfaitement exprimés, des chausses-trappes égrillards à chaque virgule, des candeurs suspectes ou si appétissantes... Un pur joyau de maîtrise...

Le comte de Monte Cristo d'Alexandre Dumas. Ce livre là je l'ai lu je ne sais combien de fois... en passant mon bac je me souviens je me faisais violence pour en fermer les pages et enfin réviser... Cela faisait pourtant la 4 ou 5ème fois que je le lisais. Plus tard, je me souviens avoir violemment percuter un poteau de la rue de Charenton en me rendant à l'EFB tout en trépignant dans la rue parce que je savais avant l'intéressée elle-même que Valentine de Villefort allait finir par épouser Maximilien Morel ! Dans ce livre là j'ai vu des fautes, des répétitions, j'ai deviné que certains passages n'étaient pas tous écrits de la même main, j'ai surpris des longueurs, des facilités et des raccourcis, des imperfections... mais je ne l'en aime pas moins... Edmond Dantès reste pour moi l'éternel romanesque, le héros de ma jeunesse qui jamais ne disparaîtra. Il vit quelque part sur une île, loin de tout, vengé des hommes mais infiniment désabusé et j'espère toujours qu'il finira par retrouver son amour, celui de sa Mercédès si belle et si pimpante dans ce Marseille du siècle dernier.

Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell Et le premier qui me dit que c'est un roman à l'eau de rose trahira le fait qu'il n'a pas lu ce sommet d'impertinence policée, d'incorrections révérencieuses passées au crible d'une plume aussi ronde que souple. Il faut un sacré génie pour inspirer le respect pour une femme qui ne respecte rien, et pas même ses enfants, qui triche mal et sans vergogne, qui ne recule devant rien pour parvenir à ses fins, dont la seule chose digne d'admiration n'est certainement pas son intelligence mais sa beauté insolente et... sa rage de vivre...

En vieillissant j'ai découvert de façon surprenante que ce livre n'était quasiment jamais lu par la gent masculine... Pourtant c'était le livre préféré de mon papa et il nous le disait souvent, preuve à mes yeux que c'était vraiment quelqu'un d'intelligent...

Voilà, pour les cinq de la question. Je complète pourtant ma réponse en vous indiquant qu'il y a aussi les bouquins que j'exècre et dont, contrairement à nombre d'avis autorisés, je ne comprends pas même comment on peut les avoir terminés. Le premier de cette liste est Belle du Seigneur d'Albert Cohen... Ce livre est à mes yeux quasiment illisible tellement il m'ennuie et son succès est pour moi une véritable énigme...

  • A qui allez-vous passez le relais (3 blogs) et pourquoi?

Eu égard à ma conviction que les bouquins ne doivent être que du bon temps, à personne et à tout le monde, à tous ceux qui, en lisant ce billet, auront envie de partager à leur tour leur amour ou leur désamour des livres.

samedi 8 janvier 2005

Du mariage, des sens et de la fécondation.

Petit catéchisme du mariageComme j'étais d'humeur badine, ce soir, j'ai entrepris la lecture hilarante d'un petit livre destiné à instruire les fiancés de leurs devoirs avec liberté et gravité : le petit catéchisme du mariage (Imprimatur Parisiis, die 27a martii 1920).

Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer quelques extraits dans le plus parfait désordre.

N'est-ce point une chose étrange de voir, à notre époque, tant de jeunes filles bien élevées entrer dans l'état du mariage sans avoir une connaissance précise de sa nature et de ses obligations ? Si, voyant s'approcher le jour de ses noces, la fiancée se risque à questionner sa mère, si elle l'interroge timidement sur le sacrement qu'elle va recevoir; si elle essaye de s'éclairer sur ses droits et sur ses devoirs; si elle tente de projeter quelque lumière sur cette existence nouvelle, tout enveloppée d'ombres, sur cette vie qui demain sera la sienne, sa mère trop souvent l'éconduit : "ton mari sera là pour t'éclairer, tu feras ce qu'il te diras."

Réponse bien imprudente qu'une pareille réponse !(...) n'est-il pas à craindre que ce jeune homme, ainsi préconisé docteur ès mariage, n'enseigne à son épouse, assez volontairement crédule, un enseignement de doctrines bien différentes de la doctrine catholique ? (...) N'est-il pas à craindre qu'il ne réponde aux questions de sa jeune femme par quelqu'un de ces axiomes qui sont d'autant mieux accueillis qu'ils mettent la conscience plus à l'aise ? "Ne craignez rien, dans le mariage tout est permis".


