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mercredi 18 octobre 2006

Brouillard

des vaches dans le brouillard



Brouillard qui brouille et qui mouille un peu. Partout. Même à l'intérieur.



On verra bien si le soleil se lève un jour...



Il faudra bien.



Depuis trois ans, il fait déjà plus clair.



Mais j'aime tant la lumière...



mardi 1 août 2006

La clope et mon Canon ou le désamour et l'attachement

Mon premier Canon est revenu.
Je pensais pouvoir m'en défaire.
Je pensais que le second me ferait oublier le premier.
Mon premier Canon c'est ma victoire sur la clope.
C'est le cadeau dont j'avais toujours rêvé.
C'est une folle équipée à la FNAC un samedi de fin d'année.
Le métro avec trois mômes en goguette.
Le petit dernier dans une poussette que je saisissais à bras le corps malgré mes paquets, déclinant avec une rare opiniâtreté toute proposition de partager mon fardeau à chaque franchissement d'escaliers.
Mon premier Canon c'est un an sans la moindre cigarette.
C'est l'incroyable pari que j'avais pris entre la mort de mon mari et celle de ma mère.
Moi qui n'avait jamais de ma vie arrêté de fumer plus longtemps qu'une nuit de sommeil.
Moi qui avait fumé comme un pompier jusqu'au terme de toutes mes grossesses sans avoir pu y trouver la nécessaire motivation de cesser.
Moi qui m'étais levée à la force des poignets à peine une heure après avoir accouché.
Moi qui traversée par une sonde dans un lit d'hôpital, avec la formelle interdiction d'en sortir, avait tellement dérouté le personnel médical qu'ils y ont fait, quatre jours durant, semblant de ne pas m'y voir cloper,
Moi qui était tétanisée à l'idée de me passer de cette fumée sans laquelle je ne savais plus exister, depuis plus de 22 ans.
Mon mari avait su me convaincre d'affronter son arrêt.
Nous avions programmé d'arrêter ensemble en octobre.
Il est mort sans prévenir en septembre.
Pourtant un dimanche d'octobre j'ai écrasé ma clope dans un cendrier et puis j'ai pris ma voiture,
Je suis allée dans un vague hôpital de banlieue
Je me suis assise près d'une femme méconnaissable.
Méconnaissable même pour ses enfants.
Je lui ai juste dit que j'avais arrêté de fumer.
Elle m'a juste dit : C'est bien ma fille.
C'était le dernier jour où je l'ai vu, le dernier jour où je lui ai parlé.
Le cancer l'a emporté loin d'ici.
Mon premier Canon c'est tout cela réuni.
C'est d'avoir tenu cette promesse muette.
Celle faite à mon mari, celle faite à ma maman,
Alors j'ai pris un câble.
J'ai uni Canon et VAIO.
Et j'ai remis mon nom dans l'appareil photo.
Le nom qui apparaît dans tous les fichiers exif.
Je pensais m'en défaire.
Mais pas ainsi.
Pas comme ça.
Pas sans rien.
Pas maintenant.

vendredi 28 juillet 2006

Quand la nuit s'étire...

Il suffit de le réclamer à corps et à cris et le voilà qui fuit.
Alors j'écoute la nuit et je guette la silhouette des moustiques qui viennent se cogner à la lumière de mon écran.
J'essaye de ne pas penser à cette écrasante température, qui m'indiffère assez si ce n'est qu'elle me rappelle 2003. L'année où tout a basculé.
Un moustique vient de prélever sa dîme sur le petit orteil de mon pied droit.
Il me distrait un instant de cette sirène de SAMU que je ne cesse d'entendre retentir.

J'ai menti à tout le monde.
Et d'abord à lui-même.
Tout le monde se rassurait de me voir y croire.
Moi qui en avait tant vu dans mes dossiers de ces hémorragies cérébrales.
Moi qui était la seule à comprendre ce qu'ils me disaient, les termes étaient si compliqués.
Ils savaient pourtant que je savais. Je savais qu'ils savaient.
Ils ne m'ont jamais menti. Et je leur en ai toujours su gré.
Mais personne ne le voyait.
Je n'ai pas travesti la réalité. Simplement, je n'ai pas exprimé les non-dits.
Et déjà j'ai cultivé ma solitude.
Ils voulaient tellement y croire.
Moi aussi. Tellement que je ne voulais même pas briser leur espoir.

J'ai pas partagé ma peine.
Il n'y avait qu'à lui que je savais confier mes chagrins.
Lui il s'en foutait que je sois solide ou non. Il me prenait juste dans ses bras et me serrait à me rompre. Il n'aimait pas voir les gens malheureux. Et moi, moins que quiconque.
J'ai pas partagé ma peine.
Et je sais bien que je ne le ferai jamais.
Je ne suis pas même certaine de savoir encore partager un chagrin quel qu'il soit...
Je ne crois pas.

mardi 18 juillet 2006

Souveraine et lotophage ou l'improbable illusion.

On a toujours le choix.
On a le choix de ne pas subir.
On a même celui de rester maître de sa vie.
Même face à l'innommable. Je le sais.
Alors parfois, je ferais bien de m'en souvenir plutôt que de laisser mes démons me gouverner.



J'ai nettoyé mon ordinateur.
J'ai vidé mes téléphones portables.



Pour l'heure je laisse sans plus de manière mon épuisement et ma lassitude combattre ma mémoire vive.
Et peu m'importe de savoir ce qu'il ressortira de ce duel.
Je suis bien trop rompue pour m'en préoccuper.

Brisée à nager dans un univers trop incertain pour moi.
Les écheveaux ténébreux font de moi un être si tourmenté qu'il devient intolérable à moi-même.
Alors je ne suis plus.



J'ai nettoyé mon ordinateur.
J'ai vidé mes téléphones portables.



Je vais déjà me souvenir d'où je viens.
Du chemin que j'ai fait.
Mais surtout de ces souffrances qu'on oublie jamais tout à fait.
Alors de ridicule mes paniques vont se couvrir.
Sans doute. Peut-être.



Et puis, Tarquinou avec un à propos qui n'appartient qu'à lui me déclame soudain que je suis « la plus belle des mamans +.
En rajoutant qu'il est mon amoureux.
- Je ne sais plus qui est mon amoureux, Tarquinou.
- Mais je sais que ce ne sera jamais toi.
- Toi tu es bien plus que cela mon amour.



