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Tréfonds et sentiments

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jeudi 25 mai 2017

Il y a plus d'une lettre de différence entre le vide et la vie

La plus grande misère que je connaisse c’est celle de reprocher aux autres ce qu’on l’on ne parvient pas à être soi-même.

J’ai perdu de grandes choses dans ma vie. J’écris “des choses” mais c’est surtout des gens en fait. Et puis j’ai compris que ce qui comptait c’était moins l’immense perte que j’avais d’eux que la richesse de ce que j’avais vécu avec eux.

On ne se nourrit pas de vide. On s’y perd.

Alors j’ai continué à remplir ma vie. Je l’ai remplie de pleurs parfois, surtout ici. Et puis jour après jour je l’ai remplie de projets un peu foutraques et du délicat plaisir de la sentir vibrer dans le sourire d’un enfant, le ronron d’un chat, le souffle court d’une ligne d’arrivée ou quelques costumes vénitiens. Jour après jour, je me suis dit qu’il ne fallait pas avoir peur parce qu’en réalité je n’étais pas seule.

Ceux qui m’aimaient ne m’ont pas quittée. Je les porte en moi. Quand j’ai peur, je pense à eux. Alors je sais qu’ils sont là, qu’ils m’aiment, qu’ils sont fiers de moi et qu’ils ont confiance.

Et puis et puis… il y ma précieuse marmaille. Celle qui s’éparpille dans tous les sens et puis, en un instant, se resserre autour de moi sans que je ne sache bien s’ils font corps ou s’ils font rempart. Peu importe ils sont là. Avec leur amour et leur confiance.

Je n’ai rien à envier à personne. Il ne faut jamais être envieux. Il faut vivre sa vie à soi. Il faut la remplir, il faut la goûter. L’aigreur ne se développe que dans le vide.

Les temps modernes et leur manie de tout modéliser nous parlent d’énergie positive comme si les humains étaient des bâtiments. Je ne comprends pas bien ces concepts d’isolation ou d’énergie appliqués à l’humanité mais je sais que le jour où je ne serai plus capable de savourer le plaisir délicat de voir des gens heureux, il faudra vraiment que je me penche sur la façon dont j’ai rempli ma vie…

Hier soir, il était tard quand je suis sortie du cabinet. Sur les trottoirs les parisiens goûtaient cette particulière saveur d’été encore effarouché. Cela m’a rendu tellement heureuse que j’ai compris que pour moi aussi l’été était là !

jeudi 25 février 2016

Pluie, masques et carnaval

Quelques pages arrachées d’un carnet noir une année ou une autre :

La pluie qui s’abat sur le hublot.
Un masque en plâtre acheté à la hâte pour faire croire aux enfants que le carnaval est drôle, attrayant et un peu magique. Ce qu’il est parfois.
La pluie tombe et tombe encore, la regarder s’abattre et intimement savoir que  derrière les masques il n’y a point de licence, de liberté ou de joie. Rien que cette pluie qui tombe au dehors comme au dedans, et coule sur ma tristesse d’autant plus profonde que l’injonction d’être heureux est impérieuse. 
Un loup, un tricorne pour faire illusion et une cape pour faire disparaître mon corps. Et puis toujours cette pluie froide et obstinée qui signe mon humeur et alourdit mon vêtement.
Un jour peut être l’espoir disparaîtra et avec lui sa cohorte de désespoirs sans cesse renouvelés. Cette horlogère minutie de déceptions qui rythme avec constance et obstination l’expression du désir.
Retrouver à chaque fois l’aiguillon de cette souffrance-là. Se maudire et se maudire encore, toujours un peu plus fort de ne pas avoir appris de ces milles et incessants tourments qui l’ont précédés. Comme je me hais de ne rien apprendre du passé tel un papillon aux ailes maintes fois brûlées et maintes fois rebrûlées qui s’agite et bat ses moignons en cadence comme s’il pouvait encore voler. Insecte pitoyable, gauche et misérable de tout ce qu’il n’a pas su définitivement abandonner.
Magnifique personnage de carnaval…

mardi 26 mai 2015

Un froid gourd

Se concentrer sur les longs chapelets de mots qui s’égrainent, comme si leur familiarité pouvaient être un réconfort. Deviner parfois l’ordre dans lequel ils s’enchaînent. Ne pas prêter attention à cette ombre qui descend mi-subreptice mi-lénifiante. Tendre l’oreille comme hier, comme toujours. Écouter.

Et brutalement n’avoir qu’un seul désir, celui du silence ; que ces bouches qui crient leurs histoires se taisent enfin. Qu’elles me laissent tranquille. Qu’elles cessent de chercher mon assentiment, mes encouragements. Je n’ai rien envie de leur dire. Je n’existe pas. Je le sais, je le sens, je le vois. Leurs yeux sont vides. Ils me traversent et me travestissent. Déguisée, grimée d’intentions qui ne sont pas miennes, de desseins étranges qui n’appartiennent qu’à eux. S’en défendre est irrémédiablement vain. Croiser le fer ne sert qu’à donner un peu plus corps à ces spectres. Et rien n’est moins invincible qu’un fantôme. N’être plus que réduite à voir le piège duquel je ne sais pas sortir.

Peste que j’ai froid…

mardi 17 mars 2015

Courrons, donc

Voir des gens s’embrasser tendrement dans le métro m’émeut toujours autant.
Mes plus fervents enthousiasmes se mesurent encore en kilomètres, lesquels, une fois franchis, sont aussi mes plus grands émois - même parcourus à des allures de sénateurs en goguette… Preuve s’il en est que la course a pied me préserve de bien des désespoirs !
Je renifle un peu moins mes marmots même si j’arrive encore à en prendre de grands shoots à renforts de prétextes dont ils ne sont plus tout à fait dupes.
Mademoiselle Azerty, fidèle d’entre les fidèles, règne en maître sur mon lit et me câline toutes les nuits. Même quand les cauchemars m’emportent. Même quand la colère me guette.
Il paraît que la liberté n’a pas de prix.
La mienne est donc immense.
Ma vie m’appartient. Et j’ai le sentiment de ne pas devoir grand chose à quiconque. Si ce n’est aux miens.