Qu'est-ce que l'union libre, préconisée par les romans du jour, réhabilitée sur la scène des théâtres ?

- A parler d'une façon générale, c'est cette union honteuse de l'homme et de la femme, que la convoitise fait contracter aujourd'hui et qu'un caprice pourra briser demain. (...) Ils veulent s'abandonner, en toute liberté, aux fantaisies d'un instinct tout bestial (...). L'union libre est un retour à l'animalité.

Mais Dieu n'a-t-il pas autorisé le divorce dans l'ancienne loi ?

- Non, pas autorisé, mais toléré : proper duritiam cordis, à cause de la dureté du coeurs des juifs. Et il a supprimé cette tolérance à l'avènement de la loi évangélique (...).

Malgré l'enseignement constant de l'+glise, malgré les foudres dont elle a frappé les rois divorcés, le divorce n'est-il pas entré dans la législation française ?

- Oui, en 1884, sur proposition du juif Naquet, le divorce est entré dans nos lois.

Comment est-il nuisible aux mariés ?

- C'est qu'il donne à la dépravation humaine le moyen de se satisfaire ; il lâche la bride aux passions (...).

D'où vient donc la malice intrinsèque de ce crime ? [du péché qui limite la vie]

- De la violation réfléchie et voulue de l'ordre établi par Dieu dans les rapports conjugaux. Dieu, auteur de la nature, permet la satisfaction des sens qui accompagne les rapports conjugaux dans le but premier de favoriser la propagation de l'espèce humaine. Rechercher le plaisir en supprimant la fonction, et ainsi priver volontairement de son effet naturel l'acte du mariage, est un désordre qui porte préjudice à la race elle-même (...)

N'y a-t-il pas des cas où une femme expose sa vie en acceptant la maternité ?

- Moins souvent qu'on ne le pense ou qu'on le dit. (...) La faute en est à notre civilisation factice et raffinée (...) à l'éducation de beaucoup de jeunes filles qui élevées dans la coton, entourées de toutes les délicatesse du confort contemporain, ne sont plus capables, devenues épouses, de supporter le moment voulu le travail et la douleur.

Que faut-il penser des femmes mariées qui meurent victimes de la maternité ?

- Il faut les plaindre toujours (...) Bien dignes d'admiration sont ces épouses vraiment chrétiennes, au coeur fort dans un corps chétif, qui soucieuse de sauver l'âme de leurs maris, en secondant leurs légitimes désirs, en écoutant le voeu secret de la nature, sont tombés sur le champs de bataille de leur maternité.

Quel serait le moyen de diminuer le nombre de ces victimes ?

- Refaire une génération vigoureuse.



Je ne sais pas vous, mais moi ce type de lecture me déclenche des envies de vociférer d'immondes grossièretés, de me vautrer dans la vulgarité et de prôner le stupre et la fornication...




Et il ne s'agissait que de la première partie de l'ouvrage... peut-être un jour vous ferais-je profiter des enseignements de la seconde...

mercredi 27 octobre 2004

A livres ouverts

Bibliothèque
L'un des plus vieux rituels que je pratique (hormis celle de continuer à sucer mon pouce mais c'est un secret) c'est de "chercher quelque chose à "bouquiner".

Aussi loin que je me souvienne (et j'ai le souvenir précoce !) j'ai toujours vadrouillé devant mes bouquins, en quête d'un livre qui répondrait à l'humeur du moment. Il faut, en effet, savoir que j'aime autant relire mes livres qu'en découvrir de nouveaux. (Ah ! Edmond Dantès, combien de fois me suis-je évadée avec toi du Château d'If...) De surcroît, j'ai toujours un bon quintal de livres "d'avance", on comprend donc aisément que j'ai les meilleurs prétextes du monde pour traîner devant les nombreuses bibliothèques qui tapissent les murs de mon logis...

Ce soir, je m'y suis retrouvée en train de fureter.

Je cherchais une étincelle de rire, un éclat de romanesque ou une escarbille d'émotion.