Je vais déjà me souvenir d'où je viens.
Je vais aussi m'emparer de cette insondable lassitude.
Je vais m'y engloutir.
Je vais m'y dérober.
Je vais fuir.
Un instant ou plus longtemps. Je ne sais.
Là il me faut survivre.
Après je réapprendrai à sourire, peut-être à rire, et puis peut-être qu'un jour je saurais vivre loin des énigmes que j'abomine autant qu'elles me minent.
Cela m'est déjà arrivé.
Un temps seulement.



- Oui Tarquinou, je pleure pour papa.
- Je pleure aussi pour lui.



mardi 11 juillet 2006

Les murs, qu'on dresse et ceux qu'on contourne ... ou non.

MUR, subst. masc.
A. 1. Ouvrage de maçonnerie vertical (parfois oblique), d'épaisseur et de hauteur variable, formé de pierres, de briques, de moellons superposés et liés par du mortier ou du ciment, et élevé sur une certaine longueur pour constituer le côté d'un bâtiment, enclore ou séparer des espaces, soutenir et supporter des charges.

Battre les murs (fam., vieilli). ,Vaciller d'un côté à l'autre de la rue comme un homme ivre`` (LITTRÉ, DG).
Faire les pieds au mur. Se tenir en équilibre sur les mains, les pieds reposant contre le mur.
Être au pied du mur. Être acculé à prendre une décision, être contraint d'agir.
Être logé entre quatre murs (fam.). Être enfermé, mis en prison.
Être, se trouver le dos au mur. Être dans l'impossibilité de fuir, de reculer, d'échapper à une situation. 
Se cogner, se taper la tête contre les murs. Se désespérer.
C'est à se taper la tête contre les murs/un mur! (fam.). C'est impossible, impensable. Dans quoi nous sommes-nous fourrés! C'est à se taper la tête contre les murs! (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 137).

B. 2. Ce qui forme un obstacle infranchissable, ou sépare des personnes, empêche la communication.
Un mur, un mur! Avoir le sentiment que l'on est devant un mur très haut, très lisse, très épais, et que ce mur-là, c'est l'avenir, et qu'on ne peut ni l'escalader, ni le renverser, ni le percer.
DUHAMEL, Confess. min., 1920, p. 104.

Mur d'airain, mur de séparation ou simplement mur. ,Causes qui divisent deux personnes et empêchent qu'elles ne puissent se rapprocher, se réunir. Il y a un mur entre ces deux hommes`` (Ac. 1935).

Mais aussi :
Ce qui protège, isole, défend. Vivre derrière un mur :
. ... il n'est pas d'amants qu'on ne trouve occupés, acharnés à tuer l'amour, tâchant de le borner, de se l'approprier, de lui donner des murs. G. BATAILLE, Exp. int., 1943, p. 213.
Mur de la vie privée. Secret, discrétion qui entoure la vie privée. Franchissons le mur de la vie privée, de la vie la plus privée, celui du cabinet de toilette (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 42).


Mais moi ce que je redoute et me répète en pleurant ce soir n'est pas même défini par cet article... Aller dans le mur... Aller dans le mur ou pire attendre qu'il vienne à moi sans même me donner l'illusion d'agir ne serait-ce même que pour avancer vers lui. Comme si toute forme de vie autre que végétative m'était interdite. Moi qui ne déteste rien dans la vie que de rester les bras ballants on peut dire que j'ai un don inné pour la souffrance...

mardi 27 juin 2006

Panique et ouragan

Il y a des gens qui crient dehors.
Je ne sais même pas si c'est de dépit ou de joie.
Et moi, je sens la terre qui s'ouvre sous mes pieds.
Je ne sais plus quoi croire.
Je ne sais plus qui croire.
J'ai l'impression que la vie n'est qu'un attrape-nigaud.
Si elle se met à briller c'est donc pour mieux me broyer ?
Jamais donc je ne pourrais croire en elle ?
Quel invraisemblable prix faut-il donc payer pour pouvoir avoir confiance ?
Juste confiance, juste une fois, pour une fois...
Il y a des gens qui crient dehors.
Qu'ils crient de dépit ou qu'ils crient de joie n'y changera rien.
Moi j'ai mal à hurler.



Ce billet mis hors ligne peu après avoir été posté, est finalement réhabilité, non en raison de l'actualité mais de sa présence et de son référencement dans moults agrégateurs...

dimanche 25 juin 2006

Vie, magie et baguette, par le petit bout de la lorgnette.

Tarquinette où la sorcière tenant une baguette

A défaut d'avoir en main la baguette magique qui me fait tant défaut aujourd'hui, j'ai fait la folie d'acquérir ce qui me permet de capturer celle tenue par mes enfants.
Et à l'heure où les nuages sont si bas je sais combien il m'est important cet écran que je tends devant moi.
Moi qui ne déteste rien au monde que de rester les bras ballants, le cœur en écharpe et le silence pour seule attitude décente, qu'il va m'être précieux ce prisme électronique...

vendredi 23 juin 2006

Stabat Mater Dolorosa

Au début je pensais que c'était son immensité qui me dérangeait.
Et puis j'ai découvert que c'était sa vacuité.
C'était ma viduité.
Celle qu'on ne peut pas tromper.
Celle qui vous tient éveillée quand la ville dort.
Alors j'ai réalisé d'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours recherché, à la nuit tombée, un souffle chaud contre lequel je pourrais fermer les yeux.
Je me suis souvenue des expéditions folles avec Zomozygote où chaque nuit, quasiment sans exception, nos oreillers respectifs sous le bras, nous partions investir le grand lit des parents tellement épuisés par nos réveils nocturnes qu'ils n'avaient plus la force d'affronter nos pleurs si par malheur ils nous en chassaient.
Je me suis souvenue que plus tard, au prétexte de partager nos lectures et leurs fous rire, nous nous endormions quasiment le nez dans le bouquin de l'autre posés si prêts l'un de l'autre que leurs couvertures s'enchâssaient.
Je me suis souvenue que jamais je ne me suis endormie contre Tarquin sans venir me coller à son corps tout rond, venant lui soutirer la chaleur et la tendresse dont il était si généreux à mon égard.
Et puis, confrontée brutalement au silence de ce grand lit glacial, de frileuse patentée, je me suis soudain congelée, autant de froid que d'effroi.