Courrons donc.

dimanche 3 novembre 2013

du délicat plaisir de la solitude

Je n’aime pas spécialement les films. Enfin, je ne les aime pas comme tout le monde : je ne les regarde que pour m’endormir. Donc j’aime les films d’amour car grâce à eux (et en dépit de propositions aussi généreuses que systématiques d’un certain corps médical à certains moments douloureux de ma vie) je n’ai jamais consommé la moindre substance pour trouver le sommeil. Ces derniers jours, je regardais de nouveau “A armes égales” quand, dans mon cortex quasiment anesthésié après une heure de vidéo, une réplique a fait mouche. Il s’agit de la seule scène de bar du film (celle qui s’enchaîne après le mémorable “suce-moi la bite” lancé par Demi Moore) où les rescapés portent un toast qui débute par ces mots raffinés : “les mecs, on s’est beaucoup fait chier, alors à la vie…”

Voilà, c’est exactement cela ! : “on s’est beaucoup fait chier !” alors maintenant on se sent vraiment mieux.
Cela n’a l’air de rien mais cela a fait tilt dans mon crâne : Voilà donc pourquoi j’ai mis autant d’obstination à me faire chier durant si longtemps : parce que pour la première fois de ma vie, sans avoir l’impression de subir le coup du sort ni de ressentir la moindre trace de dépit, je suis foutrement heureuse d’être seule ! Cela n’a l’air de rien mais se réveiller heureuse tous les matins, c’est une sensation que je n’avais plus connue depuis des années…

samedi 13 juillet 2013

A coups de pompes rouges comme le sang

Overdose d’odeurs rances et de costumes moisis.
J’ai l’impression d’avoir vécu dans le 4ème âge trop longtemps, interminable confrontation au conformisme étriqué d’une personnalité rabougrie qui craint d’être écrasée par la simple présence de coloris incisifs.

Bien se garder de se faire remarquer.
Bien se garder d’exister…

Gris, terne et blafard sont le tiercé gagnant des tons trop fréquentés ces dernières années.
Sans y avoir jamais cédé, j’ai brusquement envies de couleurs meurtrières.

Envie d’écarlate et de sang.
Envie d’être cruelle pour oublier combien j’ai été trop patiente.
Envie de démesure, de baïonnette et de férocité.

Mais aussi de couleurs, de rire, de vie et de sexe.
Toutes ces choses dont il est si difficile de crier qu’elles vous manquent et dont on remet toujours au lendemain le difficile constat de leur insupportable absence.

Alors, ce jour, je me suis achetée des chaussures…rouge-sang.jpg

vendredi 7 juin 2013

Presque cinq ans, bientôt dix.

Et au bout de cinq ans moins deux ou trois poussières, cela s’est arrêté. Il faut dire que la vacuité y était tellement manifeste que je ne pouvais plus faire autrement que de la regarder en face ; comme une maladie silencieuse, elle avait tout envahi, aucune fonction n’avait été préservée, aucune alcôve dérobée ou de jardin secret pour se retrouver. Petit à petit, renoncement après renoncement, elle avait tout rongé. Le vide parfait. Le vide absolu. Un vide tellement sidéral que l’on ne n’y maintient évidemment que pour se cacher d’autres maux. Des maux plus sombres. Pourtant quand il n’y a plus eu que quelques poussières pour me séparer de cette demi-décennie, j’ai eu honte de moi. Honte à pleurer de ma lâcheté, celle de traîner ma peine, de ne pas oser savoir pourquoi je me confinais dans un tel vide. Honte de ces rêves enterrés vivants et de ces tombereaux de désillusions que je charriais l’air de rien… Comme si arborer un air indifférent suffisait à vous mettre à l’abri de la vie… 

… et de la vérité. Je sais bien pourquoi je remplis ma vie de vide. Une sombre histoire de bonheur perdu et de résignation. Une intrigue presque romanesque sauf que mon prince charmant est mort alors le bonheur est devenu un eldorado un peu compromis… ou en tout cas tellement improbable qu’il ne faut pas compter dessus. Voilà, cela va faire bientôt dix ans que je joue et rejoue la trame de la même comédie. Avec des couplets plus ou moins longs, avec des refrains plus ou moins entraînants… des espoirs plus ou moins réels, mais au fond, c’est toujours le même air… et cinq ans c’est long.

Cinq ans, c’était le temps qu’avait duré mon mariage. Ce qui ne signifie pas grand chose si l’on sait que c’est avec un enfant dans les bras et l’autre bien au chaud dans mon ventre que mon époux m’avait passé la bague au doigt… Mais cinq ans de bonheur cela avait un sens. Cinq ans de vide aussi… et cela m’a terrifié. Une terreur soudaine, un peu irrationnelle qui m’a mise à l’abri de la tristesse, des regrets ou des doutes.

L’avantage du vide, c’est que lorsque l’on décide de ne plus le partager, votre vie est exactement la même.  Il n’y a pas d’échange d’objets pris en otage sur un pont dans le brouillard, pas de petites cuillères à compter, à recompter et à se disputer. Ce qui devait être rendu tenait dans une petite enveloppe… Un vide si grand que les enfants ne se sont même aperçus de rien. Alors ma vie est restée strictement la même. Sans aucune accroche qui ne puisse me faire penser ou regretter ce passé. Bientôt dix ans de solitude. Peut-être m’en faudra-t-il cent pour réussir à me défaire d’elle. Je ne sais pas. Ce que je sais ce soir c’est que quant à ne pas avoir d’avenir du tout, l’inconnu est plus riant que le néant… Et quant à pleurer sur soi, autant le faire pour de bonnes raisons et n’embarrasser personne de sa peine…

jeudi 30 mai 2013

Ensemble...

J'aimerai tant savoir dessiner...

Là, maintenant, j'aimerai prendre un crayon et coucher sur le papier deux silhouettes l'une contre l'autre. Un couple qui se partagerait un bel et unique phylactère contenant un seul mot : "ensemble" !

Et ainsi chacun rêverait des mêmes mots : "l'un contre l'autre". A sa manière...

CONTRE, prép.
Exprime un mouvement vers, par opposition à un mouvement de sens inverse ou à une résistance.