Je cherchais quelque chose à lire et j'ai compris que ce n'était pas en quête d'un ouvrage que j'étais.

Non, je regardais la procession de ma vie, mon passé raconté par mes bouquins, chacun d'eux étant un lieu, un moment, un univers de mots, d'échange ou de silence.

Celui-ci a été lu dans le fond de mon lit un soir glacial, la couette remontée sur la tête. Épuisée de fatigue et de passion, je n'ai condescendu à le quitter qu'au petit matin. J'avais peut-être 13 ans quand je l'ai dévoré pour la première fois celui-là.

Oh ! Cette dédicace sur sa page de garde me fait pleurer encore aujourd'hui...

J'ai hurlé de rire avec Monsieur Malausène dans un train où je revenais de Rennes. Une dame m'a demandé le titre de ma réjouissante lecture et j'ai ensuite converser tout le trajet avec une femme d'une brillante intelligence.

Chaque livre est une histoire, chaque livre à une place, sa place dans ma vie, que je l'ai aimé ou non, et alors même que je les aurais oubliés !

Oui, tous autant que vous êtes, posés en vrac, un peu abandonnés, un peu délaissés, vous égrenez mon passé.

Je vais me coucher avec l'un d'eux, un vieux livre de dame décrivant la méthode pour tricoter des chaussettes !

On ne sait jamais ce qu'il peut vous arriver dans la vie ! Et là vous pouvez me croire... Par exemple, comme Robinson Crusoë, on peut se retrouver un jour sur une île -mystérieuse ou au trésor- Et alors, qui sera ravie de savoir tricoter des chaussettes chaudes ? Hein ? je vous le demande ?


Mes livres sont là près de moi et j'ai soudain envie d'en acheter des nouveaux, de retrouver une étincelle de rire, un éclat de romanesque et une escarbille d'émotion.

Je crois bien que je vais continuer à lire...

mercredi 29 septembre 2004

La mort du Dahlia noir ?

>Un dahlia noir crayonné

Le Dahlia noir, c'est le premier livre de James Ellroy que j'ai lu.

C'était le premier d'une longue série mais j'en garde toujours le souvenir d'un livre phare. Un livre qui résumerait Ellroy et qui donne envie de se jeter à corps perdu dans ses oeuvres ou rien n'est aussi noir que ce qui pourrait être blanc.

Le Dahlia noir s'appelait Betty Short et avait 22 ans le 15 Janvier 1947, lorsque son corps, coupé en deux, à été retrouvé dans un terrain vague.

Il semblerait que le mystère d'Elizabeth Short, soit désormais résolu...

Je ne suis pas sûre que soit vrai.

Je ne suis pas sûre d'avoir envie de le croire.

J'ai soudain envie de le relire ce dahlia à la beauté si sombre...

Gentleman chroniqueur

"Cela s'est passé en deux secondes", explique-t-on chez Chopard, soit un diamant à la seconde. Joli rendement. Une chance que le cambrioleur n'ait pas choisi de passer une heure sur place, il n'y aurait plus une pierre vaillante à la Biennale !"


La chronique d'Eric Fottorino dans Le Monde

jeudi 5 août 2004

Protocolaires frivolités

Petite, j'ai dévoré l'exemplaire d'avant-guerre du "Guide des Convenances" de ma grand-mère. Savez-vous comment s'adresse-t'on à un vicaire ? Je ne sais plus, si tant est que je l'ai su... Mais au hasard d'un étal de librairie je suis tombée en arrêt devant le Guide du protocole et des usages de Jacques Gandouin.

Un pavé suranné rempli de petits caractères réactionnaires. C'est idiot, parfaitement inutile mais ce soir, dans mon lit, je troquerai E.T. contre un vicaire !

Car, n'est-il pas totalement confondant de savoir qu'il convient, lors d'un goûter, de verser le lait - froid ! - dans la tasse avant le thé ? Et de découvrir où se niche parfois les notions d'égalité :

Il eût donc été plus judicieux, à mon sens, dans notre société de consommation, d'habituer les classes les plus modestes à revêtir le smoking, plutôt que d'en dépouiller les classes possédantes. Il est à espérer simplement qu'on reviendra à ce raffinement qui contribue au charme de la vie."