Alors a commencé la longue suite des stratégies pour ne pas m'abrutir de cachets.
Au début il était si grand, ce lit, que je refusais d'y dormir.
Durant des mois, j'ai baissé l'inconfortable canapé devant la télé et je me suis noyée de tout ce que mon appartement comportait de cassettes vidéos. Quand j'avais de la chance je n'en voyais pas la fin : Morphée m'avait cueilli avant.
Et puis, un jour enfin, j'ai affronté la vacuité de mon propre lit, le second oreiller surnuméraire et la couleur des draps qu'il avait choisis.
Mais seule, je ne pouvais pas.
Comme je ne voulais pas m'emparer du sommeil de mes Tarquinets pour m'y aspirer et m'y consoler, j'ai fait une place à mon Tarquari qui rappliquait ventre à terre dès la première larme perlée.
Et comme cela ne suffisait pas encore, j'ai rempli mon PDA de tout ce que j'ai pu trouver de comiques français.
Alors les écouteurs sur les oreilles, j'ai passé en boucle tous les disques de Desproges, des Sketch de Muriel Robin ou des extrait de Luis Rego ; jusqu'à épuisement, jusqu'à ce que mes paupières soient du plomb que mon esprit soit du coton et mon corps un espèce de bout de chiffon ou ne persistait plus la moindre parcelle de volonté. Il me fallait sombrer comme on saborde le navire.
Cependant, ce moyen là fût par trop vite élimé : pour parvenir, dans la journée, à mettre un pied devant de l'autre sans ouvrir les yeux, je répétais, dès le lendemain matin, la même opération en marchant dans la rue, écouteurs aussi assourdissants qu'aveuglant vissés sur les oreilles.
Alors j'ai connu bientôt chaque respiration, chaque applaudissement, chaque hésitation et il m'a fallût songer à de nouvelles dérobades.
Un VAIO tout chaud à la place où dormait Tarquin fût le remède onéreux mais définitif à mes courses poursuites.
S'y déverse DVD, stations de radio ou articles de presse qui viendront me procurer l'illusion d'une présence, d'une chaleur, d'une raison de ne pas fuir cet immense lit vide.
Plus tard, j'ai même réussi à y écouter quelques morceaux de musique et nouveauté, à me caler contre lui tout en lisant les pages de quelques romans où je m'endormais impérieusement entre deux phrases. Ce n'était certes pas la panacée mais je pouvais clamer haut et fort que j'avais vaincu  la guerre des cachets et quand on sait la facilité avec laquelle on vous les dispense ces pilules, ma victoire ne m'en paraissait que plus belle !

Sauf que lorsqu'un soir de juin dont la température est pourtant plutôt sereine, on se retrouve soudain recroquevillée dans le coin le plus reculé de son lit à grelotter de froid enfouie sous une couette, étouffant ses frissons dans son oreiller sans rechigner à retrouver même la douceur d'un pouce poli par des années de suçotements, sans parvenir à se contenter du ronronnement qui du chat, qui du VAIO, il est vain de se voiler la face.

Elle est parfois diablement lourde cette vacuité...

Et quand on ne parvient plus à l'ignorer le mieux est encore de se l'avouer et de l'affronter.
Alors je n'ai pas éteint mon VAIO mais plutôt que de meubler encore une fois la place de celui avec lequel j'aimerai aujourd'hui passer mes nuits, j'ai laissé James Bawman me torde les tripes et me tétaniser d'envie.
Je n'ai pas de remède mais je n'ai pas envie, cette fois-ci, d'inventer de nouvelles ruses pour y échapper.
C'est toute la différence entre sa vie qu'on construit et la mort qu'on subit.


Antonion Vivaldi — Stabat Mater — Academy of Ancient Music Christopher Hogwood— James Bowman — Stabat Mater Dolorosa - Cuius animan gementem - Oquam tristis et afflicta.


Antonion Vivaldi — Concerto in sol mineur Nisi Dominus — Academy of Ancient Music Christopher Hogwood— James Bowman — Cum dederit dilectis suis somnum.

mardi 28 mars 2006

Secrets de livre

Ce soir, je cherchais à livre à raconter, à rire et à caliner.
Au milieu des ouvrages en tas et en amas, j'ai ressorti l'album photo de Papa que mes Tarquinets ont annexé avec raison.
Je l'ai ouvert et son magnifique sourire m'a sauté au visage, comme s'il était toujours là avec son humour à vous dérider une veuve et une gentillesse à vous dégoupiller n'importe quel dragon digne de ce nom.
Tarquinette, sise par terre à côté de moi s'est soudainement mise alors à balbutier qu'elle ne voulait pas croire que son papa était mort.
C'est comme s'il était là. Comme s'il allait venir.
Non ma chérie, il ne viendra plus.
Mais il t'aimait si fort qu'il t'aimera toute ta vie.
Et c'est bien normal qu'on ait l'impression qu'il n'est pas parti.
Parce qu'il nous aimait tant qu'il ne nous quittera jamais complétement.

On a regardé toutes les photographies.
Une à une.
On a raconté les blagues qu'il faisait.
On a raconté ses facéties et celles que ses Tarquinets lui faisaient.
Et puis, quand plus personne ne pleurait on a fermé l'album et il a fallut enfin choisir un livre.
Alors Tarquinou a voulu "Mille secrets de poussins" de Claude Ponti.
Tarquinet invité à choisir le passage du soir a immédiatement porté son choix sur la page 632.
Dans "Mille secrets de poussins", la page 632 est juste après la page 126 et juste avant la page 364.
A la page 632, il y a le chapitre : « Est-ce que les poussins meurent ? »
« Les poussins sont des poussins de livres, ils ne meurent jamais. C'est impossible. [...] Les poussins n'ont pas peur de la Mort, d'ailleurs, ils lui font plein de grimasques »

Milles mercis à Vroumette à qui les Tarquinets doivent ce magnifique ouvrage qui nous a fait hurler de rire ce soir  selon une méthode "brise cafard" spécial Claude Ponti :
Lire à toute vitesse en articulant parfaitement d'une voix haute, claire et sonore  une phrase longue aux noms invraissemblables.
Ponctuer chacune d'elle en exigeant que vos enfants s'écrient en choeur "oui mon colonel".
Puis les sommer de déclamer immédiatement ladite phrase sous peine des pires tortures chatouillesques.
Les fous rire sont garantis mais pas l'endormissement qui s'ensuit.