I. [Sens local]
A. Exprime le contact étroit ou le choc au terme d'un déplacement. Il met une échelle contre le mur; il serre son ami contre son cœur; les vagues se brisent contre les rochers

II. Exprime l'opposition.
A. Exprime une relation d'hostilité, de lutte.
1. Contre + subst., nom propre ou pron. Le plus souvent contre exprime l'idée d'hostilité ou de menace conjointement avec le verbe, le syntagme verbal ou le subst. qui précèdent. Il s'emporte contre qqn; il proteste contre le projet.

source

vendredi 4 mai 2012

Trouilles en vrac

  • Venise ce soir...
  • Hachette va aligner le prix de 2000 ebooks sur le poche... Il était temps...
  • Venise ce soir...
  • Je sévis un peu ici aussi 
  • J'ai noirci des pages et des pages pour assourdir ma peur. Parfois elle me revient encore. Un immense néant s'étendant à perte de vue ; sans repère. J'ai appris à me méfier. Et du sort, et de l'effondrement des liens. J'aime bien mon monde intestin. Je n'y ai plus besoin de personne . Je ne souffre plus d'aucune autre déception que l'avenir ne pourra résoudre dans un avenir proche.
  • Venise ce soir... Avec un Canon pour m'émerveiller ou ... me réfugier.
  • Des projets de couture à n'en plus finir.
  • La peur a reculé. Alors je n'écris plus.
  • mais parfois l'ultime peur revient. Pas tout à fait celle de mourir mais mais celle de les laisser seuls. Sans personne sur qui compter.
  • Elle est terrifiante. Et celle-là me réveille encore parfois.

lundi 14 février 2011

Amours toxiques

- Ligne 13 -
Le guide de voyage qu'il tient dans la main titre Paris orné d'accents et d'un "z" ou deux.
Ils se regardent de leurs yeux d'un Est délavé. Peureux. Et tellement heureux

Opération escampette : plonger le nez dans mon sac sans fond. Y repérer le carnet à projets. Celui où j'écris en rouge les courses à venir.
Je remplis ma vie comme je peux... Et puisque je ne parviens pas à ne pas rêver d'avenir, je m'en fabrique un de pleurs et de sueurs. Lesquels ont le mérite de me rappeler que mon corps existe encore.

Je donnerai cher pour goûter une fois encore au bonheur de ces deux-là.

 
D'ici je suis partie. J'ai déserté les lieux.
Doucement.
J'ai frémi d'effroi lorsque des yeux y sont venus quêter leur propre reflet avant de me faire le reproche de ma liberté au nom du dieu Qu'EnDiraT'on.
La douleur était sincère et mes doutes profonds sur ce que l'on peut, céans, écrire ou non.
Je ne suis plus venue que cracher le trop plein de mon désarroi.

Avant d'abonner ces lieux trop publics.
 
Faire de ma vie une tombe.
 
Ne plus parler. Se terrer. Ne rien dire.
Laisser le silence ensevelir mon terrifiant bonheur défunt.
 

mercredi 25 août 2010

Jour après jour les amours mortes n'en finissent pas de mourir.

Dans un pâle et beau soleil axonais, une vitre ancienne où flottent quelques bulles d'air déforme à peine la gigue de deux papillons blancs énamourés.
Je me souviens que lorsque je glissais la clef dans ma porte, je songeais que mon bonheur était doux. J'aimais ma vie. J'aimais ces rires, j'aimais ces vies, ces murs aussi. Construire la mienne et bâtir la leur. Une âme de maçon.
Avant le gouffre. Dont on remonte un jour. Parce que la vie est toujours la plus forte. Une corde que l'on saisit et dont on ne sait plus bien laquelle de nous deux tire l'autre. Moitié main courante moitié béquille, la rampe chemine pourtant à la surface où l'on revoit le jour ; enfin ce qui lui ressemble. Clarté blafarde qui semble d'or d'avoir été si longtemps dans l'obscurité. Avec la même âme de maçon. Et des yeux pour pleurer.
Je vis dans des ruines.
A ne rien construire, je collectionne les fissures.
A défaut d'avenir je collectionne les inscritptions. Je cours de date en date. Un marathon pour tout projet. Dérisoire ouvrage. Mais du vent c'est toujours mieux que le vide. Au bout il reste quelques pleurs et le sentiment de ne pas perdre complétement son temps. Et à courir on s'imagine ne rien attendre...

vendredi 20 novembre 2009

La couleur du silence

---Se sentir laide.
Laide puisque l'on vous contourne.
----------laide de tous les côtés.
Il n'y a que des droites bien tracées.



Des gestes ordinaires qui n'appellent aucun frôlement.
Rien que de très commun.
Rien que de très banal.
L'âme noire d'avoir songé qu'il pourrait en être autrement.
Laide, même en dedans...

mardi 10 novembre 2009

Graphomanie

Se perdre dans les mots.
Ne pas laisser sa main reposer.
Ne pas même les lire.
Sans cesse les aligner,
S'en défaire
Comme s'ils me brûlaient
Comme si je les avais trop longtemps tenus


+crire ceux qui s'entrechoquent au présent.
Coucher ceux qui se son répandus dans un coin trop reclus,
ceux qui ont traversé le passé serrés dans un carnet corseté.


Métro,
doigts maculés d'encre. Depuis toujours.
Je devine à certain regard que j'ai dû m'en barbouiller le museau.
Une fois encore...

Se parer d'encre,
S'en couvrir et disparaître,
S'y noyer...


Perdue
+garée,
La peur me dicte de fuir.
Et puis la raison me dit que non
A moins que ce ne soit le contraire.
La peur de partir ou celle de poursuivre.
Le cœur à tisser
Ne rien défaire
De l'endroit ou de l'envers.
A moins que ce ne soit le contraire.
Perdue je suis


Bribes effilochées d'un carnet trop noir

Que quiconque ne lise ces mots en s’y cherchant.
Je vous le défends.
Ils ont été enfouis dans des années éparpillées.
Leur chronologie est un mensonge.
Leur existence même est douteuse.
Je les ai arrachés d’un néant où je les maintenais.
Ils y retourneront peut-être.

Reprendre les mots. Quelques-uns.
Loin de la presse. Juste là dans le désert.
Quelques mots que l’on griffonne sans bruit.
Des mots simples.
De ceux qui se couchent sans encombre et s’endorment aussitôt.

Se terrer encore un peu.

Ils ont déjà décroché mes photos.
Pourtant le bail en était acquitté.
Ils ont pris un lance-flamme et ils ont tout incendié.
“Oh pardon Madame, on avait pas vu…
Oh pardon Madame, on a rien pu sauver…

Alors soit, s’isoler.
C’est ce que je fais de mieux.
Mieux que les mots,
Mieux que l’amitié,
Mieux que l’amour aussi.
Se tenir loin. Se tenir coite.
Ne vous dérangez pas pour moi, je ne fais que passer.
Bientôt je ne serais plus que fumée.

Atterrissage - Secousses
Je ne sais plus écrire.
Je quête chaque mot.
Et chacun d’eux est un rêve d’équilibre.
Face au vide qu’ils laissent en moi, je ne me rabats sur rien.
Que le néant.