Je n'ai pas encore trouvé durant combien de temps encore, je dois m'habiller en "grand deuil". Je le verrai sans doute et alors je ricanerai méchamment : à son enterrement, j'avais déjà mis du blanc !

jeudi 1 juillet 2004

Le style et l'éloquence judiciaires

Statue dans la Galerie de Harlay au Palais

Voici un extrait d'un ouvrage de Monsieur Raymond LINDON Le style et l'éloquence judiciaires publié aux éditions Albin Michel © 1968 :

Voici maintenant d’autres décisions célèbres, mais authentiques celles-ci. Elles firent, au début du siècle la célébrité d’un magistrat, Monsieur Magnaud, qui présidait le tribunal de Château-Thierry, et que la presse de l’époque surnomma « le bon juge ».

On y trouve beaucoup de générosité, une once de non conformisme et une pointe de naïveté, mais la forme est bien venue.

[…]

Une troisième décision fit aussi quelque bruit.

Il s'agissait d'un jeune homme de dix-sept ans, sans parents, sans métier, et qui n'avait pu trouver de place dans un de ces établissements publics ou de tels malheureux sont ordinairement accueillis. Il était prévenu de mendicité. Acquittement encore avec les deux attendus que voici:

"Attendu que, pour apprécier équitablement le délit de l'indigent, le juge doit, pour un instant, oublier le bien-être dont il jouit généralement, afin de s'identifier autant que possible avec la situation lamentable de l'être abandonné de tous...

Attendu que la société, dont le premier devoir est de venir en aide à ceux de ses membres réellement malheureux, est particulièrement mal venue à requérir contre l'un d'eux l'application d'une loi édictée par elle-même, et qui, si elle s'y fut conformée en ce qui la concerne, pouvait empêcher de se produire le fait qu'elle reproche aujourd'hui au prévenu... "

On notera que, lorsque le président Magnaud parle de la société, ses attendus évoquent un peu ceux de Courteline. C'est que, à la vérité, il est difficile de faire intervenir les notions de morale, de société, de solidarité humaine sans risquer le ridicule, pour peu qu'on soit en avance sur son temps, ou en retard sur lui. Et, sur ce chapitre, la sobriété ne saurait être trop recommandée.




Mon commentaire sera lapidaire : j'adore...



jeudi 13 mai 2004

Un peu, beaucoup, passionnément de notre histoire

Avant la Télé d'Yvan Pommaux




Alain Moret est un petit garçon qui a 8 ans en 1953 et qui raconte sa vie à Vichy en ce temps là.



Ils vivent dans un appartement de 1953.



image du livre


Avec -entre autres- les commodités de 1953.





Il a une vie parfaitement ordinaire pour un petit garçon de 1953 et c'est pourtant -curieusement- passionnant, trépidant, poignant, attachant, enthousiasmant, palpitant...

Bref, offrez le au premier enfant que vous croisez, de préférence à un enfant que vous voyez souvent et qui ne se formalisera pas de vous voir plonger dedans...

Quelque soit l'âge que l'on a, ce livre est une merveille intemporelle, rafraîchissant comme une menthe à l'eau, et savoureux comme une Madeleine de Proust...

Patience et longueur de page

La lecture a ceci de particulier qu'on ne peut s'y forcer...

Par expérience (bah oui, je suis dans le genre malchanceuse...), je sais que quand je suis en deuil, je ne lis plus d'ouvrage sérieux...

Rien de grave ! ca va revenir !

En revanche, et par chance ! j'apprécie toujours autant les livres pour enfants !

D'abord je dois dire que j'adore la littérature enfantine depuis que je suis toute petite !

Je me suis longtemps demandé d'où cela me venait et en écrivant ce billet, je m'en suis rappelée !!!

C'est fort de café, c'est la première fois que je réalise d'où me tient cet engouement.

Comme c'est grâce à vous, je vais vous conter cette opportune découverte :

Ma maman était directrice d'école maternelle. Le soir, alors qu'elle faisait la sortie des classes, Zomozygote et moi-même l'attendions souvent dans son bureau, en dévorant tout ce que cet endroit contenait en livres pour enfants...

Voilà, c'est bête comme chou, mais en écrivant cela, il me revient en mémoire des milliers d'illustrations, des histoires à vous faire rêver des nuits entières, des gens que j'aurai voulu connaître (Ah Gutenberg, comme j'aurais voulu vous saluer!), un univers merveilleux qui m'a réellement fasciné...