Maintenant qu'ils ont rejoint Morphée, je crois que je vais moi aussi aller retrouver le monde merveilleux de Claude Ponti.
Qui sait ? Peut-être que quelque part dans ce monde il existe un Tarquin de livres...

mardi 7 mars 2006

Ligne numéro quatre

Rentrer à point d'heure car ceux qui ont la moitié de mon âge et leur propre cheval de bataille se sont mis en travers de mon train.
Traverser une gare déserte où les lumières crues n'attirent plus l'œil sur des clinquantes richesses mais sur des rideaux de fer rouillés et des chochards transis.
Reprendre sa ligne de métro, celle qu'on a arpenté quand on avait 20 ans, le soir, la nuit,  le matin, celle qu'on connaissait si bien que selon ma destination, pour n'importe laquelle de ses stations et sans jamais me tromper je ne levais les yeux de mon livre qu'une fois la rame arrêtée.
Se souvenir que certains soirs de solitude je m'y jettais comme on prend la fuite pour aller rejoindre une librairie à l'autre bout de la ville qui m'offrirait de quoi tromper mon ennui.
Voir sa station à soi, celle des premiers amours, celle où l'on rejoignait l'appartement de l'un de ses premiers amants ; celle où plus tard et parfaitement fortuitement je louais au pied d'elle un minuscule appartement.
Y passer ses années d'étude et puis aussi l'année où l'on se décide à le partager avec celui dont on sait qu'il est l'homme de sa vie. Se souvenir des baisers qu'on échangeait sur le quai, des rires qu'on y a partaé, des regards où se lisait qu'on s'aimait.
Au terminus, songeuse et triste, la quitter à regret pour attraper son bus.
Découvrir que les chevaux de bataille se partagent à tout âge et que cet autobus ne partira point. Alors maugréant d'avoir troqué ce jour-là sa bicyclette pour un TGV, cheminer à pied mélangeant ses larmes à la pluie qui n'en finit plus de tomber.

dimanche 26 février 2006

Une décennie plus tard.

Un café au lait sans lequel mes soirées sont trop mornes. On a les douceurs qu'on peut.
Le tabac me fait bien depuis deux jours un époustouflant numéro de séduction mais je n'ai pas plus envie d'une satisfaction sans lendemain que de me préparer à une nouvelle rupture. Douces tiges empoisonnées plus vous me charmez, plus je mesure votre danger...

Un enfant malade dont je me réjouirais presque puisqu'il constitue un judicieux prétexte pour déroger à la froideur de mon lit : ce soir ma fiévreuse Tarquinette dormira avec moi. Tempétueuse qu'elle sera, je côtoierai terreurs nocturnes et bourrades sans parvenir à cesser de m'en féliciter. C'est donc que le moral est bas.

Alors je me me persuade que demain sera différent.

Mais c'est surtout d'hier dont je dois m'efforcer de détourner le regard. Ce n'est pourtant pas facile d'ignorer la décennie qui vient de s'écouler quand on fête les 10 ans de son aîné. De ma vie d'alors il ne reste quasiment rien. Souvent j'y jette un regard ahuri, comme si ce n'était pas la mienne, comme si elle était tellement loin qu'elle était hors d'atteinte.

Je pourrais faire la morbide chronologie de sa disparation. Le premier jeudi c'était mon mari. Le samedi suivant mes beaux-parents vociféraient comme des bêtes dans un appartement où nuls cris hormis des vagissements n'avaient jamais retentis. Je comprenais leur chagrin. Je comprends la colère mais pas la haine et la méchanceté et encore moins la fausseté de tenter de m'extorquer la promesse enrobée d'excuses auxquelles nul ne croyait de taire leurs insultes. Je n'aurais jamais dû prendre le parti d'oublier. On n'oublie pas qu'un jour on a dû invoquer le souvenir de son père pour ne pas se lancer dans le vide. Ils l'ont payé au prix fort et je n'en ai aucun regret, c'était le prix de ma survie. La suite s'est délitée avec la même régularité. Au troisième jeudi, maman est parti ; alors ma famille a su me montrer avec brio que nul n'était à l'abri de ces prestations aussi nulles que dramatiques. D'elle, il ne reste que ma zomozygote, le reste s'est perdu dans les cimetières et dans quelques bassesses bien senties qui, même  regrettées par ceux qui les ont prononcés m'ont appris à ne compter que sur moi-même. Qu'il est difficile de croire à la fraternité quand le seul geste dont est capable votre frère n'est pas d'être à l'enterrement de votre époux mais de vous envoyer une lettre recommandée pour préserver ses intérêts. Qu'il est douloureux  de s'entendre dire devant le cercueil de sa mère que de votre douleur on en a rien à foutre. Instants surréalistes de bêtise et de drame où l'on s'aperçoit que votre histoire d'être concomitamment veuve et orpheline, en plus de vos trois mômes à charge, suscite la jalousie en ce qu'elle estompe le chagrin de ceux qui n'en ont perdu qu'un des deux. Enfin c'est ce que j'en ai compris du fond de l'endroit où j'étais, à moins qu'il ne s'agissait que de fuir la charge que je représentais pour eux. Peu importe, cela a eu le mérite de ne pas entretenir de mensonge. J'ai vu les murs de ma vie qui tombaient l'un après l'autre et ceux sur qui je pensais pouvoir compter se dresser comme des concurrents : qui veut sa part de succession, qui veut son quota de reconnaissance post-mortem. Moi je me foutais des deux et c'était tant mieux parce que je n'étais pas état de lutter, seulement de me terrer. Je n'ai pas crié, je n'ai même pas protesté, je suis juste devenue plus solitaire que jamais.
Je m'aperçois aujourd'hui j'aurais pu faire autrement. Il m'aurait suffit de pleurer haut et fort et d'en appeler bruyamment à la pitié, à la fraternité et à la charité. Je leur aurais donné un beau prétexte pour vaincre leur gêne, effacer leurs remords. Mais la vie ne m'a pas armée ainsi. Sans aucun autre dessein que celui de parvenir à survivre, j'étais bien incapable de faire semblant d'avoir besoin d'eux. Alors c'est loin d'eux que j'ai réuni les bouts épars qui constituaient ma vie d'alors. Pas assez haineuse pour être misanthrope   mais trop échaudée pour compter sur personne d'autre que moi-même. Jamais je n'ai cédé. Jamais je n'ai appelé à l'aide, jamais je n'ai demandé du secours ou même une simple écoute. J'ai quasiment enterré le téléphone et mes amis me voient fort peu. Je ne crois pas m'être souvent plainte. J'ai pas dit à grand monde combien c'est difficile parfois d'être seule avec trois enfants, combien on a peur de ne pas être à la hauteur, de se laisser dépasser, de ne plus rien contrôler ; j'aurais eu bien trop peur que l'on prenne cela pour une demande d'entraide ou que l'on s'apitoie sur moi. Je sais bien que parfois la corde est trop tendue, que les angoisses m'étreignent et que quand j'envisage mon avenir le sommeil me fuit mais de cela, je ne me souviens pas en avoir parler à quiconque. Je ne me méfie pas des gens. Je ne suis pas spécialement suspicieuse. Je ne peux pas dire que je ne fais pas confiance. J'ai simplement appris à survivre sans offrir de prises, en craignant que s'instaure la moindre dépendance. Je n'ai fait peser sur quiconque la misère de ma vie. Et nul ne pourra me navrer comme ceux en qui je croyais l'ont déjà fait. Je donne le change en presque toutes circonstances et je ne pense pas qu'il vienne à l'esprit de qui ce soit de me plaindre.
Dix années ont fait plus que me dessiller. J'ai appris la douleur, la peur, le désenchantement, et la force aussi. Celle de n'avoir besoin de personne et de continuer à vivre malgré mes cercueils, celles de redécouvrir le monde sans les yeux de celui que j'aimais. Ma vie ne ressemble plus en rien à celle qui était la mienne une décennie avant. Et parfois le soir quand j'ai le moral en berne et que je mesure le temps passé je sais bien que le plus insupportable est de n'être plus aimée. Alors je prends un café au lait, je me félicite d'avoir un enfant malade et je vais câliner ceux que j'aime.