Jamais je n’aurais dû donner la clef pour ouvrir ces pages.
A quiconque.
Il n’y a désormais plus moyen de la jeter au fond d’un puis.
Alors je n’écris plus.
attendre la rage et la colère.
Attendre le rouge et la misère.
Le premier cache si bien la seconde…
Vêtue des deux, je n’aurais plus guère de pudeur

Je sais que les démons me guettent
Pas ceux qui me rongent quand l’amour est trop pâle
Pas ceux-là, les autres… les pires.
Les premiers ne se repaissent que des restes.
Ils ne sortent des ténèbres que pour mieux dévorer ceux qui ne sont plus que des morts-vivants à mes yeux.
Ils me brûlent, ils me tordent mais leurs souffles lancinants n’ont d’autres effets que d’enterrer des corps exsangues de vie.
Les autres, les pires, ne mangent que les vifs.
Se défendre d’eux.
Ne pas les laisser emporter l’avenir.
Les premiers sont noirs mais les seconds sont rouges.
Rouge comme le sang.
Ils chantent une âcre mélopée pour mieux m’isoler.
Ils tendent un voile de haine.
En trame, il y a le passé.
En fil, il y a ma souffrance.
Un fin linon d’escroquerie.
Une délicate draperie en promesse de chaleur.
+carlate.

Trop marché ce matin.
Avec de trop mauvaises chaussures
Une heure vingt en escarpin.
Voir courir les bambins avec la cloche de l’école, les parisiens se déverser dans le métropolitain.
Accrochage de poissardes aux vélib’. Juste pour s’arroger le dernier…
Jardins du Luxembourg.
Sous une stèle je me suis arrêtée.
“si vous ne respectez pas une reine proscrite,
Respectez une mère malheureuse
Marguerite d’Anjou - Reine d’Angleterre 1429-1482”

C’est étrange de lire cela ce matin.
En face d’elle une jeune femme pleurait…

Les enfants sont partis.
Un train pour faire le chemin qui séparent leur baisers de leur chambre désormais vides.
Un train et quelques heures où je n’existe plus pour personne.
Point de calins mais point de requêtes non plus.
Ne m’oubliez pas trop mais pour quelques heures, laissez-moi ne pas être forte.
laissez moi pleurer un peu.
Quelques heures d’illusion où nul n’attend de moi que d’être absente.

Rester là, les yeux fermés.
Ballotée par les cahots du train.
Enivrée de fatigue entre un passé trop brûlant et un avenir mordant.

Chape de plomb et larmes d’airain.
Je fais le vœux de ne jamais arriver.

Rester là.
Faire comme si le passé n’existait pas.
Faire comme si le futur n’existait plus.
Fermer les yeux et pour quelques instants cesser d’exister.

Mots trop lourd, phrases trop raides, idées trop faites…
Les biffer et les rebiffer…
Rebelles.
Ils sont comme des cris qui ne se satisfont pas d’un coin de page racornie…

Difficile ascension, vertigineuse descente.
Pourquoi me faire venir si ce n’est pour mieux me haïr.
Périmètre de sécurité. Ce sera mon mètre étalon.
Celui qui me ceint et amortit les chocs.
Boudins rond pour élimer les angles.
Se terrer dans le ventre mou…

Un train…
Quelques larmes qui s’écrasent sur un dossier.
Qu’elles coulent maintenant et non demain quand les regards seront braqués sur moi.
Que ma voix ne tremblent pas, que nul n’en devine les fissures.
Je sais la douleur, je la sens là tout près sur le banc.
Si proche de la mienne.
Je sais ce qu’ils endurent et il me faut m’en défendre.
La laisser leur. Les laisser là.
Ne donner que ma voix…

jeudi 13 août 2009

Monceaux

Faire un siège pour défaire des piles.
Les aborder par la bande
Là où la chemise cartonnée se flétrit et le papier sourd.
Là où les feuilles s'effeuillent un peu.
En tirer une.
Point d'enluminures.
Pont d'onction.
Point de runes sacrées.
Rien que des mots qui sonnent si beaux d'être banaux.
Un château fort qui s'écroule.
Des démons qui s'enfuient.



Faire tomber des piles et se promettre de ne plus les laisser se dresser contre moi.
Trouver d'autres appuis...

jeudi 9 juillet 2009

Au dessus des gouffres, le soleil brille aussi

Le gouffre c'est dix minutes de plongée en apnée dans un monde où le plus terrifiant n'est pas l'inconnu mais le temps irrémédiablement révolu. C'est le saut brutal dans une ravine de souffrance par une fissure que l'on croyait peu ou prou obturée — et dont en tout cas on se garde bien de passer trop près ! Alors les années se cachent, les joies s'effacent. Il n'y a plus que le vide qui vous aspire. Un néant d'une telle vacuité qu'il vous obstrue la vue, emplit vos poumons et broie votre gorge. Dix minutes où plus rien d'autre n'existe que ce mal dont on croyait pourtant être défaite. Dix minutes à être dans un temps qui n'est plus le mien mais que je croyais alors immuable. Dix minutes pour y trébucher, s'y écorcher, s'y meurtrir. Et puis en revenir. Parce que dix minutes seulement.
Lors, depuis la rive enfin rejointe, de plombé, le ciel devient azuré. Un beau ciel de juillet dont la lumière est vive. Les projets s'y forment plus distinctement que jamais. Ceux où l'on est deux.

lundi 28 juillet 2008

Les récompenses qu'on cloue aux murs

Deux pages arrachées d'un carnet.
Entre des notes sur l'acqua alta et la joie d'être deux.

Sidération et débandade
Interdite. Ce que je suis.
A peine apaisée et trop épuisée pour être venimeuse.
Interdite de ce que je suis. Interdite de ce que je vis.
Le venin s'est tari. Ou bien s'est noyé dans le sang.
Celui trop rouge qui coule dans les courses.
A peine apaisée et trop épuisée par mes débandades. Non, pas celles des foulées dominicales.
Lesquelles aujourd'hui, Ô comble de l'ironie, m'ont valu une coupe.
Clinquant et plastique bleu pour y boire toute ma peine d'être nulle.
La dérision est si belle !
Harassée plus que tout par ces murs que je dresse et contre lesquels je décharne ma vie.
Des murs pour mieux dresser le poing et l'abattre.
Un coup sur eux. un coup sur moi.
L'ire masque si bien l'horizon...
Interdite de...

Le bonheur est-il l'infortuné captif du passé ?

vendredi 11 juillet 2008

Départ...