Le plus surprenant c'est que trente ans après cela me fait toujours rêver !

mardi 6 avril 2004

Vous aimez les histoires ?

Dans cette vallée, il y a un très vieil arbre maison

Vous savez ce qu’est l’arbre aux secrets ? et l’arbre maison ? Comment vous ne connaissez pas l’arbre maison ?

L’arbre maison est à la septième page de l’album "ma vallée" de Claude Ponti.

Cet arbre là, quand on le voit, on sait que c’est une maison que l’on a bien connu quand on était enfant.

Vous avez été déjà enfant, non ? Vous n'allez quand-même pas me dire le contraire ? Bon ! c'est donc que même si le souvenir vous échappe maintenant quand vous verrez cette demeure vous la reconnaîtrez nécessairement !

Nous l’avons tous trop aimé pour l’oublier !

Si ! si ! Faites moi confiance !

Je vous mets mon billet que vous allez vous dissoudre dans cette septième page de l’album, que vous allez entrer en elle et partir en ballade dans ces lieux magiques .

Ne soyez pas timoré : ce n’est pas difficile du tout ! Il suffit de regarder l’image et hop ! le tour est joué !

Vous allez devenir explorateur de pièces biscornues, de douillets recoins où il fait bon jouer à cache-cache, d’escaliers en colimaçon irrégulier, de bibliothèques extravagantes où les plus belles histoires viennent ricocher tout près de vous.

Vous allez jouer à vous faire peur dans les caves et les réserves qui sentent si bon l’amande et la pomme surette.

Ensuite revigoré par un épais chocolat chaud, j’imagine que vous irez vous allonger dans la chambre d’amis, celle dont le lit est si large que l’on peut s'y étendre tous ensemble et s’endormir en se racontant des histoires.

L' histoire du géant triste, ou celle du cahier "pour écrire, en passant, un bout d’histoire à celui qui aimait lire", ou la flaque magique ! si si ! vous savez !! la flaque dans laquelle on plonge sans savoir par où l’on va ressortir !

A moins, personnage solitaire, que vous ne préférerez vous isoler au sommet de cette bâtisse, dans la chambre aux étoiles. Peut-être alors tenterez-vous d’apercevoir le Pays-qui-est-derrière, celui où le peintre Outsoumé-Song a pu entrer.

Une bien jolie demeure que cet arbre maison, il m’est toujours difficile de m’en séparer… sauf peut-être pour vous la faire partager.

D'aucuns prétentent que ce livre est destiné aux enfants, je pense quant à moi que ceux qui osent dire une chose pareille ont oublié ce que rêver veut dire !


mercredi 31 mars 2004

Robert Merle n'est plus

Hiroshima, Nagasaki, n'oublions pas...

S'il est un auteur dont j'ai parcouru les ouvrages, c'est bien Robert Merle.

Peu d'auteurs modernes maîtrisent ce sens si aiguë du romanesque.

Ecrire une histoire, n'écrire que pour l'histoire, disparaître derrière l'histoire: il n'était là que pour la servir et non l'inverse.

On connaissait moins l'auteur que ses récits! Il n'avait d'ailleurs pas besoin de fréquenter les plateaux de télé pour que l'on sache qu'il avait du talent, un formidable talent !

Le talent de celui qui fait lire des milliers de gens sans démagogie, sans accroche raccoleuse et avec une langue à vous faire damner un professeur de lettres (qu'il était d'ailleurs)...

Ses succès furent fulgurants (Weekend à Zuydcoote, récipiendaire du Goncourt était un premier ouvrage !), nombreux (peu de livres passeront inaperçus...) et une renommée particulière s'attacha à sa saga de Monsieur de Sioriac, les "Fortune de France".

Mais si vous ne devez lire qu'un livre de lui, lisez donc Malevil.

C'est un petit chef d'oeuvre d'humanité (et de déshumanité). Un livre dont le sens et la quête sont éminement modernes. Mais c'est avant tout une formidable histoire que l'on dévore avec avidité (et si vous avez vu le film vous serez surpris car l'adaptation est très éloignée du bouquin).

Si le thème de Malevil vous intéresse, vous aimerez sans doute aussi une nouvelle de Jack London La peste écarlate qui est également un petit bijou littéraire.