mardi 21 février 2006

Mauvaise grâce

Queuter toute la matinée pour aller chercher un colis.
Pas envie.
Pourtant il va être content Tarquinet de recevoir un cadeau de Papi et Mami.
Tarquinette aussi était contente quand elle l'a reçu son colis.
Pour son anniversaire à elle.
Tarquinou aussi il aime bien recevoir des colis.
Mais Tarquinou, lui, n'en a pas.
Quand c'est le jour de son anniversaire.
C'est comme ça...
Cela a au moins le mérite de me rappeler que pour être excessives mes colères n'en sont pas moins fondées.

jeudi 16 février 2006

Cambriole d'apaisement

Tarquinou

D'assoupie, ma chaudière est tombée en catalepsie s'accordant ainsi à la température de mes humeurs. A moins qu'elle n'ait que pour seul dessein que de m'offrir une judicieuse raison d'ouvrir ma couche à son petit corps chaud. Avisé de cette exceptionnelle faveur il s'écrie un enthousiaste "génial" en sautant comme un cabri. Alors charmée de ses yeux, de son sourire et de sa grâce je ne peux que lui dire que " je l'aime et que je l'aimerai toujours". Ôtant sa tétine c'est la voix aussi  grave qu'un Giscard à la télé qu'il déclame un" je teu aime  maman" me faisant croire un instant que de telle sentences se gravent dans le marbre des constitutions. Dans le friselis des gouttes de pluie qui ruisselle sur la verrière, le cœur en vrac mais si soigneuse de mon trésor, je vais doucement m'étendre contre ses trois ans et ses si précieuses certitudes profitant de son sommeil comme d'autres useraient de somnifères. Les grands lits sont tellement froids parfois.

mercredi 15 février 2006

Coeur de glace

une feuille de lierre découpée par le givre

L'insomnie à la chaudière assoupie

Une nuit qui s'étire à n'en plus finir. Peut-être pour mieux savourer les derniers soupirs de cette Saint-Valentin, pinacle de mes détestations, journée honnie entre toutes celles des réjouissances obligées et vénales, une journée, plus que toutes les autres années, ô combien détestable. Je n'ai plus que mes fantômes à aimer sans regrets, odieuse satisfaction de savoir que les larmes qu'ils suscitent ne le sont que pour le bonheur passé. Eux n'ont plus qu'à m'offrir le souvenir de leur indubitable amour, dernière certitude dont on se repaît dans la solitude des nuits sans lune. Quand la chaudière s'est tue faute de carburant et que la température descend inexorablement, cela tient toujours plus chaud qu'un présent en lambeaux où la seule source de chaleur est le souffle lent et cadencé de ses enfants endormis sous les couettes. Ne croyez pas ceux qui vous disent que le froid est un bon anesthésiant, ce sont des bonimenteurs. Même à pierre fendre, la douleur est mordante.

vendredi 27 janvier 2006

De la proximité et de son absence

D'aussi loin que je me souvienne je me suis sentie toujours loin de mes congénères. Pas très loin, pas mieux, ni moins bien. Juste un peu ailleurs. Si le décalage n'était pas très grand, il a toujours été constant. Petite c'était celui d'être deux et, fortes de nos convictions, de tenir tête aux adultes. A 15 ans, je désespérais d'être comme toute les filles de ma classe qui semblaient donner un sens à leur existence en s'abîmant dans la contemplation de tel ou tel joueur de tennis avant de brailler l'air inspiré sur de la mauvaise musique synthétique. J'ai bien fait un peu semblant d'être comme elles mais trop prompte à m'encolérer de vermillon avant de descendre en flammes l'abruti qui s'imaginait pouvoir faire un exposé sur Homère sans en avoir lu la moitié d'un vers, je n'ai jamais abusé personne bien longtemps... Je dois reconnaître que l'université et ma vertigineuse rencontre avec le droit m'ont procurée quelques accalmies, comme si par le truchement de cette matière j'avais enfin découvert que ceux qui m'entouraient n'étaient finalement pas si différents de moi. Mais comme on ne refait pas, j'ai petit à petit repris mon habit de loup solitaire. Je soupçonne que l'inconsistance et l'insipidité chronique des relations amoureuses avec les garçons de mon âge n'étaient sans doute pas étrangères à ce sentiment d'être différente, parfaitement incapable que j'étais de me satisfaire de ces joies médiocres.
Et puis, là où je ne l'attendais pas Tarquin est entré dans ma vie.  Ce fût ensuite une autre histoire. Une histoire d'amour, une vraie. Loin des clichés, des idées reçues et des formules tout faites. Si je ne me suis jamais départie d'un certain sentiment d'étrangeté envers autrui, je n'en ai plus jamais souffert. Entre mon formidable bonhomme et mes trois marmots, le monde aurait pu tourner à l'envers que je ne l'aurais peut-être pas senti.  Sauf que c'est mon monde à moi qui s'est mis à tourner à l'envers, et que j'ai découvert alors ce que signifiait la douleur.