Ce matin j'étais dans le métro.
La sangle de l'une de mes sandales s'était rompue.
J'avais aussi un genou qui protestait vigoureusement contre le poids de ma valoche...
Il y avait trop de monde, il faisait chaud et je ne déteste rien que d'emprunter le métropolitain au mois de juillet.
Et pourtant.
La seule chose qui venait à l'esprit c'était de réaliser combien j'étais heureuse.
Ce soir, je dors à Lisbonne.
Pas seule...

mardi 3 juin 2008

Guinguette et baskets sur un commerce amoureux

C'est décidément quand on s'y attend le moins que la vie vous fait des entourloupes...

dimanche 1 juin 2008

Guinguette et baskets sur un vide amoureux

Pas de course demain matin... A dessein. Je pensais me reposer en faisant mes valoches. Et puis subrepticement et presque en cachette j'ai quand même été vérifier s'il ne s'en courrait pas une près de chez moi...
Non, rien de rien. Je sais bien que cela prend trop de place.
Mais au moins j'ai le cœur qui bat fort... Et puis je suis en paix avec ce corps qui m'a toujours embarrassé (il n'est pas ici question de raison, simplement de sentiment que je ne m'explique pas bien)
Je n'ai jamais eu autant envie de fuir.
Envie de prendre mes jambes à mon coup.
Au moins je fais des projets d'avenir ! ... Et puis une route qui se déroule devant moi... Peste ! cela ne se refuse pas !

Précieuse ironie.
Elle est ma dernière cartouche.
Le reste n'est que débris.
Ma patience s'est enfuie.
J'assiste atterrée à mes propres déflagrations. Planquez les allumettes... à la première étincelle je crache du feu...

Je m'en veux de n'avoir su faire mieux. Je leur en veux de leurs exigences.
Je ne négocierais rien. C'est ma vie.
Et si un fragment d'elle se passe loin d'eux c'est juste qu'il est beaucoup trop maigre pour être partagé... Et non je n'ai aucun regret de ne leur avoir pas présenté mes penailles amoureuses. Si mornes lambeaux que seul le secret les rend excusables...

Je n'ai pas d'autre dessein de vite les laisser derrière moi.
Ceux de quelques mois, ceux de quelques nuits, leur vide est toujours nauséeux.
Courir vite — et vite les laisser derrière moi...
Oui cela je m'y emploie, parfois même au milieu de la nuit...
J'ai un don rare pour dénicher la vacuité. La vraie.
Celle que j'honnis au plus profond de moi. Celle qui me ravage.
Evidemment... l'issue est toujours écrite. Et moi je m'en fous maintenant de pleurer ou non. Cela ne me fait plus peur.
Je connais toutes les combines pour me requinquer en quelques secondes.
Et je ne mens même pas. Une machine à recomposition... Une machine bien trop précise.
Elle ne s'est pas encore déréglée...
C'est l'avantage d'évoluer dans le vide : les rouages s'y usent moins qu'ailleurs...

Pas de course demain matin...
Et merde !
J'avais envie d'émotions...

mardi 6 mai 2008

Confutatis maledictis

Ne le dites à personne mais parfois je m'ensauve dans la nuit. Je cours vers mon biclou comme on se jette dans les bras d'un ami. Il me tient plus chaud que le corps que je viens de quitter.

Alors immanquablement c'est le Requiem de Mozart que je verse dans mes oreilles.

Sur l'Agnus dei, j'enfile des perles de rire pour mieux cacher ma peine.
Le confutatis me bouleverse. Plus maudite que jamais je traverse la nuit, je traverse ma vie, sans rien y comprendre. En emportant avec moi ce corps trop ardent. Si ardent que je cavale dans les ténèbres, je l'essouffle dans l'ombre, je voltige sous la lune.

Dies irae. Je n'ai plus de colère, juste une grande détresse. Leurs yeux ne me voient pas ; ils ne sont que les sentinelles de leurs mains, celles que je quête aussi. On ne m'aimera plus jamais. J'ai fait un rempart de mon corps. Kilomètre après kilomètre, il est plus endurci que jamais. Il est ma force, mon pavois. Ils ne voient que lui.

A quatre heures tout est noir.
Il ne reste sous mes yeux que ce gadget à deux balles qui clignote dans la nuit.
Une chandelle dont la flamme aussi électrique que pitoyable tremblote sur une tombe dévorée de bondieuseries criardes. On entend presque glapir une prière.

Sa tombe est noire.
Les fleurs ont crevé.

Et moi kilomètres après kilomètres je continue, j'allonge les foulées, je fais plier ce corps qui a l'affront de lui survivre, qui a l'affront d'avoir faim. Et surtout de s'abreuver avec autant de facilité.

Lacrimosa. Rentrer chez soi. Rentrer se terrer.
Faire des projets.
Repartir, kilomètres après kilomètres.
demain ce sera 5 à petits pas.
Et bientôt tant leur succéderont.

Ils sont la seule route que je parviens à tracer...
Ils sont aussi les seuls à savoir me consoler. Mon corps est bien trop dur désormais pour attirer la tendresse. Je ne l'ai jamais beaucoup aimé, ça tombe bien...

dimanche 24 février 2008

La fissuration du myocrade

J'ai plus de tendresse pour les défauts d'une armure que de respect pour l'acier qui la compose.
De place en place, par eux on y apprend l'autre.
De loin en loin, je préfère toujours l'humain à l'airain.
De temps en temps, on se surprend à s'y attacher.
Mais parfois il se trouve une craquelure qui vous glace.
Une écornure qui suinte l'indigne.
Une éraflure qui devient blessure.
Une éraflure qui devient fêlure.

A moins qu'elle ne soit tout aussi banale que celles qui la précèdent.
Si ce n'est qu'elle laisse simplement entrer le jour, et permet désormais d'y voir plus clair.

dimanche 30 décembre 2007

la pertinence de mes dragons

Ils se font parfois si taiseux que j'en viens à les croire vaincus.
Je m'autorise alors un ersatz de confiance, un succédané d'espérance, de celle qui vous permettre de goûter à peu près l'instant.
Et comme je souffre d'enthousiasme chronique — non, ce n'est pas contradictoire, vous pouvez me croire — je trouve que la vie est jolie, même ainsi...
Ils ouvrent un œil de temps en temps. Sachant combien il est dangereux de les nourrir, alors je me détourne d'eux.
Ce que j'aime moi ce sont les rires ! Pas le feu...
C'est souvent quand je m'y attend le moins, quand je m'installe avec une certaine mollesse dans un relatif et incertain confort qu'ils se soulèvent comme on se révolte : avec brutalité et démesure.
Les doutes se font alors tortures, les détails deviennent infâmies, la lumière devient nuit.
Il me faudra des jours pour les faire taire.
Mais se feront alors si taiseux que j'en viendrais à les croire vaincus...

Ma vie suggère le contraire, mais j'ai horreur des drames, des larmes, et même des conflits.
J'ai juste ma colère et mes dragons.
Si la première m'ôte toute perception de douleur, les seconds me transportent en enfer.

Sauf que j'ai compris désormais qu'ils sont mes sentinelles.
Et lorsqu'ils tonnent, ils sont avant tout semonce.

Je les crains plus que tout.
Mais il est peut-être temps de savoir les entendre pour enfin les dompter...

mardi 26 juin 2007

Dialogue avec sa fille

- Maman, tu sais que tu es une maman géniale ?

- Non ma cocotte ! je n'ai rien d'une maman géniale, j'ai simplement une petite fille exceptionnelle. Et tu sais le propre des gens exceptionnels c'est de rayonner, de briller comme des soleils. En réalité je n'ai absolument rien d'une maman géniale, non mais tu es si merveilleuse que tu éclabousses tous ceux que tu aimes de ton génie. Tu donnes tout simplement envie aux gens d'être meilleurs qu'ils ne sont !

- Maman, tu crois qu'un jour tu te remarieras ?

- Je ne sais pas ma cocotte, je ne crois pas, non. Je n'en ai aucune envie. Mais je sais aussi que dans la vie l'on est jamais certain de rien et surtout pas de ce qu'elle nous réserve. En mal. Mais aussi en bien. Ce que je sais pourtant c'est que ton Papa, c'était lui l'homme de ma vie.  Je le sais du plus profond de mon être. Ce n'est pas même une certitude. C'est une évidence. (...)

- La preuve c'est que j'ai trois enfants géniaux !



Une évidence... Et puis, en écrivant ces mots, toute seule devant mon VAIO, sans ma fille devant laquelle je fais bonne figure, j'éclate soudain en sanglots. Parce qu'on a beau faire la faraude ça fait encore un putain mal de chien. Et j'aimerai parfois croire que dieu existe pour lui vomir ma peine et ma colère. Encore une fois... 

lundi 18 juin 2007

La vie n'est pas un long fleuve tranquille...

Il faut que je trouve une vis qui tienne... C'est la plaie des vélos la visserie... On se casse la tête pour trouver LE siège enfant haute sécurité mais ce n'est jamais le harnais qui vous fait défaut... c'est la petite vis du porte bagage sur lequel il est fixé qui se fait la malle... Elle en a eu marre des pavés. Et aussi des insultes. J'en ai marre de me faire insulter par des piétons mécontents des aménagements cyclables... Aujourd'hui j'ai craqué. Je suis devenue comme eux. Je ne suis pas très fière. Mais Tarquinet a tant pleuré ce weekend. C'est désarmant un enfant qui pleure "pour rien". C'est terrifiant un enfant qui pleure "pour rien". Et c'est très culpabilisant... Alors ce soir, j'étais pressé de le voir. Et il était déjà trop tard. Evidemment. Trop tard pour lui montrer que ce soir, précisément ce soir, précisément pour lui, j'allais rentrer plus tôt. Et puis vérifier ses devoirs, et puis m'enquérir de lui. Le temps qu'il faut. Lui consacrer quelques instants de plus que les quotidiennes millisecondes qu'il dispute à ses frère et soeur. Sauf que j'avais raté mon coup... Encore une belle résolution qui passe à trépas. Je suis pétrie de belles résolutions. Ma vie est tapissée de belles résolutions qui ne font que mourir les unes après les autres. Certaines dans des grands splaoutch. Mais la plupart s'éteignent en silence moisi, dans l'odeur douceâtre des purulences furtives. Une collection qui s'anime la nuit. Bref, je me serais foutue des baffes... Appuyer sur ses pédales avec obstination me semblait être la seule fuite admissible. Alors je m'y employais quand j'ai avisé trois personnes qui marchait sur cette piste hasardeuse. Je me signale d'un ding. Coup d'oeil en arrière de l'une d'elle qui se déporte en signalant aux deux autres ce surprenant aménagement urbain : Mazette ! Une piste ici ! De dos, je lui fait le crédit d'une vingtaine d'année. Sans se retourner celle-ci s'est carrée dans sa paire de fessiers bien décidée à occuper le terrain... à jouir du sentiment d'exister aussi... dans son jean et sa démarche empruntés d'une Roselyne Groseille... Alors je n'ai eu d'autre choix que de la doubler en la bousculant. Avant de me retourner et de lui lancer un méprisant "gros tas". J'ai décoché aux abîmes qui me surplombaient une silencieuse excuse vers mon feu mari, homme confortable s'il en était et désormais douillet devant l'éternel... avant de me réjouir d'avoir entraperçu combien l'outrage était cuisant. Pas très glorieux, je le concède. Et éminemment facile. Sauf que l'on ne m'ôtera pas de l'idée qu'avant d'emmerder volontairement de paisibles mères de famille qui n'ont pour l'heure d'autre préoccupations que de consoler leurs moutards, il faut peut-être en mesurer les risques... Et que nous ne sommes pas toutes des Marielle Le Quesnoy... Bon, il faut que je répare mon vélo... Trouver la vis... C'est forcé ! Tarquinou doit pouvoir s'y asseoir en toute sécurité demain à la première heure. Et.. et... et...

mardi 22 mai 2007

Mots d'insomnie

Autosuffisance — Un vélo pour détaler à tout heure du jour ou de la nuit. Des sacs— profonds et lourds — dont on ne laisse à quiconque le soin de porter— évidemment. Dont on se recouvre comme pour se protéger. Des sacs pour n'avoir besoin de rien. Surtout ne rien demander ! Prête à s'abreuver de poudre d'escampette. Illusion peut-être. J'ai parfaitement conscience d'avoir raté la marche d'un train de la dernière heure quand l'alerte était tonitruante. Je sais désormais que se tenir prête à la fuite ne signifie pas qu'on s'avise correctement du danger... Et puis il y a les coups qu'on ne peut esquiver, ceux qui vous arrivent en pleine poire, foudroyants et imparables... Pas envie de m'y frotter ce soir. Fi du passé. J'ai déjà trop à faire pour parquer ma mélancolie.

Amoralité
Caractère de ce qui est amoral, au-delà de toute distinction entre le bien et le mal — Moral en maraude. Pour rien. Pour ce taxi. Pour les siens aussi. Et puis elle me taraude cette envie de m'ensauver, de me dérater, de détaler à toutes jambes ! Six semaines d'arrêt... que c'est long. Moi j'ai envie de m'oublier, de m'abîmer, de me brûler les ailes en brûlant le pavé. Moral en fraude, en contrefaçon. Envie de me débiner. Et un peu de respirer la vie à plein poumons. Parce qu'elle recèle encore quelques butins. J'en suis certaine. Et si ce soir j'ai friponné quelques pleurs, ce n'était qu'une oscillation. Pas une récidive des peines écoulées. Non... J'ai les yeux trop braqués sur la proue pour les tourner vers la poupe.