J'ai trop pansé mes plaies en solitaire pour ignorer que ce qui était vrai à 7 ans l'est encore trente et quelques années après. Cela je le sais, je le sens au plus profond de moi. Pourtant entre 7 ans et trente et quelques années plus tard, la différence est démesurée, insondable. C'est celle de n'avoir plus personne dont je me sais indéfectiblement proche. Ceux qui me savaient, qui comprenaient, qui m'acceptaient ainsi. Ceux qui se tenaient loin des jugements et des leçons de maintien, ils sont partis, tous morts et enterrés. Je n'ai pas l'impression d'avoir beaucoup changé mais ce gouffre là, putain qu'il est profond.

mardi 10 janvier 2006

Soirée en solitaire

Monument au mort axonais : 1917 - Nos morts sont vivant

Le nez dans le guidon, ce n'est qu'à huit heures que je l'ai levé du dossier dans lequel j'étais plongé, avertie par un léger gargouillis stomacal de l'heure déjà nocturne bien que vespérale.
Pas de cris, pas de stylos à récupérer des mains du petit dernier, pas de perles qui crissent sous le papier, pas de télé, pas d'ordi. Rien. Le silence.

Un coup de fil plus tard me voilà effondrée au prétexte que ma tranquillité est assurée pour la soirée : erreur de compréhension ou inattention de ma part : ce soir, les Tarquinets se font dorloter par Tata.
Et me voilà comme une âme en peine, hésitant même un instant à aller les chercher quand je pourrais me féliciter d'avoir la paix et le temps d'un cinoche ou celui de terminer mes recherches ou d'aller musarder dans Paris, l'objectif en goguette.

Mais moi, je voulais finir de leur lire le Petit Prince ce soir ! Et aussi le livre du caca. Et puis je voulais leur faire des câlins et aussi des chatouilles et puis des bisous. Beaucoup de bisous.

Alors j'ai raccroché bêtement mon téléphone complètement décontenancée d'être sans ma marmaille, pas même convaincue qu'épuisée comme je suis aujourd'hui, avoir un soir de relâche, serait-il même imprévu, ne peut m'être que bénéfique.

Il est vrai que j'aurais été peut-être irritable avec ma fatigue en valise — voire exécrable si je pèse le poids de ce bagage. Mais une chose est sûre, j'aurais trouvé l'énergie de ne pas me laisser envahir par cette gluante mélancolie qui m'empoisse depuis deux jours.

Demain matin j'irai au cimetière et, même si je sais combien cela est vain, je lui dirai bonne année.

vendredi 30 décembre 2005

Les histoires d'amour finissent mal...

... en général

Ultime journée, que ce soit au boulot ou avec celui que j'appelais mon secret.

Pour l'heure j'ai quitté le second mais pas encore le premier, alors je vais m'abrutir dans les derniers dossiers à traiter.

Je remets l'inventaire de mes abattis à l'année prochaine.

jeudi 17 novembre 2005

Liquide vélocypédie

Certains parlent de blues ou de spleen. Moi j'ai la chiale comme d'autres auraient la haine.
Cela commence par un froid glacial ; de ceux qui vous terrassent de frissons au chevet même d'un radiateur. Et puis bêtement, au décours d'un coup de fil ou d'une lettre de transmission, cela commence à crouler, à s'écrouler puis à couler. Les yeux liquides et la voix sourde on s'aperçoit alors de l'étendue des dégâts : "non, le moral, c'est pas folichon". Alors il faut tenir, fermer les écoutilles, tenir son rang et faire semblant. Moi, c'est sur mon vélo que je baisse ma garde, trajet volé à ma vie trop remplie durant lequel je suis scrupuleusement seule. Moi c'est sur mon vélo que je chiale mes maux. J'ai la chiale comme d'autres auraient la haine alors j'y pleure comme une Madeleine. Je chiale ce que je ne confie plus à quiconque et puis tout ce que j'ai voulu dire sans y parvenir. Je chiale aussi le plaisir de ceux qui prennent tant de soin à vouloir faire du mal. Je chiale aussi ma vie et ce qu'elle est devenue, cet immense champs de ruine dont je m'interdis dorénavant de parler. Je chiale mes parents et mon mari, je leur en veux aussi d'avoir été les seuls à qui j'aurais peut-être dit combien j'ai mal. Je chiale comme un môme, comme un ouragan, comme une folle à lier. Je chiale tout ce que je ne peux plus confier à ces feuillets, tous ces silences dans lesquels je me suis claquemurée, toutes ces tristesses bien ensevelies. Quelle est lourde cette solitude sans laquelle je ne sais plus vivre.

mercredi 16 novembre 2005

Il paraît que 7 ans c'est l'âge de raison.

Ce soir, j'ai appris que nous étions le 16.
Moi, je croyais que nous étions le 15.
Le 15 c'était l'anniversaire de ma maman.
Donc hier, je n'ai pas pensé à elle puisque je pensais que nous étions le 14.
En revanche et parce que j'ai appris que nous étions le 16, je n'ai pas eu le temps d'ignorer l'anniversaire de ma fille.
Elle était à table, éperdue de paroles et perdue dans ses cheveux et moi, je la trouvais belle.
Pas raisonnable du tout mais belle !
Aussi belle que le bébé potelé qu'elle était au point de sa vie.
Et comme les souvenirs ne restent pas sagement à la place qu'on leur assigne, certains d'entre eux sont sortis du bois.
Qu'ils étaient fameux ces éclats d'hilarité qui ont présidé sa naissance.
Une puéricultrice collante et nunuche qui s'obstinait à penser que nous allions prénommer notre Tarquinette Germaine, se faisait la conservation à elle-même. A telle enseigne qu'elle ne nous permettait, pour toute intimité, que de se contenter d'échanger des regards aussi complices qu'amusés.
Les yeux vissés l'un à l'autre mon Tarquin devinait au battement de mes cils mes premières contractions. Navré d'impuissance dans cette vaste entreprise, mon mari s'emparait alors  du seul instrument qui lui soit autorisé : une vulgaire bouteille d'eau pressurisée que j'avais apportée en prévision d'une hypothétique canicule !
Émue par sa sollicitude je n'osais refuser son aide de sorte qu'à chaque froncement de sourcils je hochais vigoureusement du chef quand fusait son « un petit coup de pschiitt - pschiitt ? ».
En l'an de grâce 1998, le mois de novembre était de saison de telle façon que la température du 16 courant était, comme aujourd'hui, plutôt fraîche.
Étant par nature singulièrement frileuse, je me retrouvais après quelques aspersions frissonnante sous un mince drap d'hôpital, les lèvres bleuies de froid mais forte d'une irrépressible envie de rire.
Tarquin qui lisait en moi comme dans un livre pour enfant découvrit et partagea immédiatement le comique de la situation.
C'est ainsi qu'en attendant Germaine, bercés par un soliloque haut-perché, nous partageâmes la plus mémorable de nos crises d'hilarité : l'anesthésie à coup de pschiitt - pschiitt.
C'est peut-être pour cela qu'elle aime tant rire ma Tarquinette.
Pour tous ces rires partagés dont le souvenirs me fait encore pleurer aujourd'hui.
Bonne anniversaire ma Tarquinette adorée (je ne lui dis pas trop fort car la fête est pour samedi !)

vendredi 9 septembre 2005

Cafard

jeudi 8 septembre 2005

Larmes homicides

Ce chauffeur ignorera à jamais qu'il a frôlé la mort. Étranglé de mes blanches mains sans faillir ni faiblir, sans aucune autre pensée que celle de l'achever. Anéanti pour avoir haussé le son d'une radio parisienne qui gueule et qui vomit de mauvais airs dans le vent. Cochonnerie de sono qui me déverse dans les oreilles une pauvre chansonnette feulée par un mec qui fait rimer "histoire" et "désespoir" sur un piano gluant façon Richard Clayderman. De ces chansons maudites où grincent des "Je t'aime" dans un refrain convenu.