VerveVx. ,,Caprice, bizarrerie, fantaisie — Inspiration vive et chaleureuse, imagination créatrice. — Poser mes sacs ... je ne sais pas... Un instant seulement, un instant peut-être. Et si ce n'est pas voguer c'est toujours tourner les yeux vers l'horizon. Tant que mon vélo n'est pas loin... pourquoi pas ?

Refuge d'insomnie : Erik Satie — Œuvres pour piano — Gnossienne n°1.

dimanche 6 mai 2007

Quand il ne faut pas braver le pistolet de départ... ou bien si.

Le nez dans le guidon. Pour ne pas s'arrêter, pour ne pas lever le nez et surtout ne pas se retourner.
Le rythme est quasiment constant et si rassurant...

Pour une raison que je ne comprends pas bien, hier matin j'ai mis les freins. J'ai ralenti et même posé un pied à terre. Pas longtemps mais suffisamment pour jeter les yeux derrière moi.

Peut-être pour mesurer la distance parcourue
Peut-être que je me croyais suffisamment loin pour être hors de danger.
Peut-être aussi que j'étais fatiguée et que j'ai eu envie de me reposer quelques instants.

Alors j'ai tourné la tête.
Mais ce n'est pas le chemin écoulé que j'ai contemplé. Non, soudainement c'est sur la ligne de départ que je me suis retrouvée, envahie par les émotions qui vous vrillent les tripes quand vous n'avez d'autre choix de vous aligner et de tenter de combattre.

Elle m'a pris à la gorge encore une fois.
La peur.
La peur qui me dévorait.
La peur qui hantait mes nuits et mes journées.
La peur qui me tordait aussi sourde que puissante, aussi coite que vorace.
La peur qui fait vomir
La peur qu'on tait à tout prix parce qu'il n'y a pas d'autre choix que de la subir, pas d'autre choix que de serrer les dents et d'avancer, même dans le plus sombre des cauchemars.
La peur qu'on nie mais qui vous ravage silencieusement.

Jamais je ne l'aurais avouée.
Je ne pouvais pas perdre.
La peur de plomb, la peur qui plombe.
Moi l'expansive, moi l'ostensible, je ne me souviens pas avoir jamais dit la terreur qui me tenaillait.

Et puis hier en tournant innocemment les yeux, je me suis retrouvée face à elle. Elle que j'avais mis tant d'obstination à nier, elle si forte quand je croyais l'avoir oubliée.
Je me suis recroquevillée sous la couette, estomaquée, assommée. J'ai replié mon corps pour offrir le moins d'aspérités.
Car on ne combat pas cette peur là, on fuit en priant pour qu'elle vous laisse en paix.

Impuissante ironie, hier tu n'as pas suffit.

Oui, je crois que l'innommable, l'abject c'était la peur avec laquelle je vivais.
La peur de comprendre, la peur des cris qui résonnent dans la nuit, la peur des sirènes, la peur... , la peur de leur pleurs... , la peur ... Et faire face et tenir. Et... et... et la peur qui ne vous lâche plus, même quand tout a disparu, la peur de sa vie... Et puis la peur pour seul avenir, celle-là elle vous cueille quand vous êtes déjà à terre et elle vous lamine au plus profond...

Et quand on a repris quelques souffles remonter sur sa selle. Et filer loin. Histoire de s'en moquer. Bravades, peut-être. Mais il est des temps dans la vie où les bravades sont la seule chose qui vous restent. Et dans ces moments-là les bravades sont précieuses...

samedi 17 février 2007

Variations et fugue d'un dragon mélomane

Les clichés ont ceci de particulier qu'ils trimballent des évidences qui n'en sont que pour celui qui en est convaincu mais que l'on est bien impuissant à combattre, faute de les partager... Peste que cela est confus ! Il faut dire que j'ai parfois du mal à y voir clair moi-même. Parfois j'en viens à me demander si je ne devrais pas laisser la Tarquine être un personnage de roman. Lui dresser une autre vie, une dont je serais bien certaine qu'elle n'est pas moi. La faire entrer dans la fiction pour laisser l'autre exister.
Mais je sais trop bien que cela n'y changerait rien.
C'est bien trop humain.
On s'avise de l'autre en le mettant dans des cases. En lui imputant ce que sa condition démontre.
Et je suis sans doute comme les autres.
Mais qu'est-ce que j'en ai soupé de ces vérités implacables qu'on vous plaque au prétexte de votre propre histoire !
Qu'est-ce qu'ils me fatiguent ces postulats dont on brosse hâtivement ma vie sans se soucier un seul instant de leur réalité.
Car par principe une évidence ne se met pas en doute, elle est acquise avant même que vous ne puissiez la combattre.
Que ressentaient-ces femmes qui prêtaient serment et administraient en toute liberté, toute indépendance les affaires de leurs clients mais qui, parallèlement étaient considérées de par la loi comme des incapables ne pouvant agir pour les biens de leur propre ménage que sous la tutelle de leur mari ?
J'ai souvent pensé à elles quand du jour où je l'ai perdu, certains doutaient même du fait que je sache remplir par moi-même un formulaire. Proposer son aide à tout prix pour trouver un remède au vide que l'on ne sait combattre, pour être gentil, parce que l'on ne sait pas quoi faire, alors on propose n'importe quoi. Je disais non gentiment. Je disais non tout le temps. Je ne voulais pas que l'on me dépossède de ma vie. Non j'étais toujours la même éprise d'indépendance. Non je n'avais besoin de personne pour élever mes enfants. Non il n'était pas question que quiconque déménage. Non je ne revendrais pas cette énorme bagnole que je n'avais jamais conduite et que j'étais même infoutue de sortir du parking. J'apprendrais. Non je n'arrêterai pas de faire de la bicyclette au prétexte que maintenant c'est trop dangereux. Ce n'est pas parce que mon quartier compte dorénavant un conducteur de moins que le danger est plus grand... Et tu ne vas pas arrêter de fumer maintenant ? Tu vas te démolir, il vient juste de mourir. Et puis tu ne pourras jamais tenir : ta mère est en train de mourir ! Mais avoir envie d'une clope, envie à en pleurer, cela ne pourra que me changer les idées ! Cela me divertira de cet endroit où je ne veux pas me noyer ! Et puis si je ne n'y parviens pas, nul ne s'en souciera. Et même aujourd'hui quand j'ai encore envie de cloper, je sais que c'est la meilleure chose qui peut m'arriver : c'est que la mélancolie n'est pas très loin. Penser à combattre me convient mieux que de me laisser y glisser.
Et puis, arrêter de travailler.
Et puis j'aurais de nouveaux parents puisque les miens n'étaient plus.
Et puis ma famille m'entourerait de son affection.
Et puis je n'aimerai plus jamais.
Et puis je vois un père dans tous ceux qui pourraient entrer dans mes draps. Histoire de caser mes trois marmots et de leur offrir un substitut à ce qu'ils ont perdu.