Et moi je suis comme une conne, pétrifiée d'émotions, la gorge trop serrée pour lui demander de se taire, ramassée sur moi-même pour empêcher mes yeux de se noyer, mon nez de dégouliner et ma bouche de trembler. Échec. Je me liquéfie.

Naufrage puis l'escalade. Celle des jours où l'on croit qu'on va mieux et où l'on en paye le prix : Pas l'ombre d'un mouchoir en papier dans mes innombrables besaces. Pas plus que de lunettes de soleil pour planquer mes yeux rougis. Je n'ai pas même l'excuse du pollen judicieusement allergène. septembre est définitivement  une saison de merde.

Je ne l'ai pas occis ce chauffeur de taxi, j'ai juste regardé défiler Paris derrière un écran liquide en pleurant mon mari et puis un peu ma vie. J'ai payé l'air de rien, comme si je n'avais pas le visage ravagé, et puis je me suis enfuie loin de ses chansons pourries.




Toute la journée elles m'auront hantée. Ce soir c'est jusque dans le fond d'un train corail que je planque mes pleurs, un grand bouquet de fleurs en équilibre près de moi, touchante attention de clients au sortir d'une cour de province. Je surprends le regard d'un voisin de train. Je comprends de la conjonction de mes larmes et de cette jolie gerbe, qu'il devine une solennelle rupture, de celles dont on vous aménage le souvenir en les agrémentant de fleurs pour les rendre plus supportables. J'essaye de m'en amuser. Mais ça ne m'amuse pas. J'aimerai tenir mes souvenirs au loin. Mais je n'y parviens pas et je me fais terrasser encore une fois.

J'aurais dû l'étrangler. Encore qu'aujourd'hui, sans mouchoir en papier, sans lunettes de soleil et sans pollen, je suis devenue experte pour défaire ma barrette et faire un écran de mes cheveux.

lundi 20 juin 2005

Juin, particulièrement.

Saveur singulière — C'était le mois des examens, le mois où j'étais certaine d'avoir tout raté, où je n'avais plus qu'une idée en tête c'était que tout soit enfin terminé pour pouvoir fuir comme une dératée vers la session musicale de Saugues début juillet.

Plus tard, c'était le mois des projets, celui où l'on savait que l'été allait bientôt nous emporter vers le sud et nos habitudes. Celles d'être ensemble et de nous retrouver là où nous nous étions rencontrés.

Puis, c'était le mois des ballades, celles où nous partions avec notre marmaille au grand complet pédaler en Forêt de Rambouillet, le mois où l'on gonflait la piscine dans le grand jardin de la demeure.

« Maman, en ce moment je pense beaucoup à Papa » me dit Tarquinette.

« Moi aussi » ajoute Tarquinet.

Juin, c'est le mois où je leur réponds, « Je sais bien — Je le sens bien » et où j'essaye de leur changer les idées.

Juin, c'est le mois où j'ai toujours peur de tout rater.

Juin a toujours une saveur particulière, celle de savoir que désormais plus aucune coupure ne pourra me faire oublier mes tourments.

Longtemps, j'ai cru que ce qui m'avait le plus sûrement envahi à la mort de Tarquin l'aimé était la colère. Je me trompais.

En juin, je sais que c'est la peur qui me tient au ventre.

samedi 21 mai 2005

La guigne...

Un hortensia artificiel

Déjà ce matin, le CD censé ressusciter mon VAIO est demeuré muet... et en tout état pas suffisamment costaud pour le ranimer... « Je vous en envoie un autre » m'a-t-on dit. Bon j'attends... de toute façon au point où j'en suis, je n'en suis plus à une semaine près.

Comme la journée commençait mal et que je craignais de ne pas parvenir à fuir mes démons, je pensais pouvoir protéger mes marmots de ma ténébreuse morosité persistante en m'ensauvant loin d'ici. Branle le bas de combat on décide de passer la journée à Thoiry ! On mangera là-bas ! On mangera n'importe quoi, et même de la barbe à papa ! On prends les appareils photos, un biberon, deux couches et on file. J'ai fait trois mètres.

Le temps de m'aperçevoir que j'avais un pneu à plat.

J'ai compris comment sortir la roue de secours, j'ai débusqué, extrait et débloqué ce putain de cric puis je me suis en tête de comprendre où il pouvait bien se poser (le mode d'emploi de la voiture a beau être en italien, j'ai quand-même compris qu'ils n'envisageaient à aucun moment de manier un cric pour changer une roue...)

Je commençais à me résoudre à demander de l'aide quand un charmant voisin est passé et m'a expliqué que c'était sur l'aspérité-là qu'il fallait le placer (les italiens apprennent-ils à manier le cric au berceau pour se dispenser de signaler ce surprenant logement ?).

Malheureusement tout s'est arrêté là : les écrous sont vissés tellement serrés qu'ils ont été impossible à retirer, mon charmant voisin y a laissé une clef "à rallonge" qu'il a refusé que je lui rembourse et le garagiste m'attend lundi matin, avec, sans doute, non plus une roue a réparer mais un jeu de pneu-avant à changer...

Au point où j'en étais, après avoir affronté la déception des tarquinets et m'être résolue à ne même pas savoir changer une roue toute seule, je me suis dit que c'était le moment où jamais de remettre les pieds au cimetière que j'ai fui depuis de longs mois et d'aller admirer les plantes crevées qui ne manqueraient pas d'ornementer le dernier refuge de mon Tarquin.

Et bien, les plantes ont survécu, elles... super !

jeudi 19 mai 2005

Fermeture sporadique

noir

mardi 10 mai 2005

Où l'on reparle de la Chèvre de Monsieur Seguin qui s'est fait manger au matin

« Mais qui vous demande de vous battre comme La Renaude ? +

La Blanquette voulait se laisser manger de suite mais en pensant à la Renaude elle s'est battue toute la nuit.