J'ai rayé ma bagnole (pas trop) et je ne la gare pas toujours très bien mais j'aime y chanter à tue-tête avec mes enfant sans même plus penser au fait que je n'en avais jamais tenu le volant. Mon travail m'a apporté la plus belle chose qui me soit arrivée depuis la mort de mon mari. Un truc qui me fait battre le coeur plus que je ne l'aurais jamais imaginé. Je fuis dorénavant comme la peste tout ce qui ressemble de près de loin à une famille. Aimez-vous entre vous. J'en suis profondément admirative. Je vous envie même un peu. Mais ne me demandez jamais d'être ailleurs qu'à son aphélie. Là où plus jamais on ne me fera du mal. Bien trop loin pour que je sois blessée par ses impérities. Et puis il se trouve aussi que sans doute terriblement abusive je n'ai pas du tout envie de partager mes enfants. J'en ai soupé trois mois. Cela m'est insupportable. Je ne comprends pas bien pourquoi. Je devine confusément que cela m'est aussi intolérable que lorsque quelqu'un s'est avisé de prendre la place de mon propre père. J'ai rué. De toute mes forces. Et puis j'ai même aimé de nouveau. Un sale con. Pas un con de dépit. Non, un vrai de vrai, un à la bêtise plus épaisse que la couche de nutella que Tarquinou étale sur ses pains au lait ! Mais je l'ai aimé quand même... Même que j'en suis pas fière... Qu'ils me dégoûtent ces regards qui ne voient que le vide. Un grand vide dans leur schéma bien étriqué. Le vide de ma vie et la place de leur nombril. Et moi je tombe toujours des nues. Je ne vois rien. J'apprendrais peut-être un jour à comprendre que ce qui est évident pour moi, ne l'est pas pour les autres. Regarder le monde à travers mon appareil photo n'est pas un mauvais choix. Quand j'enlève le prisme, j'ai l'impression d'être une martienne : je ne suis pas la somme des clichés dont on m'a tiré le portrait !  Las, on ne soulignera jamais assez l'extrême solitude du dragon pusillanime... 



Je n'ai foutrement aucune idée de savoir si ce billet sera encore en ligne demain...



Ces scribouillages sont librement inspirés des suites pour violoncelle de Bach dont il faut bien admettre qu'elles constituent l'une des merveilles que nous offre la vie terrestre (moi je ne crois pas au Paradis). Tous mes remerciements à Monsieur Anner Byslma qui s'en est fait le talentueux truchement.



Et je rajoute en toute illégalité, à la demande de Vroumette à qui je ne sais rien refuser, un extrait de cette divine ambroisie :



Johann Sebastian Bach — Suite for solo cello No. 5 in C minor, BWV 1011: Prelude — Anner Byslma



samedi 10 février 2007

Suave mari magno

Dernier étage et la pluie qui s'abat sur le toit, tapageuse, venteuse et impérieuse. Depuis la chaleur de mon lit je me réjouis d'être plus plus frileuse que jamais.
Je ne parviens pourtant pas à déterminer si cette pluie ne serait pas encore plus jubilatoire en pédalant sous ses traits ! Se couvrir d'eau et noyer sa sueur. Comme au temps des dimanche matin lorsque l'on allait détaler en forêt.

Et puis l'odeur de mon oreiller.
L'arôme sucré des mouillés. Celui-là même que Philomène m'enviait tant ; tant et si bien qu'elle me les dérobait effrontément !
Inavouable péché de ceux qui savent encore apprécier le parfum organique d'un doudou, d'un nin-nin ou d'un cou, je ne vois pas bien au nom de quoi je cesserai d'y goûter.

Moulin à café. Grains noirs et luisants.
Grains moulus dont la poussière s'accrochent au bout des doigts.

Mes enfants sont là et je suis là pour eux.
Et confusément, il y a une petite voix qui me chantonne que non, décidément, je n'ai besoin de personne.

Suave mari magno, loc. subst. [P. allus. à LUCRÈCE, De natura rerum, livre II, 1] Très doux sentiment de quiétude, de délectation que l'on éprouve lorsqu'on se sent à l'abri de l'agitation, d'un ennui, d'un danger. Tous les dimanches soirs nous entendions, à peu de distance, le bruit (...) du bal des Marronniers. J'aimais assez cela; c'était un plaisir dans le genre du Suave mari magno (MICHELET, Memor., 1822, p. 208). Le suave mari magno que nous éprouvons, au milieu d'un bon dîner, à nous souvenir d'aussi terribles soirées (PROUST, Guermantes 1, 1920, p. 490).

mardi 6 février 2007

Les mots qu'on couche et puis qu'on biffe

Si j'ai l'écriture vive et rageuse, ceux-là je les trace toujours lentement, pour une fois généreuse avec le temps que je leur consacre. Ceux-là je ne les crache pas, je ne les griffe pas d'une plume aussi encolérée que crissante. Ces mots-là je les couche méthodiquement sur le papier, je les aligne l'un après l'autre d'un trait toujours manuscrit que je m'applique à rendre le plus épais possible. Crayon gras, encre fluide ou stylet large, quelque soit le support et l'instrument que j'use, chaque mot sera dessiné plus que jeté, qui sur la feuille, qui sur l'écran. Comme ces phrases d'une heure au relief creusé dans le sable et offertes à la mer qui viendra les engloutir.
Car qu'ils soient timides et chuchotés, qu'ils soient pleins ou déliés,  dès lors qu'ils sont, ils seront irrémédiablement biffés de rayures fines, méthodiques et fatales.

Chaque lettre deviendra secrète
Chaque mot sera anéanti
Chaque phrase rejoindra le néant.

Je ne les lisse que pour mieux les dévaster.
Mots en l'air, sans queue ni tête. Parfois paradigme, souvent rengaine.

Ils ne seront livrés qu'un instant avant d'être sabrés, minutieusement, sans parvenir à déterminer si je prends plus de plaisir à les écrire qu'à les détruire.

Ils sont l'évidence dont on va se persuader, le désir qu'on ose enfin confesser ou la crainte que l'on voudrait juguler à tout jamais.
Ils sont les mots que l'on ne prononce jamais mais que dans le silence, on aime à tracer avant de les réduire en cendre.

Peut-être pour se persuader qu'on existe, ou pour tuer le temps, ou pour rien.
Juste pour rien — Pour une fois, juste pour rien précisément ...

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