Parfois, moi aussi j'ai peur et j'ai envie de baisser les bras, parfois je me dis aussi que la tâche est trop lourde et que je n'y arriverai pas. Parfois j'ai même envie de m'allonger et de tout abandonner.

Alors, je me dis aussi qu'il faut juste tenir la nuit, le temps de mettre mes tarquinets à l'abri, et puis, à l'heure du coq, je pourrais me laisser choir.

lundi 9 mai 2005

Où l'on trouve le soir ce qui point le matin

Un lion au dessus d'un cadavre d'antilope - Bronze du Jardin des Plantes

Tout a commencé ce matin quand je cherchais un CD à graver. Il était tellement propret qu'il me semblait vierge alors je m'en suis emparée. Une fois avalée par l'ordinateur j'y ai découvert des fichiers.

Comme si chacun savait ici, les bruits de la télé, les rires et les pleurs d'enfants se sont tus. Alors telle une messe dominicale a retenti un air connu, une musique d'été et de cigale et ont jailli par milliers des odeurs, des sourires des rires, des bonheurs et des joies. C'était la compilation qu'il avait préparée pour l'été 2003, celui qui nous avait tellement enchantés qu'on disait qu'il était le plus beau alors que nous ne savions même pas que c'était le dernier.

J'ai pris ma marmaille sous le bras pour investir d'autres champs de bataille. Celui des souvenirs est jonché de trappes bien trop délétères pour que je m'y aventure.

Paris mon amie, Paris ma belle nous voici ! Je lâche mon escadron dans le Jardin des Plantes, à la section Ménagerie. Évidemment que nous y sommes déjà allé en sa compagnie même si j'avais fait cru pouvoir l'oublier. Alors au lieu de regarder ils m'ont demandé que je leur raconte ce que nous avions vu dans le temps où ils étaient petits et que papa étaient là, avec eux.

Parvenus au Pavillon des Reptiles j'ai juste eu le temps d'empêcher Tarquinette de lancer toutes ses économies aux poissons rouges de l'entrée. Elle m'a expliqué qu'elle voulait y jeter toute sa fortune pour faire un voeux d'importance puisqu'elle voulait que Papa revienne !

Mais moi je sais bien que les voeux, même les plus précieux, n'en ont rien à faire des coeurs de petite fille ! Alors je lui ai conseillé de ne jeter à l'eau que sa plus petite pièce de monnaie parce que les voeux "ça marche pas" et Papa c'est seulement dans son coeur qu'il sera.

Enfin, ce soir, encore inspirés par tous ces animaux salués, ils se sont assis dans le grand lit et je leur ai lu la chèvre de Monsieur Seguin :

« - Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la montagne... Que feras-tu quand il viendra ?...

- Je lui donnerai des coups de cornes, monsieur Seguin.

- Le loup se moque bien de tes cornes. Il m'a mangé des biques autrement encornées que toi... Tu sais bien, la pauvre vieille Renaude qui était ici l'an dernier ? une maîtresse chèvre, forte et méchante comme un bouc. Elle s'est battue avec le loup toute la nuit... puis, le matin, le loup l'a mangée. »



« La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles.

Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient...

C'était le loup.

Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas ; seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.

- Ah ! ha ! la petite chèvre de M. Séguin ! et il passa sa grosse langue rouge sur ses babines d'amadou.


Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l'histoire de la vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en avant, comme une brave chèvre de M. Séguin qu'elle était... Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, les chèvres ne tuent pas le loup, - mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude...

Alors le monstre s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse.

Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Séguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se disait :

- Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...

L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents...

Une lueur pâle parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta d'une métairie.

- Enfin ! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir ; et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang...

Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea. »

  


Et moi je me suis mise à pleurer toutes les larmes de mon corps parce que je sais bien que je suis comme la Blanquette qui veut faire comme la Renaude.

vendredi 25 mars 2005

Quand le passé est présent, le "je" devient "on"

Tarquin et Tarquinou

Je les regarde grandir en pensant à lui.

Curieuse sensation où je les vois perdre leur traits enfantins pour prendre qui les yeux, qui le nez, qui le rire de leur papa.

Je reconnais la courbe d'une joue, le dessin d'une oreille et même la forme d'un crâne.

Et moi, je ne sais toujours pas dire « je », j'use du « on » à foison, pronom indéfini qui me permet d'associer indéfiniment "Papa" aux prises de décisions et aux félicitations. En revanche, toute forme de réprimande ne s'articule qu'exclusivement à la première personne du singulier. « Je ne suis pas contente ».

Je leur raconte ses histoires, ses bêtises, ses drôleries, et surtout l'immense amour qu'il leur portait.

Ils rient, pleurent parfois, mais en redemandent toujours.

Le temps s'est arrêté un après-midi de septembre avec son cœur dans une chambre d'hôpital. Il reste ses histoires, ses bêtises, ses drôleries et son amour.

Il ne reste plus que cela.

jeudi 3 mars 2005

Père et fils



Ils ne se connaissent quasiment pas.
L'un a disparu,
L'autre l'a oublié.

Il ne se souvient pas de lui
ou si peu.
Et puis quoiqu'il en soit, il oubliera.

Il grandira sans lui,
alors qu'ils s'aimaient tant.

Il appelle tous les hommes « papa »
quand le sien était vraiment unique...

Ils ne le savent pas mais moi je vois.
Je vois bien qu'ils ont le même sourire
qu'ils ont le même rire,
qu'ils savent les mots pour me faire rire,
et les mots pour me séduire.

Je sais bien qu'ils ont tous deux compris que je résiste moins aux sourires coquins qu'aux déclarations de guerre.

Ils ont la même joie, et ce même génie de la bêtise.

Ils savent quérir un regard complice au lieu de récolter un éclat de colère.

Ils ont le même goût de la comédie et la même malice.

Ils ne connaissent plus mais moi je sais bien qu'ils sont père et fils.

lundi 28 février 2005

Cœur en vrac.

Cœur en vrac.
En petits morceaux qui s'éparpillent.

Je ne parviens même pas à leur en vouloir de m'avoir laissée.
Ils m'ont tellement aimée...
Jusqu'au bout.

Ils m'ont couverte d'amour et puis ils s'en sont allés.
Un à un.
Inexorablement.
papa, maman, nounet.
Tous partis.

Je m'en voir au fond d'un livre s'il existe des vies meilleures.

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